wild style

look goth, cyber, fetish metal modifications corporelles
 
AccueilAccueil  PortailPortail  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Interview Ovidie

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: Interview Ovidie   Mer 4 Aoû - 18:49

Nous sommes très fiers d’avoir été presque les premiers en 2001 à réaliser un entretien avec l’actrice de porno Ovidie.

Cette E-terview n’ayant pas pris une ride nous avons décidé de le remettre dans nos bases pour le plus grand plaisir des coquines et des coquins. Rencontre.

1. Quelle est le pire souvenir de votre vie d’adulte ?

Ca ne se raconte pas. Je suis pudique, et pas du genre à me plaindre. Parlons de choses positives !

2. Vous n’en avez pas marre de l’appellation qui vous poursuit "intello" du porno ?

Si, ça me gave. C’est une excuse de journalistes. Ils ont beaucoup trop focalisé sur mes études de philo, et c’est très gênant. D’une part parce que ça fait passer les autres acteurs/actrices pour des illétrés, ce qui est faux. D’autre part, parce qu’ils ont essayé de me "justifier" alors que moi-même je ne cherche pas à le faire. Certains ont même inventé que j’écrivais une thèse de philo sur le porno. Comme s’ils expliquaient le fait que je fasse quelque chose d’aussi bas socialement par le devoir d’atteindre quelque chose de très respectable (et ouais, avoir un doctorat de philo ça pète ! Je suis mariée avec un de ces spécimènes qui ont réussi à en décrocher un. En attendant c’est un "punk" journaliste dans un magazine de cul). En plus c’est pas parce qu’on fait partie de l’élite universitaire qu’on est plus intelligent. J’ai peut-être plus de sept années de latin derrière moi, mais en attendant je suis une travailleuse du sexe, même si ça les emmerde de l’admettre.

3. Le sexe c’est mieux en hiver ou en été ?

En hiver !!!! On se colle parce qu’on a froid, et ça fait pointer les seins.

4. Pourquoi vous n’aimez pas Isabelle Alonso ?

Je n’ai rien contre cette brave dame. Je n’aime pas toutes ces pseudo-néo-féministes. Ce qu’elles appellent "libération de la femme" n’est qu’en fait une libération de la travailleuse et de la consommatrice. Le droit de devenir aussi connes que les hommes ? Je m’en fiche. En revanche, le droit de me réapproprier ma sexualité sans culpabiliser et sans me laisser emmerder par ces braves puritaines me paraît beaucoup plus féministe. J’aime le sexe, l’égalité dans le sexe. C’est là où je puise de la force.

5. La morale dans le sexe, y’a rien de pire non ?

Morale = répression = frustration = société qui ne fonctionne pas bien.

6. Les fantasmes de filles sont-ils plus originaux que ceux des garçons ?

Je ne pense pas que les filles soient plus intéressantes que les hommes. Ils y a des gens avec une vie sexuellement riche. D’autres avec une vie sexuellement pauvre. Ca ne dépend pas du fait d’être homme, femme, ou trans-genre.

7. Ca fait quoi de plaire autant aux hommes qu’aux femmes ?

Ca fait plaisir d’être encouragée. Je pense qu’il y a plus d’hommes à qui je plais que de femmes. Morale oblige ! Et puis c’est toujours à ceux qu’on a envie de plaire qu’on ne plaît pas.

8. Parlez-moi de Beinex ?

Quelqu’un que j’aime beaucoup. Une des rares personnes du cinéma "classique" à ne pas me prendre pour une moins que rien parce que je viens du X. Je le crois sincère quand il fait mine de croire en moi. Il est sincère dans son travail, il s’implique entièrement. Enfin je pense.

9. Pourquoi avoir accepté le tampon d’alibi-art ?

Pour avoir un T-shirt gratuit !

10. Vous croyez plus en Dieu ou en vous-même ?

Je ne crois pas en Dieu.

11. Si vous étiez ministre, vous seriez ministre de quoi ?

Je ne serais pas ministre. Comme je le disais un peu plus haut : ça ne m’intéresse pas de faire les mêmes erreurs que les hommes.

12. Il y a toujours une tristesse en vous, vous en êtes consciente ?

Il y a plus de fun que de tristesse. Mais on ne peut pas être aussi productive si jeune et avoir l’insoucience d’une héroïne de sitcom américain. Du sérieux, oui. De la tristesse, non, certainement pas.

13. La droite et la gauche cela existe encore pour vous ?

Pour ma part, je soutiens plus quelqu’un comme Théodore Kazcynski. Je ne vote d’ailleurs pas. Je ne veux pas jouer le jeu. Par contre j’estime avoir une activité militante de libération de l’être humain.

14. La plus belle recontre de votre vie ?

Mon mari.

15. Que pensez-vous des mégalo et des narcissiques ?

Bof, grand bien leur fasse. Parfois ça aide à avoir un travail artistique productif et intéressant.

16. Quelle est votre mission sur la terre ?

Avoir la vie la plus constructive possible.

17. Que préfèrez-vous, les gros seins ou les filles intelligentes ?

Intelligentes, charismatiques. Mais, pitié, pas narcissiques ! Je préfère encore les gros seins à une intello narcissique !

18. Admirez-vous vos parents ?

Je ne les admire pas. Je les aime tout simplement. Parce que ce sont des gens biens. Je trouve ça plus sain que de les admirer.

19. Que pensez-vous de la prostitution ?

La prostitution, s’il n’y avait pas de pression sociale (donc de violences extérieures) serait un des plus beau métier. C’est quand même beau de gagner des sous en donnant du plaisir. Le problème de la prostitution c’est les conditions de travail. Mais qui ne sont dues qu’à une mauvaise acceptation sociale. Les féministes puritaines qui croient aider les putes ne font que les enfoncer. Je ne suis pas pute, mais je respecte énormément cette profession. Les putes qui travaillent seulement et uniquement pour elles sont souvent plus libres que n’importe qu’elle femme "normale". Jette un coup d’oeil sur "Pourquoi les putes sont mes héroïnes" sur mon site, en cliquant sur "Annie Sprinkle".

20. Votre meilleur souvenir cinématographique ?

En spectatrice, en actrice, ou en réalisatrice ? En actrice, c’était avec Patrice Cabanel. Je jouait une factrice, avec la panoplie "La Poste" : blouson, casquette, vélo, sacoche, etc. Mais à côté de ça je portais une mini-jupe, des talons de dix centimètres de haut, et un maquillage très "connoté". On tournait de la comédie à l’arrache dans les couloirs d’un hotel, et on était à deux doigts de se faire griller. Moi en factrice très spéciale, suivie par un personnage louche en chaussettes, le cigare au bec, la chemise ouverte, et la caméra à la main. Un grand moment de cinéma. En réalisatrice, c’était pour mon deuxième film "Lilith", où j’étais libre de faire tout ce que je voulais. Je suis très fière de ce film. En spectatrice, j’avoue être en transe à chaque fois que je vois un film avec l’acteur Chow Yun Fat.

21. Qu’est-ce que c’est une grande actrice ?

Une actrice qui ne se soucie pas de ce qui est bon pour son image et sa carrière, et qui joue ce qui lui plaît vraiment.

22. Que vous dit votre mari quand vous parlez de lui dans une interview ou à la télé ?

On n’en a jamais parlé.

23. Le début d’une notoriété comme la vôtre vous inspire quelles réflexions ?

Tout ce monde du show-bizz est très factice. Je ne suis pas dépendante des médias. Avec ou sans média je suis la même et je fais le travail qui me plaît.

24. Est-ce que vous vous trouvez belle ?

Non, vraiment pas. Mais au moins on ne peut pas dire que je sois fade... on m’a tellement dit que j’avais un visage dur.

25. Quelle est la question que vous voudriez me poser ?

A quoi vous pensez quand vous vous branlez ? C’est toujours amusant, ça varie tellement d’une personne à l’autre...

FV : [Au Pape]


Enceinte de sept mois, Ovidie a eu la gentillesse de nous accorder un entretien pour nous parler de sa dernière réalisation sortie chez Marc Dorcel, 1ères expériences. L'auteur du mémorable livre Porno manifesto fait à nouveau preuve de multiples talents et conforte, malgré ses dires, sa position d'artiste résolument dans l'air du temps.

Pourquoi avoir fait un gonzo après tes premières réalisations, Orgie en noir et Lilith ?
Ce n'est pas un gonzo !
Alors qu'est-ce qu'un gonzo ?!
C'est un film, si on peut appeler ça un film, dont le centre principal est le sexe, les gens baisent, point barre. Je suis un peu vexée si 1ères expériences est qualifié de gonzo car derrière, il y a un véritable travail sur le cadrage, le montage, la musique aussi... Même si le scénario est absent, il y a un concept qui est de montrer comment des filles sont réellement dans la vie. Je parlerais plus de clips, en fait.
Je ne voulais surtout pas te vexer, pardonnes mon ignorance dans ce domaine ! Surtout que j'ai été sensible au travail dont tu parles, que je trouve très réussi et envoûtant.
Je rajouterai qu'il est trop soft pour être un gonzo. Les amateurs du genre attendent du vrai hard. 1ères expériences n'aurait pas été considéré comme soft en 2001 quand j'avais réalisé Orgie en noir, mais aujourd'hui il l'est.





Continuer avec Dorcel, une évidence ?
Je l'ai produit moi-même et après, la question du distributeur s'est posée. Il n'y en a pas des masses en France pour sortir ce genre de produits : Dorcel, Colmax et Blue One. J'ai choisi Dorcel parce que malgré certains désaccords que nous avons pu avoir, il est le premier à m'avoir fait confiance à l'époque pour Orgie en noir. Son réseau de distribution est le meilleur est il peut vendre à l'étranger. Je précise que je ne touche pas de royalties mais il me paraît naturel de vouloir une bonne carrière pour mon oeuvre.

Tu ne touches pas de royalties même en étant productrice ?
Non, une fois que les droits sont vendus, tu ne touches plus rien. Seul le milieu porno fonctionne avec ce système, depuis toujours.
Quel est le budget ?
Je n'ai pas calculé exactement avec les charges sociales à payer mais il est extrêmement inférieur à celui que j'avais pour mes deux premiers films, autour de 100 000 euros. Cette fois, nous étions une équipe technique de quatre ou cinq personnes, j'ai fait le cadre... J'ai pris mon temps et apporté un soin particulier au montage dont je me suis occupée seule, la nuit, parce que je suis insomniaque. Pendant ce temps, mon amoureux, musicien, jouait dans l'autre pièce quelques morceaux d'électro ; il y a quatre morceaux de lui dans 1éres expériences. Le tournage a été long, il s'est étalé, avec des pauses, de juin à août. Il m'est arrivé de monter simultanément et j'ai même retourné des scènes.
Par exemple ?
Autant ne pas les citer, mais des jeunes filles m'avaient fait une scène minable, je ne pouvais pas la garder telle quelle. C'est le risque avec des comédiennes inexpérimentées. Quand j'ai proposé ce concept, des personnes m'ont dit « Génial, on va enfin voir de nouvelles têtes ! » Le problème est qu'on ne peut pas demander à des débutantes des scènes très hard, je leur ai dit de faire ce dont elles avaient envie.
D'où viennent-elles ?
Elles m'ont pratiquement toutes contacté d'elles-mêmes, comme la jeune fille dans les bois ou les deux à la fin dans le bar. Il s'est rapidement su dans le milieu gothique que je recherchais des filles. Je n'ai pas fait de casting et c'est pour cela que certaines n'étaient pas aussi à l'aise que je l'attendais. Quand je les ai rencontré, je ne savais même pas à quoi elles ressemblaient. Je les ai briefées pour leur faire comprendre dans quoi elles allaient mettre les pieds, les répercussions que cela pourrait avoir sur leur entourage, etc...

Dans un entretien passionnant avec Michela Marzano (éditions Autrement), tu dis être « coupée » de la réalité sociale : « Mes deux seuls points de repère sont la matière et la loi de mon pays. Disons que je garde les pieds sur terre, parce que je reste complètement consciente de tout ce qui se passe autour de moi et de ce que les gens peuvent éprouver. (...) On n'a pas à accepter que quelqu'un d'autre puisse décider de ce qu'on doit faire de son corps et de sa sexualité. Chacun en dispose comme il le veut. D'autant plus que, quand on est actrice porno, et contrairement à l'opinion commune, on ne vend pas son corps. On vend une image. On vend le droit d'utilisation de sa propre image. » Le porno t'a encore plus éloigné de cette réalité sociale ?
C'est un choix libéré de ma part. Depuis toujours, j'ai eu un nombre d'ami assez restreint, mais il est vrai que depuis que je fais ce métier et que la notoriété est arrivée, les pots de colle sont apparus, donc je prends encore plus de recul. Jamais tu ne me verras aux soirées People. En plus, je n'aime pas la fumée de cigarette ! Je suis mieux chez moi à écrire, avec mon homme ou un voire deux amis. Quand tu te fais régulièrement insulter dehors, tu deviens méfiante.
Tu te fais souvent insulter ?
Oui, on doit me traiter de salope une fois par semaine. J'ai tout essayé : maquillée, pas maquillée, coiffée différemment, en jogging, avec ou sans piercing. Et c'est de pire en pire depuis que je suis enceinte alors que je pensais que ça pourrait calmer. Je me fais aussi draguer sans arrêt. Ils ne s'imaginent pas une seconde que je suis à des kilomètres de penser au sexe en ce moment. Je commence à y être habituée. Avant, je marchais très vite dans la rue, maintenant, moins. J'ai remarqué aussi que les mecs ne m'emmerdent jamais quand ils sont seuls. Pourtant, je ne suis pas dans le Bronx, je vis à Neuilly ! Depuis quelques mois, je ne vais carrément plus à Paris, je n'ai pas la force en ce moment de mettre une baffe à un mec ! (Rire.) Heureusement, 90% du temps, les gens sont gentils avec moi, mais quand tu accumules les insultes sur une longue période, c'est trop. J'ai peur pour l'avenir, quand j'irai chercher mon enfant à l'école... Peu de comédiennes connues dans le X sont devenues mères. Tabatha Cash, elle, avait choisir de partir à l'étranger. Je me suis posé la question, j'ai songé à m'installer à Copenhague ou Vienne.

Tu as ouvert un centre de consultations en sexologie ?
Depuis décembre 2004. C'est dans un sex-shop féminin, fermé aux hommes seuls. On y vend des objets féminins qui sortent de l'ordinaire. J'apprends aussi à des femmes ou des couples à développer leur sexualité sur des points bien précis. Nous n'abordons que les problèmes féminins, tels que le vaginisme, la recherche du point G. Le centre marche de manière confidentielle, nous n'avons pas une grande clientèle mais la vente par correspondance marche très bien. (www.sexshopfeminin.com)
Revenons au cinéma. Qu'est-ce qui te plaît aujourd'hui dans le X ?
Rien. (Rire.)
Tu es lassée ?
Il n'y a plus rien d'intéressant, je trouve. Mes préférés sont ceux des années 70. Aujourd'hui, ils sont trop irréels, trop hard. Je n'aime plus les films américains, toutes les filles ressemblent à Paris Hilton ou Britney Spears.
Les films de B. Root sont plus écrits que la moyenne, tu es fan ?
Je ne les considère pas non plus comme intellos mais c'est vrai qu'il fait un effort et que ses films sont au-dessus de la moyenne. Mais le problème de Jean (John en VF, Ndlr.) est le même que le mien : il est has-been !

Tu te considères comme has-been ?
Oui ! Je pourrais rajouter Yannick Perrin au club… Il est l'une des rares personnes que je vois du milieu, et je déjeunais avec lui l'autre jour. Nous rigolions en nous disant que nous étions de vieux cons dans le métier alors que nous avons commencé dans la deuxième moitié des années 90 ! Aujourd'hui le public ne veut plus voir de vrais films travaillés, ils veulent du gonzo. Le matériel porno a remplacé le cinéma porno, que je trouve moribond de 2001 à 2004 et carrément mort depuis un an.
Aujourd'hui, il te serait impossible de réaliser à nouveau Orgie en noir ?
Ce n'est plus concevable, en tout cas, en Europe, il n'y a plus assez d'argent. Même aux États-Unis, il n'y en a quasiment plus.

Propos recueillis par Didier Verdurand.
Photos de Côme Bardon.

Le Pornographe" de Bertrand Bonello est sorti ce mercredi dans les salles. AlloCiné a rencontré l'une des actrices du film : Ovidie.


Ovidie est actrice de films pornographiques. Elle a accepté de tourner dans le second film de Bertrand Bonello, Le Pornographe, qui avait été présenté à la "Semaine de la critique" à Cannes et au Festival du cinéma au féminin d'Arcachon. Il décrit la vie d'un réalisateur de films pornographiques interprété par Jean-Pierre Léaud. AlloCiné a rencontré Ovidie, qui revient sur son rôle et cette expérience de comédienne classique.






AlloCiné : Pourquoi avoir accepté de jouer dans "Le Pornographe" ?

Ovidie :Je reçois pas mal de scénario de film "socialement admis". En général je ne les accepte pas. D'une part parce que cela ne m'intéresse pas et d'autre part, parce que c'est souvent trop racoleur. Ce que j'ai aimé, c'est que Bertrand (Bonello) a voulu faire une utilisation du sexe très honnête. Ce n'était pas : "Attention on va vous en mettre plein la vue, vous allez voir une scène où il y a du sexe". Sa démarche m'intéresse assez. J'ai senti de la sincérité. Et puis j'ai aussi bien accroché avec le personnage.

La vision de la pornographie donnée dans le film est-elle juste ?

Bertrand n'a pas cherché à faire un film sur le milieu du X. Il y a quelques petits points communs : la discussion avec le producteur, le personnage de Jean-Pierre Léaud. Par contre, il n'y a aucune ressemblance au niveau des conditions de tournage. Quand j'ai lu le scénario, je l'ai dit à Bertrand mais il m'a bien précisé qu'il ne voulait pas faire un documentaire sur le X. "Ce n'est pas du tout ce que je recherche. Je ne cherche pas la vérité", m'a-t-il dit.

Y a-t-il une différence entre tourner dans un film X et dans un film "socialement admis" ? Avant "Le Pornographe", vous aviez tourné dans "Mortel Transfert" de Jean-Jacques Beineix...

Par rapport à mon travail et à mon investissement émotionnel, il n'y a eu aucune différence entre le film de Bertrand et les 34 autres de ma filmographie. Je me suis investie de la même façon. J'ai fait un travail de comédienne. Les seules petites choses qui ont pu changer c'était quelques remarques désobligeantes de certaines personnes de l'équipe. Mais à part ça, ça été un tournage parmi tant d'autres, une rencontre enrichissante.

Avez-vous été intimidée par Jean-Pierre Léaud ?

Sur le coup, lorsque j'ai tourné avec lui, je n'étais pas du tout intimidée même si j'avais conscience que c'était quelqu'un d'important dans le cinéma français. J'ai du mal à être intimidée par les personnes dont j'admire le travail. Mais après avoir vu le film, il y a une scène que je suis très heureuse d'avoir tournée : notre discussion dans la cuisine. Je trouve qu'il s'en dégage quelque chose.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Jean-Pierre est quelqu'un qui répète beaucoup, qui ne se laisse pas distraire, qui parle peu. Ce n'est pas la personne qui arrive en disant : "Moi, je suis quelqu'un d'important dans le cinéma français donc vous n'allez pas m'apprendre mon métier". C'est quelqu'un qui se laisse volontiers diriger, même par Bertrand qui est plus jeune que lui. Il y avait quelque chose de humble dans le fait de ne pas être sûr d'y arriver, et de demander tout le temps à Bertrand si c'est bien.
Quels sont vos projets ?

Si l'occasion se représente de participer ponctuellement à un projet comme Le Pornographe, je la saisirai. Mais je pense rester dans le milieu du porno car c'est ma famille...

Propos recueillis par M-C.H.

magazine a rencontré celle que l'on surnomme "l'intello du X". Ovidie, star du cinéma porno, elle l'assume sans complexe. La preuve ? Son premier livre "Porno Manifesto".
Entretien découverte d'une fille sérieuse dans son travail.


"J'étais, je suis, une femme qui fait des films porno devant et derrière la caméra ".

C'est ainsi qu'Ovidie, star incontestable de la scène pornographique française, annonce les couleurs de son tout premier ouvrage, " Porno Manifesto ".

A l'âge de 21 ans, celle qu'on a souvent considéré comme " l'intello du X ", jette les clichés en publiant un ouvrage qui se veut avant tout féministe " pro-sexe " (" je suis une travailleuse du sexe ", se plaît-elle à dire dès les premières lignes de son livre).

Brune à l'allure fièrement gothique, piercing au menton et assurance assurée , Ovidie, au physique en rupture avec le stéréotype de la bombe sexuelle blonde siliconnée, a accepté de répondre à nos questions. Intrigante, regard indéfinissable, le voile est lent à tomber. Quelques sourires, accès à celle qui vit derrière l'Ovidie des médias. Surprenante.

Entrevue.

Quelle différence voyez-vous entre la prostitution et l'acting X ?

Rien à voir. Le terme X est un terme que je n'emploie pas. Je considère le sport pornographique comme un spectacle du septième art, un genre à part entière tout comme la comédie en est un. L'actrice fait partie des éléments qui construisent le spectacle. Une scène sexuelle, tout comme une scène de comédie, est jouée " pour de faux ", des heures et des heures de tournage pour six minutes gardées.

La pornographie est un tremplin pour autre chose ?

Un aboutissement, une fin en soi et non un tremplin. Pour faire ce métier, il ne faut voir que ça. Je suis sur un projet en ce moment qui va me permettre de savoir si le porno me sera fatal ou pas...

Pour en finir avec les rumeurs, quelle est précisément votre formation ?

J'ai un DEUG de philosophie, rien en somme. Je trouve que parler de mes études est grotesque, ça me gêne dans le sens où il renforce l'idée que les gens qui font ce métier sont des crétins.

Le féminisme actuel, vous le voyez sous quel angle ?

Le féminisme n'est pas une libération de la femme en tant qu'être humain mais en tant que consommatrice, elle change ainsi de maître. Le féminisme à vachement viré antisexiste : anti - " SEXE " - iste, fondé sur des interdictions et des non sens.

Raphaëlla Anderson, que je salue au passage, remercie le porno où elle a su prendre du plaisir. Quand on sort de ce métier, il faut se faire plaindre pour pouvoir se faire accepter, dire " je l'ai fait mais j'ai été victime " est un moment de faiblesse. Son livre ne condamne absolument pas le porno.

Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans le X ?

J'ai quitté le domicile familial à 16 ans pour faire mes études. A cette époque, je condamnais fermement la pornographie et, je me suis dis " pourquoi condamner quelque chose que je ne connais pas ? " et en visualisant mes premiers films, j'ai découvert qu'il n'y avait rien de dégradant. J'éprouve un véritable plaisir en faisant ces films, il y a un vrai travail de mise en scène.

Le X des grosses productions américaines a-t-il une chance de survie face aux films amateurs, tournés en ½ journée ?

Il existe deux tendances dans le ciné porno : amateur ou très abouti. En fait, tout dépend des pays, aux Etats-Unis, il existe des films impressionnants.

Je trouve également que les femmes des films de " l'époque " étaient moins cruches que les femmes actuelles, jeunes bourgeoises... Elles étaient de véritables militantes, des femmes admirables.

Aux Etats-Unis, certains films explosent tout, sont de vrais beaux films, en France, je suis un peu découragée, prise au piège. Le porno a été assassiné en lui interdisant de passer en salle et en le condamnant à se vendre qu'en K7.

La prostitution, vous la condamnez vraiment ?

Il y a un phénomène de victimisation. La plupart des femmes qui sont prostituées le font aussi par choix, elles gagnent bien leur vie, et c'est difficile de renoncer à son train de vie. La prostitution est un métier dangereux mais est un métier par choix, il ne faut pas condamner un métier tout en bloc.

Comment jugez-vous les films " Romance " et " Baise moi " intégrés au cinéma traditionnel ?

" Baise moi ", commençons par les plus gentils. Je connais bien Coralie, elle est sympa. Ce film est un film de genre, dans la lignée des productions New yorkaises. Seulement, il était destiné à un public averti et non au " grand public ", du coup, les gens se sont acharnés contre elle, ils ont vu de l'Américain avec du cul.

Lorsque suis allée voir " Romance ", j'ai eu envie de quitter la salle au milieu du film : il transparait dans ce film une grosse haine vis-à-vis des hommes et des femmes (cf. passage du viol). Sur ce qu'a vécu Coralie, c'est un peu à l'âge de pierre dans le ciné de ce genre. Il n'est pas possible que des femmes souffrent comme ça.

Ne voyez-vous pas dans le real-sexe, façon Loft Story, un danger pour le X traditionnel ?

J'espère que non ! Mon Dieu ! Nous ne sommes pas là pour encourager la télévision voyeuriste ! Il n'y a absolument de mise en scène dans ces trucs là...

Quand je pense que nous nous sommes fait jeter des " Hot d'or " lors du festival de Cannes pour la première fois, pendant que Loana se faisait troncher dans sa piscine !

L'été dernier, on osait montrer une femme seins nus sur la couverture du magazine " Elle " alors que j'apparaissais seins cachés sur la couverture de " Hot "... Ca, c'est de la pure hypocrisie de genre, tout comme le Loft !

Votre pire souvenir dans ce métier ?

Mon pire souvenir... à Cannes, lorsque une femme m'a dit après une séance du film "Le pornographe" : "c'est excellent de faire des films comme ça, on ne se contente pas de se faire baiser."

Vous allez-voter Dimanche ?

Dimanche (lors du premier tour), je ne vote pas. Je ne vote jamais, en plus, je n'ai pas de carte d'électeur. Je désapprouve le système dans son ensemble.

Une qualité ?

Travailleuse. Généreuse avec mes proches.

Un défaut ?

Orgueilleuse.

Votre occupation préférée ?

Jouer avec mon chien.

Votre rêve de bonheur ?

Une grande maison avec des chiens et des cochons d'Inde vietnamien.

Si vous étiez un animal ?

Etre une vache... pour voir passer les trains. (rire)

Si vous étiez une fleur ?

Camomille.

Si vous étiez une couleur ?

Vert.

Si vous étiez quelqu'un d'autre ?

Ma mère.

La qualité que vous préférez chez une femme ?

J'admire les femmes vindicatives.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

Lorsqu'il sent bon la transpiration. (rire)

Votre film culte ?

" Drunken Master " avec Jaki Chan, j'aime les films chinois.

Votre auteur préféré ?

Nietzsche.

Votre compositeur préféré ?

Wagner.

Ce que vous possédez de plus cher ?

Ma famille, j'entends par là, mes parents, mon mari et mon chien.

Qu'avez-vous réussi de mieux dans votre vie ?

Mon deuxième film, " Lilith ".

Si vous deviez changer quelque chose en vous ?

J'aurais aimé être plus petite (elle mesure 1m76).

Votre drogue ?

Je ne fume pas, je ne bois pas... ma drogue ? " Scoubidou " (le dessin animé)

Votre prochaine destination ?

Chez moi.

Votre dernier fou rire ?

Un film que j'ai vu récemment, " Docteur While ", je crois que c'est le film le plus mauvais de l'histoire, il m'a fait beaucoup rire.

Votre devise ?

" Ce qui ne te tue pas te rend plus fort "

Que pensez-vous de la mort ?

Je n'ai pas envie d'y penser.

La dernière fois que vous avez pleuré ?

Après une violente dispute avec mon mari.

Votre plus grande peur ?

Etre dans un avion et qu'il explose.

Croyez-vous en Dieu ?

Non.

Croyez-vous au diable ?

Non. Je suis plus païenne, j'ai du mal à croire à un Dieu... pourtant, je lis la bible tous les soirs, je me cultive.

Préférez-vous tourner avec des femmes ou des hommes ?

Avec des hommes. Les bonnes scènes lesbiennes sont très difficiles à tourner, de plus, nous sommes limités dans le temps pour des questions de droits de télévision et certaines chaînes n'autorisent pas les gods ou les vibros. Je préfère tourner des scènes pornographiques plutôt que des scènes érotiques.

Si vous deviez faire trois voeux ?

Je souhaiterais ne plus avoir besoin de travailler, que le cinéma porno ressorte en salle, ne plus payer le fait d'être actrice porno.

Propos recueillis par David Kersan

Ovidie, que j'avais croisée à plusieurs reprises dans différents salons, était présente en juin à Mons non seulement pour filmer, mais aussi pour faire un show sur scène, un de ceux dont elle a le secret (voir reportage photo du salon de Douai dans les books photos de sexyreport.com, en haut à gauche) dans lequel « show » s'écrit aussi "chaud" !!!



Tu as commencé ta carrière très tôt dans le X puisque tu avais 18 ans. Si, plus tard, tes enfants voulaient faire du porno, les en dissuaderais-tu ?



Je ne les en dissuaderais pas, mais je serais inquiète, ce qui n'est pas pareil. Cela ne me pose pas de problème du point de vue de la morale, car mes enfants seront libres de faire ce qu'ils veulent de leurs fesses, et de faire ce qu'ils veulent professionnellement, tant que ça reste légal. En revanche, cela ne m'empêcherait pas d'être inquiète, comme pour tous les métiers du spectacle en général, car la vie y est souvent désorganisée, les tentations y sont nombreuses, notamment la drogue, et que c'est vrai que le X, spécifiquement, a une mauvaise image. Je les mettrais donc en garde en leur disant qu'en choisissant ce métier, ils auront beaucoup de difficultés par la suite à s'orienter vers un autre métier dit « normal », ou en tout cas plus normé.

Par rapport au moment où tu as commencé comme actrice, il y a 9 ans, est-ce que les choses ont beaucoup changé ?

En effet, les choses ont relativement changé, voire évolué. Les pratiques ont changé, les actrices ont changé car ce n'est plus forcément les mêmes types de personnes, les coûts de productions ont changé...



Dans quel sens ?



Aujourd'hui, il y a beaucoup de gonzos dans toute la production mondiale, alors qu'à l'époque, c'était vraiment une spécialité américaine qui était peu utilisée en Europe. Il y avait déjà quelques filles de l'Est, mais ce n'était pas la majorité, même si certaines étaient très connues ; disons qu'il y avait moins « d'ouvrières de l'Est » à ce moment là.

Mais le vrai changement, le plus important, c'est celui que je citais en premier : l'évolution des pratiques, qui sont beaucoup plus hard maintenant. On pourrait dire que le hard a gravi un échelon car il met aujourd'hui en avant des pratiques qui n'existaient même pas en film il y a seulement 5 ans, ou qui étaient réservées à un marché très marginal.

Par exemple ??

A l'époque, faire une double pénétration n'était pas très courant, et c'était déjà une performance. Aujourd'hui, c'est basique, et rares sont les filles à qui on ne demande pas d'en faire une dans un film. On voit même de plus en plus fréquemment de la double anale... Pareil pour le fist vaginal, et même anal : avant c'était marginal, et maintenant, c'est devenu très répandu. Et puis les films américains ont tendance à montrer beaucoup de violence : on y voit de la strangulation, des filles qui se prennent des claques, se font cracher dessus, voire vomir... Avant, c?était quand même beaucoup moins violent ; ça existait, mais ça n'était pas la norme. Aujourd'hui, c'est devenu la norme à l'échelle mondiale. En France, nous sommes encore un cran au-dessous ... mais pour combien de temps ??







Tu veux dire qu'aujourd?hui, une fille qui ne pratique pas la sodo, encore moins la double, et qui ne fait pas d'éjac faciale a peu de chance de devenir actrice porno ?

Elle n'a aucune chance de travailler de façon indépendante, c'eest clair ! Sa seule chance serait de réussir à décrocher un contrat avec une grosse maison de production comme VCom ou Dorcel; mais si elle est actrice indépendante, devant donc tourner de productions en productions, les gens ne la feront pratiquement pas bosser. A mon époque, déjà, ne pas faire d?anal et vouloir travailler avec préservatif posaient problème. D'ailleurs, la France est pratiquement le seul pays avec le Brésil, je crois, où l'on tourne avec préservatifs. Si l'on veut tourner exclusivement avec préservatifs, on ne peut pas travailler en Italie, en Allemagne, on ne peut pas tourner non plus aux Etats-Unis où dans les pays de l'Est.



Comment es-tu venue à la réalisation ?

Je suis devenue réalisatrice un an après avoir commencé à être actrice, et j'ai continué à faire les deux métiers en même temps pendant cinq ans. En fait, je ne tourne plus en tant qu'actrice depuis environ quatre ans. Mon premier film, Orgie en noir, date de 2000 et était réalisé pour le compte de Dorcel.



Pour toi, c'était naturel de passer derrière la caméra ?

Non, ça n'est absolument pas naturel ; et c'est pour ça que la plupart des acteurs et des actrices qui s'y essayent échouent parce que ce sont deux professions complètement différentes. Etre réalisateur, je veux dire le faire vraiment, pas seulement mettre son nom en bas d'un générique, c'est un métier très dur, qui s'apprend et qui nécessite de passer dix heures par jour sur un ordinateur en travaillant avec des logiciels spécifiques comme Avid, Final Cut ou Premiere Pro pour monter le film. Mais il faut aussi apprendre à faire tout ce qui est en amont : le casting, les repérages, négocier avec le producteur et, bien sur, savoir tourner techniquement le film proprement dit en étant bien souvent aussi le cadreur, et en savant ce que l'on peut demander à l'équipe et aux acteurs. Avec le talent, on peut être acteur, mais le talent seul n'est pas suffisant pour être réalisateur.
Quelle est ton actualité ?



Je tourne un film qui est la suite du Point G, et que l?on appellera le Point Cul; ce film est un peu particulier puisque c'est un documentaire, avec l'interviews de gens du milieu hard, bien sur, mais aussi de sexologues, de médecins, de psychologues ; il en existera deux versions : une avec et une sans images pornographiques. En fait, c'est une réflexion globale sur la sodomie dans notre Société actuelle, ce qu'elle représente : s?est-elle démocratisée, quel est son rôle ou son pouvoir au sein d?un couple, comment on peut s?y préparer physiquement, etc, etc? . Même le rôle de la censure au cinéma, s?agissant de la sodomie, est abordé dans ce documentaire.

Mais dans le cadre d'un documentaire, même ayant pour thème de la sodomie, les images pornographiques sont-elles nécessaires ?



Je pense qu?il est très important de visualiser les choses pour bien comprendre ce dont on parle ! Il faut en parler complètement, sans tabou, mais il est tout aussi important de faire voir tous les aspects pratiques, et ce aussi bien en s?adressant aux hommes qu?aux femmes.

Par ailleurs, il est aussi intéressant de réfléchir à la cause d?un éventuel blocage à ce niveau là, et la visualisation de pratiques peut aider à mieux comprendre ce blocage, ou à mieux éviter la douleur ou le mauvais souvenir si le blocage vient de là.



En tant qu'actrice, pratiquais-tu la sodo, et es-tu personnellement pratiquante convaincue ?



En tant qu?actrice, sur une centaine de scènes que j?ai tournées, il n?y en a qu?une de sodomie car ce n?est pas une pratique qui m?intéresse moi personnellement ; et c?est aussi pourquoi j?ai choisi le mode du documentaire, pour laisser les autres s?exprimer plutôt que cela soit moi qui m?exprime à l?écran. Il n?y aura même pas ma voix off car si j?estime que je maîtrise bien le sujet du Point G, je ne me sens pas suffisamment « experte » sur le thème de la sodomie. Le sujet m?intéresse, mais sa pratique ne m?intéresse pas plus que ça dans ma vie privée. Pour moi, c?est une pratique comme une autre, mais en même temps parmi d?autres, et mes préférences vont vers d?autres pratiques, notamment vaginales, même si je ne l?exclue pas de ma sexualité. Ce film est d?ailleurs une opportunité de réflexion personnelle sur ce sujet, comme je souhaite qu?il puisse le devenir pour celles et ceux qui le regarderont.


Interview d’Ovidie
Lu sur : @patride « Cette interview m’a fait particulièrement plaisir car cela fait quelques temps qu’Ovidie est quelqu’un dont j’apprécie beaucoup le travail et les idées.

En effet j’ai toujours regretté qu’un milieu prônant la liberté sexuelle (je parle du milieu anarchiste) condamne souvent en bloc la pornographie, plutôt que d’essayer d’en faire quelque chose de subversif. Ovidie a fait cela (elle n’est pas la première, le Cinéma porno-féministe existe aussi aux Etats-Unis , mais il me semble qu’elle est la première à le faire en France) et cela semble donner des idées à d’autres personnes, ce qui est encourageant, et de plus sa personnalité est intéressante, loin des clichés de l’actrice porno superficielle et stupide.


Peux-tu te présenter en quelques mots ?


Ovidie, 22 ans, mariée sans enfant mais un chien, comédienne, réalisatrice, travaillant dans le cinéma pornographique depuis plus de trois ans, auteure d’un essai sur le féminisme et la pornographie (Porno Manifesto, chez Flammarion).

.


Comment est tu rentrée dans le porno ?

.


J’ai pris ma décision à 17 ans. J’ai attendu d’avoir 18 ans et je suis allée me présenter chez le plus gros producteur de films pornographiques français. Je lui ai expliqué mes motivations. Je lui ai dit que j’avais conscience des conséquences énormes que cela pourrait avoir sur mon quotidien. Quelques semaines de réflexion plus tard je jouais dans mon premier film.

Parle-moi de ton passé à no pasaran, pourquoi l'a tu quitté ?


J’ai été militante active de 1994 jusqu’au début 1998 (pas seulement au scalp d’ailleurs).

Je suis partie pour des tas de raisons.

.


La première c’est que comme le dirait ce brave Théodore Kascinsky (j’ai fait une faute mais je sais pas où), la plupart des militants de ce type de milieu ne font que combler leur trouble de l’auto-accomplissement. La plupart sont militants comme il seraient inscrits au club du bouledogue, c’est à dire pour avoir une activité sociale qui en plus leur permet de canaliser leur mécontentement vis à vis de la société capitaliste. Leur énergie négative est parfaitement régulée et se manifeste par des actes militants inutiles (réunion sur l’anti-racisme, manifestation encadrée dans la rue, etc) au lieu de se laisser exprimer sauvagement. La révolution ne peut se faire qu’à partir de révolte de travailleurs et autres actes de ce type et non en ouvrant des bars autogérés, en chantant des textes anti-le pen sur des airs de ska, ou en participant à des campings libertaires (je précise que j’ai moi-même participé à tout cela et je ne m’en fais pas une gloire). Même si l’on ne doit pas faire que des actes révolutionnaires (ça peut-être plaisant de chanter des textes politiques sur de la musique ou être dans un bar autogéré avec des copains), il est indispensable de ne pas s’illusionner sur la pseudo-dimension subversive de nos actes. Ces actes-là ne sont pas subversifs, mais simplement plaisants. Tout comme il est plaisant de faire le métier que je fais bien qu’il ne soit pas révolutionnaire (bien que certains travaux puissent être subversifs). Les quelques militants anarchistes pour lesquelles j’ai encore du respect sont par exemple certains autonomes allemands et autres personnages du même type.



L’autre raison est que je suis peut-être trop rouge (certainement par constat que beaucoup de militants anarchistes ont une attitude individualiste voire ultra-libérale dans la gestion de leur propre vie). Je ne suis pas assez réformiste (focaliser sur des luttes périphériques comme l’antiracisme ou l’anti-pornographie ou que sais-je ne réglera jamais les problèmes sociaux de fond et reste à mes yeux une attitude réformiste. C’est donner des cachets d’aspirine à un malade souffrant d’une tumeur au cerveau.)

Et anecdotiquement, je suis une fervente défenseuse du féminisme pro-sexe (et donc également des métiers du sexe et de la pornographie) donc une ennemie aux yeux de certains de ces milieux. Je suis également anti-spéciste vegan, ce qui à l’époque n’était franchement pas bien vu (peut-être les choses ont-elles changées ?).


On t'a vu au vort'n vis et au squatt le 13, qu'est ce qui te plaît dans le milieu alternatif ?


Juste pour précision, je préfère largement un lieu comme le 13 plutôt que d’autres comme le vort n’ vis car il n’y a pas de dimension marchande. Et les fréquentations y sont plus à mon goût. Un punk là-bas ne me prendra pas la tête alors qu’un gamin en baggy pourrait s’autoriser à le faire. Je suis issue de la scène punk, et c’est vrai que même s’il y a beaucoup de critiques à faire, je la trouve plus sincère et cohérente que la scène hardcore pour les raisons que je vais évoquer dans la question suivante.


Sinon j’y vais pour la musique puisque c’est dans ce genre d’endroit que se joue la musique que j’écoute. Et en plus j’ai un mode de vie straight edge, ce qui est également le cas de certaines personnes dans ce milieu. Sinon, les concerts en Belgique c’est bien car on peut s’y ravitailler en fromage vegan !

Dès que tu vas à un concert, toute la salle est au courant, c'est pas un peu lourd ? la célébrité te plaît-elle ?


Faire ce métier signifie subir une pression sociale quotidienne. Y compris dans le milieu dit « alternatif ». Surtout dans ce milieu, j’ajouterai. Jusqu’à présent je n’ai pas eu de problème grave, juste à une ou deux reprise où mon poing a faillit atterrir dans la face de quelques kids. Le fait que toute la salle soit au courant a des effets positifs et négatifs. Le positif c’est que ça facilite les discussions (on vient énormément me parler à chaque concert) qui peuvent parfois être intéressantes et déboucher (rarement, mais c’est déjà arrivé) sur une relation d’amitié ou de simple copinage.


Le négatif c’est que je dois prendre à chaque fois énormément de précautions pour prévenir tout dérapage (être toujours très entourée et protégée, etc). Il n’y a en général que des réactions positives de la part du public. Mais il n’est pas impossible qu’un jour un gros beauf coreux se sentent le droit de me draguer d’une manière insistante voire pire sous prétexte qu’il ne fera pas la différence entre film et réalité et imaginera que je suis une « fille facile ». Ce qui n’est franchement pas le cas. Il n’est pas non plus impossible que des militants ignorants se permettent de me prendre la tête en me recrachant leur discours appris par cœur à propos de la pornographie.

.


Autre conséquence néfaste de la pression sociale au sein de ce milieu : vu que tout le monde se croit permis d’avoir un avis sur tout et que la scène hardcore est synonyme de « ragots de chiottes and co. », il arrive souvent que des rumeurs me reviennent jusqu’aux oreilles. On m’a déjà prêté des liaisons et autres histoires de coucheries avec des gens que parfois je ne connais même pas ! Je partage actuellement une relation émotionnelle forte avec quelqu’un impliqué dans ce milieu, et il n’a pas fallut plus d’une semaine pour que cela fasse le tour des concerts de toutes la France, par exemple…

Quelle est la différence selon toi entre un de tes films et un film porno classique ? pourquoi y-voit-on des scène de sexe hétéro et lesbien mais pas homosexuel ?


Dans Porno Manifesto j’ai écrit quelques pages sur mon deuxième film Lilith en y expliquant en quoi je le considère comme féministe pro-sexe.

.


J’essaie de faire des films qui me correspondent (la première scène sexuelle du film est une longue scène hétéro, où les deux partenaires jouissent, mais où il n’y a pas de pénétration, ce qui est rare dans les autres films. L’éjaculation de l’homme arrive au milieu de la scène et non à la fin, histoire de montrer que la relation sexuelle ne se limite pas à l’éjaculation. C’est un exemple, le reste du film est de ce type). Cela dit, il existe des tas de films de très grande qualité et il y a également un cinéma pornographique féministe pro-sexe depuis plus de 20 ans. Je ne prétends donc pas révolutionner un cinéma qui ne m’a pas attendue pour exister !

Que penses-tu du parallèle souvent établi entre le métier d'acteur porno et celui de prostitué(e) ?


L’acteur et l’actrice de films pornographiques sont des comédiens. Cela signifie qu’ils participent à la construction d’un spectacle et non d’une réalité. Ils ne vendent pas un service comme le/la prostitué/e mais une image. Lorsque je fais un film, je ne vends pas ma force de travail (je ne suis pas payée à la pratique ni au temps ou que sais-je encore) mais je vends le droit d’autorisation de mon image et fixe un cachet en fonction de ce qu’elle va rapporter. Je vends exactement la même chose que n’importe quel autre type de comédien (une scène de sexe n’est pas une réalité mais une scène de comédie. Cela prend en général plusieurs heures à tourner pour environ 5/10 minutes gardées au montage. Cela relève de techniques cinématographiques, aussi misérables les gens peuvent-ils les trouver).

D'après ton expérience que penses-tu de la manière qu'on les médias officiels de parler du X ?


Comme je l’ai écrit dans mon livre, « la télévision remplit ces deux fonctions : elle est à la fois pute et flic ». Elle vend du sexe, mais continue à normaliser la sexualité des spectateurs afin que ceux-ci ne vivent plus qu’une sexualité médiatisée et non une sexualité réelle. Elle crée des faux désirs et des phénomènes de mode (échangisme, soirées SM, etc).

.


Par rapport au cinéma pornographique, elle ne fait que véhiculer des clichés mensongers. Elle se donne bonne conscience en nous critiquant, ce qui lui permet de continuer à vendre du sexe en toute impunité. Elle dit : « nous vendons du sexe, mais c’est toujours moins pire que ce que vendent les abominables exploiteurs de chair fraîche du X ».

Tu es chez marc Dorcel, tu n'a pas l'impression des fois d'être sa caution intellectuelle ? les films produit chez lui sont souvent loin d'être des monuments de féminisme, ça t'embête pas ? t'as jamais pensé à monter ta propre boîte ?


Je ne suis plus chez Marc Dorcel. Je suis à la recherche d’un nouveau producteur (pour info c’est moi qui suit partie).

.


Je ne suis pas sa caution intellectuelle puisque il n’y a aucune dimension intellectuelle explicite dans mes films. Marc a apprécié mon travail, il ne faut pas chercher plus loin que ça. En plus il se contrefiche d’une quelconque acceptation sociale par la dimension intello. A la rigueur s’il y en a qui se servent de moi de cette manière, ce sont les médias qui m’invitent pour parler de mon discours sur la pornographie mais surtout pas de mes films comme le ferait n’importe qu’elle autre comédienne.

.


Je n’ai jamais monté ma propre boîte car je ne suis pas une business woman. En plus je me casserais la gueule économiquement car le cinéma pornographique européen est moribond.

.


Tu as des clauses bien précises dans ton contrat, peux-tu les rappeler ? Ont-elles été dures à faire accepter ? (Ovidie m’a recontactée suite à cette question, en me précisant qu’elle n’avait jamais travaillé sous contrat, même en tant que réalisatrice)

.


Je n’accepte que les rôles qui me conviennent. Je participe en général à la construction de la scène. Je tourne exclusivement en safe sex (préservatif, contrôle HIV toutes les trois semaines, pas d’éjaculation sur les zones à risque, pas d’anal sauf avec objet).

.


Toutes ces conditions ne m’ont pas empêchée de tourner dans 45 films !

Tu aimes les films Z, en quoi ça te plait et en quoi cela influence tes films ? ça te dirait pas de jouer dans un film Z ? (avec le pape du genre Jean Rollin par exemple?)


C’est une éventualité. Pour moi, un film est un film, qu’il soit porno ou Z. Mon rêve serait de tourner dans un film chinois.

.


Le mariage est pour moi une institution très patriarcale et archaïque, pourquoi t'être mariée alors que ça semble assez contraire à tes convictions ? Que pense-tu du sentiment de possession, souvent inhérent au couple ?

.


Ce mariage aurait pu simplement être un mariage wicca. Il était le symbole de ce qui a été un amour intense et passionné. Il n’était ni un mariage selon les valeurs de la république ni selon celles de l’église. Et donc pas selon celles du patriarcat. Par ailleurs nous avons signé un contrat de mariage extrêmement rare que beaucoup de notaires ont refusé de nous faire signer car c’est le seul qui permettent une gestion totalement libre de notre couple aux yeux de l’ Etat.

.


Quels sont tes projets ?

.


J’écris un second livre. Il porte sur la critique du cinéma d’auteur et de l’industrie hollywoodienne au profit de ce que l’on juge comme étant du mauvais cinéma.

Quelque chose à rajouter ?


Arrêtez de condamner sans connaître (je pense essentiellement à la pornographie). »

Ovidie est une jeune femme sérieuse. Elle n'est ni une gamine, ni une femme fatale.Je l'ai rencontrée : Ovidie est tout simplement une militante. Mieux, une activiste, puisqu'elle s'est placée délibérément dans un espace qui n'existait pas, où en tout cas peu l'on précédée dans ce pays, et parce que cette position est « intenable », au sens où elle serait impossible, inaudible, irrecevable selon le sens commun. Et pourtant Ovidie parle, et on l'écoute, ou en tout cas on fait semblant, et en masse. Ovidie est partout, interviewée, montrée, montée, re-montée, et souvent trahie selon elle. Elle a réussi à faire de son statut de porn star un atout pour avoir accès aux mass media, elle y balance quelques énoncés politiques brutaux et inouïs ou presque : « je suis une travailleuse du sexe » ; « une scène porno est une scène de comédie, on joue l'acte sexuel » ; « il existe un féminisme pro-sexe »... Mais au delà de la provocation, du scandale de l'activiste, il manquait les éléments de la politique d'Ovidie, les explications de ses déclarations, que la télévision ne voudra jamais montrer « faute de temps ». Ovidie a donc écrit un livre pour s'expliquer [1]. J'ai choisi de le chroniquer plus tard, et d'inaugurer cette rubrique avec un entretien réalisé à l'époque où ce livre n'était déjà plus un projet, et pas encore un jeu d'épreuves. Nous y parlons de politique, de protection sociale, de droits d'auteur, de cinéma et de sodomie, entre autres... toutes questions connectées à d'autres réalités qui font samizdat.net. Et pourtant en publiant cet entretien nous sommes à peu près sûrs de susciter des réactions, peut-être bien violentes, sans doute venues des plus proches. Statut de la femme, marchandisation des corps, publisexisme... Ovidie se revendique d'une certaine radicalité, en a gardé certains traits et aussi quelques défauts, mais sur chacun de ces sujets elle est inacceptable pour pas mal de « radicaux » et « radicales ». Je ne pense pas que le débat soit nécessaire autour des positions d'Ovidie. Avec cet entretien, sur samizdat.net, il devient au moins possible.
Germinal - As-tu toujours des contacts avec des groupes politiques ou des activistes ?

Ovidie - Je suis toujours active. Plus que jamais, et plus radicale qu'avant. Militante dans des groupes je l'ai été de 94 à 98. Mon autonomie a commencé en 98. Et je pense être devenue beaucoup plus radicale que je ne l'étais à l'époque.

Germinal - Plus radicale que quand tu étais dans des groupes organisés ?

Ovidie - Oui, parce qu'il y avait, même dans les groupes anarchistes, un politiquement correct.

Germinal - Qui portait sur quoi ?

Ovidie - Sur tous les niveaux. Il y avait une pensée militante anarchiste dogmatique. Enfin ce n'était même pas une pensée anarchiste, étant donné que pour moi pas mal d'anarchistes ont viré sociaux-démocrates. Je parle de la France, pas de l'Allemagne où il y a toujours des gens très radicaux. En France un bon militant c'est avant tout quelqu'un qui a des devoirs, plus que quelqu'un qui réfléchit.

Germinal - Une série de règles qu'il faut respecter en public, dans les groupes ?

Ovidie - Il y a un truc imposé y compris sur sa propre vie, un truc d'autorépression, Et je pense qu'à partir du moment où on est dans un mouvement de libération, on ne peut pas avoir d'autorépression sur sa propre vie. C'est un truc qui n'est vraiment pas cohérent. Dans ces groupes-là, la pensée individuelle était complètement soumise à la pensée du groupe. Et évidemment il y a plein de points où ça butte, comme la pornographie, ou en France l'antispécisme. Je ne sais pas ce que c'est devenu depuis 98, mais je me souviens que quand j'étais anarchiste entre 94 et 98, les végétariens, les végétaliens et les antispécistes s'en prenaient plein la gueule.

Germinal - Pour autant que je sache, c'est toujours considéré par pas mal de militants comme très anglo-saxon, très petit-bourgeois. Tu parlais de devoirs, de règles. Ils imposaient la condamnation de la pornographie en même temps qu'ils interdisaient à tel ou telle membre du groupe d'être antispéciste ou végétalien ?

Ovidie - Oui. Des règles très limitées. Je trouve extrêmement choquant que dans des campings militants - j'en ai fait - il y en ait toujours un qui prenne un malin plaisir à raconter comment il tue ses oies devant cinq végétariens.

Germinal - Bon, s'il est dans une tendance agriculture bio, « je fais mon foie gras moi-même »...

Ovidie - C'est comme cette histoire de poulet congelé qu'on aurait trouvé dans les poubelles de membres des Cahiers antispécistes lyonnais qui a fait bien rire dans les milieux anarchistes français, j'ai trouvé ça super-choquant. Canular ou pas, ça a servi de prétexte pour se moquer de tous les antispécistes en les traitant de petits-bourgeois, et en faisant croire que leur lutte n'était que du sentiment et de la niaiserie.

Germinal - Le sexe, la bouffe, ce sont des trucs très individuels. Tu as l'impression que tout un milieu politique passe à côté d'enjeux politiques qui sont de l'ordre de l'individuel ?

Ovidie - Je pense qu'il y a un gros problème aujourd'hui dans les groupes anarchistes en France. Je suis en contact avec des gens qui sont toujours dans des groupes, qui n'en sont pas « sauvés ». Il y a beaucoup de beaux discours, et très peu d'application dans le quotidien, ce qui n'est pas une préoccupation individualiste ou petite-bourgeoise. C'est essentiel. Ça ne sert à rien de blablater sur la Révolution sans être foutu de se comporter de manière correcte dans sa propre vie. Et c'est vrai qu'à part quelques expériences de squats réussies, on fout trois anarchistes ensemble dans le même appartement, ils ne sont pas foutus de vivre ensemble. Sur le sexisme, c'est un féminisme de l'age de pierre, un discours MLF vaguement adouci par rapport aux hommes, pas du tout en évolution, et pas du tout libérateur. Les gens des milieux où j'ai été ont une attitude totalement répressive vis-à-vis de leur propre sexualité. Il y en a qui aimeraient bien voir des films de cul, ou en faire, regarder des photos pornos, oser se masturber devant des photos pornos, oser dire qu'ils aiment, pourtant ils n'iront même louer une seule cassette sous prétexte que c'est mal, c'est le diable. Ils n'ont jamais vu un film porno de leur vie, ou un ou deux, ils sont persuadés de tout savoir sur la pornographie et sous prétexte que c'est mal ils ne peuvent pas en prendre chez eux. Plein de filles avec qui j'ai discuté sont dans des plans « la levrette c'est la soumission, se faire enculer c'est la soumission, sucer c'est la soumission... » Elle est où la liberté dans ta vie ? Tu t'imposes des trucs dans ta vie sous prétexte que c'est politiquement correct, tu te frustres, c'est n'importe quoi.

Germinal - Par ailleurs, c'est le discours qui était tenu dans les années 70 par des femmes qui pour beaucoup aujourd'hui sont devenues des bourgeoises sociales-démocrates qui racontent des sornettes sur le voile...

Ovidie - En plus ! Mais c'est parfaitement logique : pour moi le féminisme MLF des années 70, ça n'a pas du tout été une libération des femmes, mais une libération de la consommatrice et de la travailleuse. Et certainement pas de la femme en tant que telle. Donc c'est tout à fait normal qu'aujourd'hui les bourgeoises du PS tiennent ce genre de discours-là. Il y a eu des choses importantes comme le droit d'avoir son propre compte en banque. Après, l'arrivée de la pilule qui pour moi a été la plus grosse catastrophe au niveau de la santé féminine. Le féminisme MLF n'a jamais été qu'une nécessité économique : il fallait que les femmes travaillent, pour qu'elles travaillent il ne faut qu'elles passent leur vie à faire des mômes, ont leur donc trouvé des solutions pour ne plus être des poules pondeuses, on leur a filé des pilules comme des smarties. Elles ont fait moins de mômes, ça leur a laissé du temps pour l'industrie des loisirs, ça a développé l'industrie de l'électroménager...

Germinal - C'était peut-être le résultat négatif d'une forme de libération tout simplement égalitaire : pilule, travail, c'est juste avoir les mêmes droits que l'homme ?

Ovidie - Ouais. devenir aussi con que l'homme : travailler comme un âne, gagner ses sous et aller consommer. Faire les mêmes erreurs. La femme a réclamé le droit à faire les mêmes erreurs. Faire de la politique, entrer dans l'armée...

Germinal - « Faire de la politique » : tu veux dire être élue, entrer dans les partis de gouvernement...

Ovidie - Oui. Thatcher ne me plaît pas plus parce que c'est une femme. On a eu droit à faire exactement les même erreurs que les hommes. L'égalité, en tant qu'homme, travailleur, consommateur. Pas en tant qu'homme libre. Les femmes ne sont pas libérées en tant que femmes.

Germinal - Ce que tu dis n'est pas très différent de ce que peut dire la commision anti-patriarcat du SCALP-Paris par exemple. Comment ça a clashé avec ces milieux ? Ça portait sur la distance entre ces discours et la vie réelle ?

Ovidie - Il y a ça. Le fait que dans la vie réelle l'application qui en était faite par pas mal de nanas militantes féministes était vraiment une catastrophe. Même physiquement par rapport aux critères de beauté, j'ai vu des tas de nanas qui sous prétexte de politiquement correct essayaient d'adopter une esthétique qui est en fait très masculine, pas du tout alternative, qui cache, sous prétexte que se montrer c'est être une femme-objet. On se cache, et on se frustre. J'ai vu des filles qui, pour « ne pas être une femme objet » se laissaient complètement aller physiquement, grossissaient, se couvraient le corps de treillis et de sweats à capuches. Elles n'assumaient pas du tout en disant « j'en ai rien à foutre », elles étaient malheureuses, pleuraient, se plaignaient de ne pas plaire aux hommes. C'est bien beau le discours en réunion avec le treillis et le reste...

Germinal - Et puis toute la vie ne se passe pas en réunion !

Ovidie - La réalité est qu'elle n'assument pas. Si elles allaient jusqu'au bout en disant « pour la plupart des gens je suis moche mais je suis bien comme ça, je m'en fous » Mais elles ne sont pas bien comme ça. Elles se frustrent.

Germinal - Dans la situation où tu es aujourd'hui, l'accès aux médias, comment vois-tu ton ou tes rôles politiques, à la fois dans les réseaux que tu continues de fréquenter, et quand tu parles sur TF1 ?

Ovidie - J'ai essayé d'utiliser l'outil de propagande le plus puissant. Quand je passe sur TF1, je peux parler jusqu'à 15 millions de personnes à la fois. Avant je distribuais 500 tracts que personne ne lisait, tout le monde s'en foutait. Là je suis bien maquillée, je suis jolie, je souris. Mine de rien je fais passer deux trois trucs, il y a pas mal de gens qui commencent à s'intéresser à mon travail, qui regardent les films que je fais, ça les fait réfléchir un petit peu, ça suscite plein de correspondance, ça fait jaser dans les milieux militants. Je pense au milieu straightedge où ça a beaucoup fait parler, tout le monde étant au courant que suis straightedge. Ils se disaient : « mais comment ça se fait ? elle est féministe ? ». Deux ans et demi, trois ans plus tard, pas mal de choses ont évolué dans l'esprit de pas mal de gens dans les milieux politiques. D'autres qui n'étaient pas du tout dans des milieux politiques ont complètement changé d'analyse sur la pornographie. En plus tout ça aura servi à me faire connaître d'un maximum de gens pour qu'ils puissent lire le texte politique que j'ai écrit sur le féminisme et la pornographie, et qu'ils aillent éventuellement voir Lilith. Ce film et ce texte sont deux oeuvres complètement politiques, pour moi très importantes.

Germinal - Tu n'as pas peur, avec ce texte, de te rendre encore plus inaudible que tu n'es parfois pour les médias grand public ?

Ovidie - Non, ça vient progressivement. Il ne faut pas brusquer les gens. Il faut commencer par ouvrir les esprits, puis après des mois et des années on finit par faire passer quelques idées. J'ai écrit de manière très simple. J'ai fait passer des idées pas super-courantes, mais de manière à ce que ça puisse être lu par un maximum de gens. Je m'en fous d'être admise dans l'intelligentsia parisienne petite-bourgeoise, j'ai envie que le français moyen qui n'a jamais lu de texte politique de sa vie puisse comprendre ce que j'écris.

Germinal - C'est un texte que tu as écrit pour que quelqu'un qui te connaît en tant qu'actrice de hard un coup d'oeil au bouquin ? C'est pour un public large ?

Ovidie - Oui, pour que n'importe qui qui m'ait vue à la télévision, qui m'ait entendue parler, ou qui ait lu une interview, ait envie de s'ouvrir l'esprit sur la question du féminisme pro-sexe.

Germinal - En tant qu'actrice ou en tant que personnage médiatique ? Il doit y avoir pas mal de gens qui te connaissent parce qu'ils t'ont vue à la télévision, mais qui ne te connaissent pas comme actrice de hard, et d'autres qui regardent tes films mais ne t'ont jamais vue à la télévision.

Ovidie - On n'a pas besoin de me connaître comme actrice de hard, ce livre est pour le militant formé comme pour celui qui n'est pas du tout informé. Ce n'est pas compliqué à lire, mais ça peut quand même apporter des réflexions nouvelles à certaines personnes.

Germinal - Sur la questions des droits, Samizdat travaille beaucoup sur le copyleft, la revendication d'un accès libre aux productions, qu'elles soient informatiques, culturelles ou artistiques, par opposition au droits de reproduction. Les photos qui sont sur ton site web [2], quel statut ont-elles ?

Ovidie - À part les photos de Lilith qui ont été prises par mon ingénieur du son, qui me les a filées pour le site mais que, par respect pour son boulot, je ne peux pas considérer comme « libres de droit », toutes les autres sont libres de droit (j'ai retrouvé les siennes sur d'autres sites, mais je ne vais pas faire de scandale). Les photos d'Orgie en noir et des films que je réalise sont libres de droits.

Germinal - Et les photos privées ?

Ovidie - Je veux juste que par respect on mentionne le nom du photgraphe, qui s'appelle Désir clinique, qui est aussi la personne avec qui je fais le site. C'est tout, Après on peut les récupérer sur Internet.

Germinal - Avant-hier un copain m'a donné un logiciel qui permet de copier sur mon disque dur des DVD. En tant qu'actrice-réalisatrice vivant de la vente de supports vidéos...

Ovidie - Je te dis tout de suite un truc : je touche 0,001%, c'est-à-dire rien du tout sur la vente des cassettes et DVD. Je suis salariée. Quand je fais un film, je suis payée pour mon scénario, on me paye en droits d'auteur. Et en tant que réalisatrice j'ai un salaire pour le film que je réalise.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://valora.highforum.net
valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: Re: Interview Ovidie   Mer 4 Aoû - 18:49

Germinal - tu n'as pas de royalties sur les ventes ?

Ovidie - Pas du tout.

Germinal - Ce statut te donne-t-il une vision particulière du fait que bientôt, encore plus facilement qu'avec le VHS, la copie va devenir un phénomène énorme ?

Ovidie - Moi à priori je m'en fous. Je n'irai pas, par principe, voler des cassettes d'Orgie en noir dans les locaux de Marc Dorcel pour les distribuer partout, parce que je n'ai pas envie de couler leur boîte. Le porno ne gagne quasiment rien. Mais ça ne me panique pas. Moi-même je cherche des trucs sur internet à gogo, des films aussi. Je suis complètement pour la diffusion gratuite. Si un jour je tombe sur Lilith ou Orgie en noir je serai super-contente.

Germinal - À charger gratuitement ?

Ovidie - Bien sûr. J'ai envie que ce que je fais soit vu par un maximum de gens, pas pour l'argent que je vais toucher dessus. C'est justement pour la diffusion des idées. Et si un maximum de gens voient Lilith, même si je ne touche rien du tout parce que ce sont des copies privées, et bien je serai très heureuse. Parce ce que c'est un film dont je suis super fière, et que j'ai envie qu'un maximum de gens le voient. Après l'argent fait dessus je m'en fous, j'ai déjà eu mon salaire.

Germinal - Diffusé par tous les canaux possibles, que ce soit Canal+ ou la gravure clandestine ?

Ovidie - Je suis pour la diffusion des trucs. Et surtout que ce soit super facile d'accès.

Germinal - Pour autant, il y a une industrie derrière, il y a des gens qui bossent, des techniciens, des acteurs... Au passage il y a une minorité ou une majorité de gens avec le statut d'intermittent du spectacle dans le X ?

Ovidie - Une majorité pour les professionnels. La plupart des professionnels travaillent avec les grosses boîtes, qui déclarent et envoient des Congés-spectacle.

Germinal - Une forte proportion des gens dans le X ont donc ce statut enviable...

Ovidie - On est intermittent, mais ça ne veut pas dire qu'on ait le nombre d'heures suffisant pour les Assedic. On a pas la couverture sociale des intermittents qui ont un nombre suffisant d'heures. Tout n'est pas déclaré aux Congés-spectacle, car il y a certains films que l'ont fait où on est payé en droits d'auteurs ou en honoraires, mais rien n'est jamais au noir dans le X. On a rarement le nombre d'heures suffisant pour toucher les Assedic. Donc ce n'est pas un statut super-enviable.



Germinal - Pour autant que tu aies pu t'en rendre compte par exemple sur le tournage du Pornographe, est-ce très différent du cinéma traditionnel au niveau statut ?

Ovidie - La différence c'est que là les gens sont toujours déclarés aux Congés-spectacle, à part peut-être dans des tous petits films. Ce qui fait qu'ils ont le nombre d'heures suffisant pour partir en congé deux mois, et toucher pendant un moment des indemnités alors qu'ils ne bossent pas. Les maisons de productions dans le milieu du porno ont tellement peu d'argent qu'elles ne peuvent pas nous payer autant que dans le cinéma traditionnel, et souvent elles ne peuvent pas nous payer autrement qu'en honoraires. Les grosses maisons de productions payent en salaires déclarés etc., et les petites nous payent en honoraires comme si on était toubib, ou en droits d'auteur. Donc ils n'ont pas à payer les charges patronales et le reste. On n'a pas la même sécurité que dans le cinéma traditionnel. Eux ont de la thune à gogo et peuvent ne pas travailler tout le temps.

Germinal - Nous avions eu un échange autour de ces questions de statut que j'abordais dans un texte publié en juin 2001 Germinal Pinalie, « Un film est un film », juin 2001.]]. La disparition de la loi X, du point de vue de quelqu'un qui bosse dans le X à la fois en tant qu'actrice et réalisatrice, qui a donc affaire aux producteurs en tant que producteurs, est-elle souhaitée par tous, ou alors y aurait-il des gens dans le milieu du X pour la défendre, pour garder de petites privautés, leurs petits avantages qui s'effondreraient dans un autre système ?

Ovidie - Tout le milieu du porno aurait à y gagner. Si on était admis en tant que cinéma de genre en France, et que l'on recevait les mêmes aides de l'État pour pouvoir sortir nos films en salles, on ferait des films bien meilleurs, ça attirerait sans doute plus de monde dans ce milieu. Parce que ce qui fait que les gens ne veulent pas y entrer c'est qu'il n'y a pas d'argent, et que donc les produits ne sont pas toujours très beaux. Tout le monde y gagnerait. Il y aurait beaucoup plus de monde, beaucoup plus de gens consciencieux, la qualité serait meilleure, on aurait beaucoup plus d'argent. on pourrait travailler, et pas à l'arrachée comme on le fait. Là on se crève à tourner des films en cinq jours. Après je suis malade pendant deux mois chaque fois que je tourne un film ! C'est un miracle de faire un film de quatre-vingt-dix minutes en cinq jours, c'est dingue, on y laisse sa peau.

Germinal - Nous n'avons connu ni toi ni moi l'avant-loi X. Qu'en as-tu comme image ?

Ovidie - J'en ai une image qui me vient des gens que je connais qui étaient dans ce milieu avant la loi X. Par exemple mon directeur de production, qui était déjà là dans les années 70, qui a été acteur et réalisateur, aussi mon chef-opérateur, Alain Payet que je connais bien, qui est là depuis vingt-cinq ans. Après il y a aussi de gens au Etats-Unis, comme Annie Sprinkle qui représente la belle époque. L'autre jour il y a une nana, Claudia, qui travaille beaucoup avec Alain Payet, qui était une folle furieuse, actrice porno qui aujourd'hui refait des apparitions dans des films pour faire folklo. Tous représentent pour moi la belle époque, les films subversifs, l'amusement et surtout pas le côté usine. C'étaient des gens qui avaient des espoirs, des aspirations à faire des films, de cinéma pornographique. Ceci dit dit il y en a toujours aujourd'hui, des gens qui veulent faire du cinéma pornographique. Mais les actrices faisaient de belles scènes, parce qu'elles s'amusaient, les acteurs aussi. Aujourd'hui tu as des filles qui sont un petit peu des compteurs à gaz, qui viennent, qui ne sont payées ni au film, ni à la journée, mais à la prestation sexuelle. Avant tu avais des nanas qui prenaient un scénario, elles demandaient tant de cachet sur le film. Maintenant tu as des filles qui viennent sur le plateau en disant la fellation c'est tant, l'anal c'est tant, l'éjaculation faciale c'est tant, etc. Ça n'est plus du tout le même esprit. Avant on avait de vrais actrices et de vrai acteurs. Aujourd'hui on a des call-girls. Je parle surtout des filles de l'Est. Aujourd'hui il y a toujours des gens qui font de beaux films, des films de cinéma, toujours des nanas qui se considére comme actrices, mais tu as pas mal de gens qui sont dans un truc économique et pas du tout artistique.

Germinal - Toujours sur l'avant-loi X, entre 73 et 75 il y a eu un moment où il y avait une interpénétration entre le milieu qui faisait des films avec du sexe explicite et le milieu du cinéma traditionnel. Au point que la France a failli être réprésenté à Cannes par un film de Charles Matton, Spermula, qui après a failli être classé X. Tu parlais de subversion : le moment où il y avait vraiment un mélange, où il y avait des pornos dans les multiplex qui se créaient sur les Champs ou ailleurs, est-ce ça la belle époque dont tu parles, et est-ce que ça pourrait encore être un projet aujourd'hui ? Retrouver cette absence d'étanchéité d'avant la loi X ?

Ovidie - Tant qu'il y aura cette foutue loi X on sera toujours bloqués, on essaiera de faire du mieux qu'on peut avec l'argent et le temps qu'on a. Mais oui si cette putain de loi X pouvait sauter on pourrait retrouver cette espèce d'âge d'or. Ça pourrait à nouveau être quelque chose de grandiose.

Germinal - Tu sais que tes films à l'heure actuelle ne sont pas vus en salles à proprement parler. Il n'y a plus qu'un seul cinéma X en France sur les Grands boulevards qui ne passe que des vieux trucs des années 80. Est-ce que le fait de travailler pour de la vidéo en cabine ou à la maison influence ta façon de faire ? Aimerais-tu travailler en vue de projections en salles ?

Ovidie - C'est peut-être con, mais quand je travaille, j'essaie de faire comme si je travaillais pour un truc projeté en salles. Je travaille pour un grand écran, pas pour un petit. Et cette histoire me frustre, parce que je considère que Lilith est un beau film. Autant Orgie en noir est un film un peu pourri, mais j'ai eu des tas de galères, autant Lilith j'y ai mis toute ma conviction et toute ma force. Ça me fait tellement chier que ça ne passe pas en salle que j'organise une projection en novembre. Parce que ça me fait chier, je ne trouve pas ça normal. C'est un film que j'ai tourné pour être vu sur grand écran, j'ai fait les lumières, j'ai retravaillé l'image, j'ai tout fait pour ça, et donc je le passerai sur grand écran. Ça sera peut-être la seule projection, ça passera peut-être une fois dans un festival et jamais au Gaumont, je m'en fous j'aurai réussi à le passer au moins une fois sur grand écran. Je travaille comme ça. Je me dis : « imagine que ça va passer sur grand écran ». Mes inspirations ne sont pas des films vidéos, ce sont des films censés être projetés en salles.

Germinal - La pornographie américaine est faite, entre autres, pour un réseau de salles 35 mm qui existent encore là-bas. C'est une pornographie extrêmement codifiée, avec des filles superbes hypermaquillées, divinement habillées et chaussées, et un système de mise en place de l'image souvent assez magnifique. Tu as souvent dit que tu avais d'abord rencontré cette pornographie-là. Comment ça fonctionne avec la pornographie telle qu'on la connaît en France, qui a quand même des codes un peu plus rustres, une mise en lumière crue, qui n'ont rien à voir avec les corps magnifiques et les lumières ensoleillées des films américains ? Comment es-tu passée de ta découverte de ce cinéma-là au « français » ?

Ovidie - Je t'avoue que je n'ai quasiment pas vu de film européen avant d'entrer dans ce milieu. Depuis j'en ai vu des tas par conscience professionnelle, mais c'est vrai que je ne connaissais pas du tout. Je ne fais pas des copies de film américains, je ne cherche pas du tout à en faire, mais j'essaie d'être un petit peu dans le même état d'esprit, c'est-à-dire pas de femme soumise, parce je trouve que les nanas sont vachement fortes dans les films américains, elles sont assez impressionnantes. C'est pour ça que je rigole quand j'entends que tous les films pornos présentent des femmes soumises, sachant que la plupart des films pornos sont américains ! L'autre point c'est d'essayer d'esthétiser le truc, de faire de belles images, de travailler la lumière. Je ne fais pas du tout des films à l'américaine dans le sens où mes actrices ne sont pas des actrices américaines, que je ne leur demande pas de jouer comme des américaines, et je ne n'utilise pas les mêmes décors ou les mêmes costumes. Mais il y a des choses en commun. C'est possible en France de faire de beaux films. Il y a des gens qui sont partants, qui donnent l'argent pour, et je suis sure qu'il y a un public pour. Donc c'est faisable. Par rapport au jeu d'actrice, je me suis vachement améliorée en deux ans et demi, j'ai pas mal travaillé le truc. Mon jeu paraît à certains très américain, même si je ne suis pas d'accord, au sens où il est très expressif et pas du tout mécanique. C'est un jeu d'actrice qu'aujourd'hui les professionnels autour de moi apprécient énormément. Personne en France ne nous dit « il faut que tu joues à la française ». Aucun truc n'est imposé, mais le porno est un peu le reflet des mentalités, alors c'est vrai que les mentalités en Europe sont peut-être un peu plus rustres qu'en Californie ou à New York.



Germinal - Dans Orgie en noir le son est majoritairement non-postsynchronisé. C'est du son direct.

Ovidie - Je ne fais pas de doublage. Tout ce que je fais est en son direct. Je préfère un son direct pourri à un mauvais doublage en cabine.

Germinal - Toujours sur le son. Autant Orgie en noir est intéressant à regarder, autant la musique est très décevante. Dans le générique on lit « musique originale de Marc Dorcel ». Dans les musiques actuelles il y a un grand intérêt pour l'imagerie sonore de la pornographie, alors que la pornographie ignore complètement les musiques actuelles.

Ovidie - Orgie en noir est un film très rigolo mais c'est un ratage au niveau des scènes de sexe. J'aimerais pouvoir ne pas y revenir tout le temps. Ça a été une galère, on a filmé sous la tempète, en quatre nuits. J'ai eu des actrices hongroises dans les pattes, qui n'étaient pas foutues de faire des scènes correctement. Ça a été une merde totale. Quand je le vois avec le recul, j'ai l'impression de voir un vieux film Z. C'était aussi ce que je voulais faire...

Germinal - Comme cette séquence, qui passe deux fois, ou l'on voit Daniela Rush traverser en clopinant un cimetière avec ses superbes mules blanches à hauts talons toutes crottées ! c'est hilarant et grandiose. Un peu comme un Ed Wood.

Ovidie - Ou Titof qui sort du caveau et qui se ramasse dans la boue, ça n'était pas prévu non plus ! (rires).

Germinal - En parlant d'Ed Wood, dans ses films la musique fait partie intégrante du résultat...

Ovidie - Le problème de la musique,c'estlaseulerestrictionauniveaude ma liberté. Je n'ai pas ledroit à la musique.

Germinal - Par contrat ?

Ovidie - On a des problèmes de droits. Pour Lilithça a été lemêmeproblème,le seul truc qui m'a échappé. J'ai eu tout ce que je voulais sauf la musique. Elle est à nouveau signée Marc Dorcel. Tu imagines bien pourquoi c'est signé Marc Dorcel et pourquoi je n'ai pas droit à la musique. Pour des histoires de droits quand ça passe à la télé. Par contre mon prochain film est un film musical. Forcément, je choisirai toute la musique. C'est un film sur les milieux underground du rock'n roll, je vais mettre des vieux morceaux de garage. Et je vais racheter les droits pour chaque morceau. Aussi parce qu'il y a plus d'argent sur ce projet.

Germinal - Orgie en noir est ton premier film, mais il était encore bloqué par une forme de production.

Ovidie - Orgie en noir a été tourné en quatre nuits, même pas quatre jours ou cinq jours comme Lilith, quatre nuits. Donc course contre la montre en permanence. Quatre nuits en extérieurs, dans le cimetière reconstitué, dans la bouillasse. Au moment de la tempête de 99. On ne pouvait pas faire autrement, le cimetière était là, on avait loué les décors, on avait fait venir les nanas de l'Est. Tous les techniciens étaient sur place, on avait loué la machine à pluie, etc. Soit on tournait dans ces conditions, soit il y avait des séquences en moins dans le film. Ça a été une horreur, on a failli électrocuter le chef opérateur, parce durant la scène à quatre avec les deux goules, il y a eu une tempête monstrueuse. On tournait sous une toile en plastique bleue, et un type avec un balai essayait de virer l'eau qui s'accumulait et menaçait de la faire craquer. Le cadreur se prenait des décharges dans la main, les goules sont pieds nus dans la boue...

Germinal - La boue est très importante dans le film, puisque tout le monde en a un peu partout, sur les mains, sur les pieds...

Ovidie - C'est improvisé..

Germinal - C'est le côté un peu expérimental et étonnant du film : la boue sur les belles mules blanches de Daniella Rush...

Ovidie - Orgie en noir, je le trouve super rigolo, mais sexuellement parlant, d'un point de vue féministe, j'ai viré ce que je voulais pas, mais je n'ai pas pu y mettre ce que je voulais comme dans Lilith. Dans Lilith j'ai entièrement appliqué mon discours. Alors que Orgie en noir, au niveau sexuel, c'est inintéressant.

Germinal - Il y a même une séquence avec fellation-coït vaginal-coït anal sans éjaculation faciale, mais qui ressemble quand même à ce que tu dénonces.

Ovidie - Oui, bon on tournait dehors, avant que le jour se lève... J'aime beaucoup Daniella, c'est une fille super-intelligente, qui a fait des études de médecine, je la respecte beaucoup, mais c'est vrai qu'au niveau des scènes de sexe, Daniella c'est pas ça, quoi... Elle est très dans ses habitudes. Elle a l'habitude de faire fellation-coït vaginal-anal-éjac'faciale. Et pour cette scène-là, tu expliques quelque chose à quelqu'un deux fois, trois fois et tu vois qu'elle ne le fait pas... le jour se lève tu te dis je la tourne comme ça. Ça a été ça les problèmes d'Orgie en noir. Alors que Lilith déjà je ne joue pas dedans, ce qui enlève beaucoup de problèmes, et si je n'ai pas le plan que je veux, je recommence autant de fois que je veux. Et pour ce film j'ai pris des gens très motivés, les actrices principales, c'est pas des Tchèques et des Hongroises, ce sont des Françaises, dont une qui a bossé aux États-Unis, donc qui était vachement rodée.

Germinal - Très répandu dans les milieux homos, le fist-fucking serait, selon Michel Foucault, une pratique inventée au XXème siècle. Par ailleurs la sodomie d'une fille par un garçon est quelque chose que tu réprouves presque, ou en tout cas qui ne t'attire pas, tant visuellement qu'à faire en tant qu'actrice...

Ovidie - Ce que je condamne, c'est le côté systématique. Le fait que les scènes en Europe ce soit tout le temps la même chose. Je ne suis pas contre la sodomie comme pratique. Je pense à un moment dans Lilith, où l'actrice principale qui est présente tout le temps, fait une anale à la fin du film. D'abord parce que c'est une nana qui aime beaucoup ça, donc je n'ai pas eu de scrupule à le lui demander, elle a fait des doubles-anales, etc. Il y a un truc qui est super obscène dans cette scène, c'est que comme elle s'ouvre très facilement, le mec commence à peine à la toucher, tu as le machin qui s'ouvre et elle commence à sourire en même temps. Le visage commence à s'ouvrir en même temps, dans un truc super-oscène et super-simple en même temps, ça dégage un truc super positif. Elle sourit, le truc s'ouvre... Là oui, je trouve que c'est bien, que c'est un beau truc, alors que le côté super mécanique qu'il y a dans la plupart des films, je trouve ça chiant. Et si je ne le fait pas c'est d'une part parce que ça ne me passionne pas, on a tous des trucs qui ne nous passionnent pas, et d'autre part parce que quand je suis arrivée on m'a dit « il faut que tu en fasses ». J'ai répondu que je n'étais pas là pour faire des choses qui ne me plaisent pas, mais pour faire des trucs qui me plaisent. Je suis prête à faire des trucs, mais pas si on m'oblige à les faire. Peut-être qu'un jour je vais faire une anale avec un homme, mais ce sera moi qui l'aurai décidé. Parce que, avant, j'aurai réussi à faire quarante films où personne ne m'aura rien imposé. Aujourd'hui j'ai fait trente-six films, j'ai fait une anale une fois, pour voir ce que ça faisait, histoire de ne pas mourir idiote, et ce n'était pas spécialement intéressant.

Germinal - Une « anale », comme tu l'as dit une fois, ça veut dire quatre heures avec un mec qui te bande dans le cul, qui te fait mal, etc. ce n'est pas une sodomie comme dans la vie réelle des gens, c'est le tournage d'une scène de sodomie.

Ovidie - Sauf que celle que j'ai fait ce n'était pas ça. Une scène peut se faire en un quart d'heure-vingt minutes, mais s'il y a un problème, ça peut durer des heures

Germinal - Le fist-fucking c'est subversif ?

Ovidie - Terriblement. Quand je suis arrivée, j'avais un passé un peu lesbien, c'était un truc que je pratiquais assez souvent. Assez naturellement j'ai dit que j'aimerais bien en faire. On m'a regardé avec de gros yeux en me disant « mais ça va pas, ça va ternir ton image, c'est trop hard, etc. ». En même temps je leur ai dit que je faisais aussi des doubles vaginales : « mais tu es malade ou quoi ? ». Donc se prendre deux machins dans le vagin c'est trop hard, mais par contre se faire éclater le cul pendant quatre heures, c'est pas hard du tout c'est dans les conventions ! J'ai dû faire deux ou trois fist dans ma carrière, dans des films professionnels, et deux doubles vaginales, sur entre cinquante et soixante scènes. Sur toutes ces scènes je n'ai pu faire que deux fois ce qui me plaisait vraiment à fond. De temps en temps j'en parle à des copains réalisateurs, mais ça ne les emballe pas plus que ça. Parce que ce n'est pas dans les normes.

Germinal - Tu dis « ce qui me plaît à fond ». C'est un peu le centre de l'énigme Ovidie. Qu'est-ce que c'est que ce discours qui dit « je n'ai pas de plaisir en tant que femme, mais un plaisir purement esthétique ». Quel est donc ce plaisir que tu as à faire du hard en tant qu'actrice ?

Ovidie - Déjà par rapport au plaisir purement sexuel. Sachant que c'est du cinéma, et que donc avant tout c'est « pour de faux », et que l'acte sexuel n'a lieu que parce que la caméra tourne, le but recherché n'est pas d'avoir du plaisir. C'est vrai que sur peut-être soixante scènes, il y a cinquante-cinq fois ou je n'ai pas du tout, du tout pris de plaisir sexuel. Parce que je ne cherchais pas à en avoir, et d'abord parce qu'on est pas là pour ça. Après il y a des gens avec qui on est habitué à travailler, qui sont devenu des copains, et à force, on a tellement acquis de professionnalisme, on est tellement habitué à la caméra, qu'on est capable de prendre du plaisir ensemble tout en restant très professionnels. Récemment ça m'est arrivé de prendre du plaisir sur des tournages. Jamais d'orgasme ou de truc comme ça, mais ça m'est arrivé de kiffer, avec Ian Scott, Greg, et avec Titoff. Ce n'est pas un truc impossible, et aujourd'hui si ça m'arrive je n'en ai absolument pas honte et je m'en fous. Après il y a une sorte de satisfaction corporelle après une scène. Parce qu'une scène c'est quand même une chorégraphie si tu fait bien ton boulot.

Germinal - Si je te suis bien , ce n'est pas que ça ressemble à une chorégraphie, c'est une chorégraphie ?

Ovidie - Oui. Si tu fais bien ton boulot. J'ai parfois été plus consciencieuse que d'autres fois. Mais il y a des scènes, que j'estime être réussies où j'ai vraiment fait une chorégraphie. C'est-à-dire que tu contrôles tout, tous les mouvements de ton corps, de ton visage, tes expressions, tes tremblements. Pour moi c'est une chorégraphie, parce qu'on filme ton corps. Il faut que tu fasses bouger ton corps. Il y a un truc vocal qui est super-intéressant aussi.

Germinal - Surtout si tu utilises le son direct. J'avais lu une interview de toi où tu disais « quand j'ai fait une scène, c'est comme si j'avais fait une super chorégraphie ». En fait c'est « j'ai fait une super chorégraphie ». C'est de la danse. Ça a rapport à ce que tu faisais avant le hard avec la voix et le corps.

Ovidie - C'est de l'expression corporelle.

Germinal - Quand tu vois dans la danse contemporaine quelque chose comme du sexuel mimé ou suggéré, pour toi il y a un continuum entre ça et le porno ?

Ovidie - C'est une performance, un happening.

Germinal - Tu sais que dans les années 60-70 des gens, principalement des Autrichiens, qui ont beaucoup joué de la mise en scène du sexe, qui sont même allés jusqu'à partouzer en public contre noël, ce que tu fais s'inscrit là-dedans ?

Ovidie - Oui, le travail des actionnistes viennois m'a vachement inspiré dans mon travail. Il y a un lien, bien sûr.

Germinal - Reprenons : c'est de l'ordre de la danse, c'est politique, c'est subversif, c'est aussi incrit dans le cadre d'une activité commerciale, comme tout le cinéma... Comment choisit-on ses positions là-dedans, comment s'organisent les discours des uns et des autres sur « faut-il abroger ou non la loi X ? » En parle-t-on seulement dans le milieu du hard ?

Ovidie - De temps en temps, mais on est tous conscients qu'on l'a dans le cul. Ce serait vraiment bien mais c'est une utopie. Ce que l'on essaie déjà c'est au minimum de se faire accepter socialement, et d'être accepté comme un cinéma de genre. La loi X ne pourra être abrogée que le jour où le porno sera considéré comme un cinéma de genre. Là, pour la plupart des gens on fait juste du matériel pour branlette avec un camescope...



Germinal - ...Un truc de l'ordre de l'électroménager. J'ai entendu ça une fois. À propos de cette espèce de niche qu'on a créé pour Breillat et deux-trois autres réalisateurs en réinventant l'interdiction aux moins de dix-huit ans, tu te souviens du texte que j'avais écrit, qui disait en gros « si on recrée l'interdiction aux moins de dix-huit ans pour permettre à certains réalisateurs de montrer des sexes en action dans du cinéma traditionnel, qu'est-ce qui justifie en pure logique l'existence de la loi X ? » Que penses-tu de ce décret Tasca ?

Ovidie - Déjà par rapport à ton article, je n'ai jamais dit que j'étais pour l'interdiction de Baise-moi !

Germinal - C'est donc que l'entretien de Vacarme (n°15-printemps 2001) est mal retranscrit...

Ovidie - Je suis contre la loi d'interdiction aux moins de dix-huit ans. Ça ne veut pas dire que je suis pour la loi X. Je ne suis pas pour la loi d'interdiction aux moins de dix-huit ans si la loi X reste. Parce que je ne trouve pas ça normal qu'il y ait une petite élite intellectuelle petite-bourgeoise parisienne qui décide de ce qui est un film et de ce qui ne l'est pas. Je considère que ce que je fais c'est un cinéma de genre, et je n'ai pas à être considéré comme une réalisatrice de sous-films. Et il y a plein de gens dans ce milieu qui font des films. Ce qui me pose problème ce n'est pas la censure, autour de la protection des mineurs : tout le monde s'en fout de la protection des mineurs, sinon on ne passerait pas les films sur Canal plus. Ce qui me gène c'est que cette loi X décide de ce qui est un film et de ce qui ne l'est pas.

Germinal - Elle décide ce qui est fabriqué avec trois bouts de ficelles, et de ce qui est fabriqué avec de quoi faire un film ?

Ovidie - Non, elle ne décide pas du circuit dans lequel ça a été fait et avec quel argent. Les films de Bruce La Bruce passent parfois dans certaines salles, et ils sont faits avec trois francs six sous. Et il y a de la bite, dans Bruce La Bruce !

Germinal - Oui mais quand les homos veulent voir leurs films en salles ils se mobilisent, ils se donnent une visibilité sociale. La plupart des gens qui regardent du X n'ont pas envie de se montrer dans la rue, il n'y a pas de sujet.

Ovidie - Parce qu'on le culpabilise à fond. On lui fait comprendre que s'il aime ça c'est un détraqué, si c'est un homme, que c'est un macho !

Germinal - Oui, on lui fait bien comprendre que c'est un homme...

Ovidie - Oui : la nana qui aime ça, elle a surtout intérêt à fermer sa gueule, et celui qui ose le dire, c'est un infâme, un macho qui favorise l'exploitation des pauvres filles de l'Est, etc. C'est la même culpabilisation qui est faite sur les clients des prostituées. C'est du même niveau, comme quand on parle de pénaliser le client qui va voir des prostituées. C'est clair que les gens ne vont pas aller parader dans les rues en disant « oui nous sommes fiers de mater des film de cul ». Si en plus la plupart des militants radicaux et des anars, qui ne connaissent rien par ailleurs au porno la plupart du temps, considèrent que c'est le truc le plus infâme au monde, qu'il faut condamner comme la prostitution, que veux-tu ? On est condamnés de toutes parts. Par les gens qui sont politiquement investis de manière radicale, et par monsieur et madame tout le monde. Pourtant tout le monde en regarde. C'est amusant.

Germinal - Je reviens sur « l'âge d'or », l'époque où dans la file d'attente du même multiplexe des champs il y avait des gens qui allaient voir Soleil vert et d'autres Le sexe qui parle. C'étaient les mêmes gens, qui faisaient la queue dans la même file, il y avait des hommes, des femmes, des couples, parfois des filles seules. C'est principalement contre ça que la loi X a été faite, parce qu'en plein dans les villes, le cinéma étant vraiment la où se forme le public, tous se mélangeaient. Est-ce que tu espères quelque chose comme un sujet qui viendrait aujourd'hui dire « Ça suffit. Laissez-nous voir ce que ne nous voulons. N'inventez pas une niche pour trois réalisateurs avec trois bouts de birtoutes dans un coin, nous voulons voir ce que nous voulons n'importe où ».

Ovidie - Ah là, si jamais B Root est interdit au moins de dix-huit ans et passe en salles alors que le reste continue d'être classé X, là je vais poser une bombe chez Tasca !

Germinal - Ça risque d'arriver. Il y aura bien des gens pour sauter le pas, HPG ou d'autres.

Ovidie - Mon prochain film, je veux le passer en salles. Donc je vais essayer, mais ce sera quand même un film pornographique. Et le jour où je le passerai en salle je ne considèrerai pas que j'ai plus fait un film que les fois d'avant.

Germinal - Tu vas donc te rendre complice de l'amendement Tasca pour pouvoir sortir un film en salles ?

Ovidie - Si ça peut faire passer un film bien porno, et que des tas de gens vont le voir...

Germinal - Oui mais là, il faut organiser une conférence de presse pour affirmer la mort technique de la loi X, du genre « je viens de prouver qu'elle est morte » !

Ovidie - Ce serait merveilleux. Ce serait un coup splendide.

Germinal - Pourtant, vu le fonctionnement de cette loi, il restera tout un tas de maisons de production qui présentent au ministère de la culture des films qui sont destinés à être classés X. Cette loi produit les producteurs de films X. Ils n'ont pas le droit de faire du traditionnel dans la même maison, s'ils possèdent des salles elles doivent être séparées... Comment faire péter cette différenciation délirante, principalement autour de la question de la projection en salles ?

Ovidie - Je vais moi faire un film pornographique et essayer de le sortir en salles, je vais voir si ça marche. Pas un film fait en cinq jours. Je n'essaie pas de prouver quoique ce soit par rapport à la loi X, j'essaie juste de faire qu'un film pornographique soit reconnu en tant film de cinéma digne de passer en salles. Si beaucoup de gens dans ce milieu ne se battent pas sur ce terrain, c'est parce qu'on a plein d'autres chats à fouetter, d'un point de vue social. On essaie déjà de faire comprendre aux gens, lorsqu'on passe à la télé ou qu'on organise les Hot d'or, qu'on est une profession, et pas des gens qui s'amusent à baiser entre eux. On essaie de faire comprendre aux gens qu'on est normaux, qu'on est un petit milieu social qui ne vit pas dans l'illégalité. On a déjà tout ça à essayer de faire passer avant d'essayer de faire comprendre qu'on fait du grand art.

Germinal - mais c'est comme la prison pour les bandits. Ils ont plein de problème pour expliquer qu'ils sont normaux, qu'ils ont une famille une vie, etc. Mais il y a la prison pour prouver que ce sont des bandits, parce qu'ils y sont passés, il vont y aller. La loi X c'est un stigmate social terrifiant...

Ovidie - Quand tu te fais agresser à chaque fois que tu sors de chez toi parce que tu es une « salope publique », ce qui m'arrive sans arrêt, quand tu passes ta vie à subir une agression permanente de toutes parts, que chaque fois que tu vas dans une administration tu es obligée de faire comprendre que tu fais vraiment un métier, que tu es obligée de réclamer en permanence ton argent aux administrations traditionnelles parce qu'ils ne comprennent pas, que tu as tes parents qui sont paniqués le jour où tu leur annonces que tu es porn-star parce qu'ils se disent « mon dieu c'est la mafia », etc. Être porn-star c'est une agression permanente. Quand au quotidien ça veut dire ne pas pouvoir sortir seule quand il commence à faire nuit, que tu ne peux même pas marcher jusqu'au XVIIIème toute seule, tu te dis que tu as d'autres combats, là, tout de suite, à régler. Mais oui, la loi X est un stigmate social terrible. Je suis bien d'accord : nous sommes enfermés là-dedans, mais ce que nous essayons tout d'abord, c'est de faire comprendre que nous faisons un vrai boulot. Ce sera déjà un grand pas le jour où les gens auront compris ça. Et par rapport aux filles, qui peuvent potentiellement se faire insulter, agresser, violer, dans la rue, je pense que c'est déjà important de dire « non, non, on n'est pas nymphomanes, c'est pour de faux c'est du cinéma, et on n'est pas plus stupides, on a une vie, vous n'avez pas à nous agresser comme ça ». Le premier combat il est là.

Germinal - Rien de tout ça n'a changé avec la vague porno-chic dans la mode ?

Ovidie - La vague porno-chic nous a enfoncés. Le décret Tasca c'est un peu le porno-chic du cinéma. Les gens dans la mode qui font dans le porno-chic sont infâmes vis-à-vis de nous. Presque tous les photographes avec qui j'ai bossé se sont super mal comportés. Il y a eu une exploitation de l'imagerie du porno complètement politiquement correcte, qui n'était pas du tout porno en fait, qui disaient aux gens « nous faisons du beau, du grand art, eux font de la merde ». la vérité c'est qu'ils n'en savent rien. Cet été il y a eu une pub pour Elle avec une nana aux gros seins siliconés partout dans Paris. Elle avait les seins nus. Moi quand je fais la pub de Hot magazine, je suis obligée de cacher mes seins. Tu trouves ça normal ? la couv' de Elle affichée dans tous Paris on trouve ça normal, par contre, nous : « ah, quelle horreur ». Ça a vachement accentué la répression, et vu que les gens en ont ras-le-bol de voir du cul partout, entre autres à cause du porno-chic, comme ce n'est pas politiquement correct de s'en prendre à ceux qui font la pub Christian Dior, ils se sont attaqués à nous. D'où aussi ce qui s'est passé à Cannes cette année. Tout le monde disait « c'est bien, le porno est accepté, etc. ». Je disais pour ma part que le porno n'est pas accepté, que c'est de pire en pire. On me répondait que j'étais paranoïaque. Deux jours plus tard, on se faisait jeter sur la croisette en faisant la conférence de presse des Hot d'or, pour la première fois en dix ans. Parce qu'on était du porno. Alors que Loana baisait dans la piscine devant des millions de téléspectateurs. Tu trouves ça normal ? Moi pas.

Germinal - je ne voyais pas la vague porno-chic comme ça... Depuis quelques années il y a dans un petit milieu hétéros un retour de la partouze...

Ovidie - Un milieu hétéro branché !

Germinal - ...C'est un truc qui est revenu avec une sorte de deuxième libération sexuelle, un imaginaire qui rêve pas mal à l'age d'or dont on parlait. Vu du point de vue d'une actrice de X ?...

Ovidie - J'idéaliserais vachement moins le truc que toi. Ces soirées partouzes à la HPG, etc., c'est un truc super hype, c'est le summum du branché en ce moment. C'est rigolo comme ça. Ça reste pour une élite parisienne. Monsieur et madame Tout-le-monde, dans le reste de la France et même à Paris, ils ne sont pas franchement libérés à ce niveau-là. Dans le meilleur des cas ils vont dans des boîtes à partouzes, et ils y reproduisent une espèce de sexualité porno fort mécanique.

Germinal - En plus sur la base de l'échangisme qui est quand même un truc assez cadré, qui ne ressemble pas tellement à la partouze mythique.

Ovidie - C'est vrai que les clubs échangistes ça pue la misère sexuelle.

Germinal - Moi ce sont les formes que je trouve un peu brutales, échangisme ça veut dire échange de femmes la plupart du temps. Pour revenir au petit milieu partouzard, c'est aussi ce petit milieu qui vivote, travaille autour de lieux culturels, pas mal autour du cinéma, dans la ville au monde où le cinéma est le plus important, c'est ce petit milieu là qui pourrait s'approprier un discours sur le refus de la séparation entre les cinémas porno et traditionnel, non ?

Ovidie - Je n'y crois pas. Les intellos parisiens sont vachement dans un discours, surtout les artistes, du genre : « nous on reprend l'image pornographique, mais c'est pas pour faire la même merde que l'industrie du X ». Ce discours est très présent chez les quelques photographes, ou ceux qui font des courts-métrages, ou les gens de Purple [3], alors qu'il ne savent pas ce qu'on fait. Je me méfie énormément. Je compte beaucoup sur monsieur et madame Tout-le-monde. Et très peu sur les intellos aigris. Il y a des gens très intéressants parmi eux, mais...

Germinal - Donc les gens qui étaient à la manif contre le « X-age » de Baise-moi, tu ne places pas d'espoir particulier en eux ?

Ovidie - Je n'en sais rien. Il y a plein de gens parmi eux qui ne soutiendraient pas Marc Dorcel. Si ça avait été lui dans cette situation-là, ça aurait fait rigoler. Je ne défends pas une élite pornograhique, je défends la pornographie que se fait dans le milieu de la pornographie.

Germinal - Pour autant tu es très critique par rapport à lui.

Ovidie - Je suis critique comme avec quelqu'un de proche de moi : je lui fous dans la gueule tout le mal que je pense de lui. Mais je lui dis aussi que je l'aime. Il y a des tas de choses, de gens, que j'aime dans ce milieu, et il y a des film que je trouve à chier, et des gens que je ne supporte pas. C'est la famille, quoi...

PAR GERMINAL PINALIE

Ovidie : Osez les sextoys
Quelle personne ne pouvait être mieux placée qu’Ovidie pour nous parler des sextoys ? En effet, elle vient de publier aux éditions de la Musardine le guide Osez les sextoys, un livre très pratique entièrement consacré aux petits jouets et accessoires pour adultes. L’ancienne star du X, devenue réalisatrice aujourd’hui, s’illustre pour la quatrième fois (voir sa bibliographie en fin d’interview) dans cette série des célèbres petits guides sur la sexualité de l’éditeur parisien.

Ton quatrième guide dans la série Osez de la Musardine. Tu sembles très attachée à cette collection ?

Ovidie : En effet, oui ! J’aime beaucoup cette collection qui parle de sexe et qui permet de s’informer sans se prendre la tête. C’est toujours ludique, sympa, léger. Les choses sont dites avec douceur et humour et c’est toujours pour moi un plaisir de participer à la belle aventure des guides Osez.



Comment choisis-tu les thèmes de tes guides ?

En fonction de mes expériences et de mes connaissances. Je n’irai pas écrire un guide sur des thèmes qui ne me concernent pas. Il s’agit toujours de sujets qui me touchent et dans lesquels je pense que je pourrais apporter quelque chose aux lecteurs.



Osez tournez votre film X, on comprend bien, mais pourquoi avoir écrit également un Osez l’amour pendant la grossesse ?

D’un part, il y avait un très grand vide sur ce sujet. Beaucoup de livres sur la grossesse mais peu sur la sexualité pendant et après la grossesse qui restait un grand tabou. D’autre part, j’avais également suivi plusieurs formations sur ce thème. C’était quelque chose que je maîtrisais assez bien.



Et le point G ?

J’y travaille dessus depuis plus de 10 ans. J’ai suivi tout ce qui se faisait aux Etats-Unis où les sexologues étaient énormément en avance sur les travaux effectués autour du point G alors qu’en France, beaucoup de personnes niaient encore son existence. J’ai également participé à des work shops, des ateliers avec des travaux pratiques. Aujourd’hui, je peux dire que c’est mission accomplie et que en partie grâce à mon petit guide, les choses ont nettement avancé à propos du point G.



Et aujourd’hui, un quatrième guide sur les sextoys.

C’est un sujet que je connais très bien puisque je suis une grande consommatrice de sextoys. Un thème qui me tenait vraiment à cœur et j’avais envie de faire profiter de mon expérience aux lectrices et lecteurs.



Pour toi, le sextoy est un accessoire très important dans la sexualité ?

Je dirais, primordial. Un accessoires très utile, qu’on les utilise seule ou à deux.



Tu encourages même les femmes de les utiliser seule ?
C’est une très bonne manière de découvrir son corps et toutes ses capacités à jouir. J’ai connu des femmes qui, grâce aux sextoys, ont pu ensuite avoir du plaisir avec leur partenaire et parvenir jusqu’à l’orgasme. Les sextoys les ont aidées à se débloquer. Et le fait, par exemple, de jouir sur un sextoy, leur a permis ensuite de jouir dans leurs relations physiques avec leur partenaire.



Le sextoy, un ami qui vous veut du bien ?

Tout à fait ! Je le préconise même aux jeunes femmes, avant leurs premières relations sexuelles. Je les engage à tester des sextoys clitoridiens qui agissent par frottement. Cela va les aider à mieux connaître leur corps, leurs zones érogènes, leurs différentes manières de parvenir au plaisir.



Et les sextoys dans la vie de couple ?

Là encore, je les conseille bien que malheureusement, certains hommes acceptent mal les sextoys avec qui, ils ont une relation de rivalité. Mais dans un couple, les sextoys permettent d’enrichir les possibilités pour parvenir à l’orgasme. Ils pimentent la relation, apportent un peu de fantaisie et mettent en avant toute la partie ludique de la sexualité.



En France, seulement 22% des couples ont déjà utilisé des sextoys alors qu’ils sont plus de 50 % aux Etats-Unis et 53% en Angleterre. Que t’inspirent ces chiffres ?

C’est vrai, on est très loin derrière les pays anglo-saxons. Mais c’était encore pire, il y a dix ans. On évolue lentement mais on évolue. Nous n’avons pas la même culture. Les pays anglo-saxons ont connu les mouvements hippies, la libération sexuelle et la libération des mœurs. En France, le MLF a milité pour la libération des femmes dans divers domaines mais je ne pense pas qu’il ait fait avancer les choses au niveau de leur sexualité.



Internet est-il un moyen pour que la vente des sextoys se généralise plus facilement, que ce soit pour les femmes seules ou pour les couples ?

Oui, bien sûr ! Il y a quelques années, les femmes n’allaient pas dans les sex-shops et c’étaient seulement les hommes qui allaient choisir pour elles divers articles dans ces boutiques. Généralement, il s’agissait de ce qu’on appelle les godemichés réalistes. Aujourd’hui, grâce à la vente en ligne Internet mais aussi grâce à des boutiques faites pour les femmes, elles peuvent acheter elles-mêmes et choisir les modèles qui leur font plaisir.



Du coup, beaucoup moins de godes réalistes ?
Le gode réaliste est ce que les hommes imaginent comme étant essentiel pour donner du plaisir à leur épouse. Comme si leur sexe viril, ou sa réplique, était indispensable à leur jouissance. Les femmes ne partagent pas forcément le même avis. Elles ont envie de couleur, de matières douces et agréables, d’objets ludiques et pratiques, de fantaisie…
C’est la génération des petits canards vibrants, du pingouin, du dauphin, du fameux Jack the Rabbit, de la série Sex and the City Tout à fait ! Ce sont des produits moins tabou et plus faciles d’achat qui aident à aller vers les sextoys.



Tu as testé tous les sextoys de ton guide ?

Oui, pratiquement tous.



Personnellement, quel est ton sextoy préféré ?

Le Magic Wand. C’est un sextoy peu répandu en Europe mais qui se vend beaucoup aux Etats-Unis. Il a l’apparence d’un micro. Durex en a crée un qui lui ressemble beaucoup, le Durex play Fantasy. J’aime beaucoup les boules de geisha qui, en plus, aident à muscler le périnée.



Quel est celui qui tu conseillerais à une femme qui voudrait essayer un premier sextoy ?

Plutôt un sextoy clitoridien. Le Layaspot est pas mal, par exemple.


Ovidie, 21 ans, actrice et réalisatrice de films pornographiques, a joué aussi dans Le Pornographe de Bertrand Bonello, ainsi que dans Mortel transfert de Jean Jacques Beineix.
Anatomie du cinéma porno par une jeune femme dont la langue est loin d'être dans sa poche.



Objectif Cinéma : Comment es-tu rentrée dans l'industrie du X ?
Ovidie : C'est assez simple, je cherchais à en faire depuis longtemps. Aussi, étant donné que je ne voulais pas faire de films " amateur ", je me suis directement adressé à Marc Dorcel, avec qui le contact est bien passé ; puis j'ai tourné mon premier film.






Objectif Cinéma : Quelles étaient tes attentes envers ce cinéma de " genre ", comme tu l'as qualifié toi-même ?

Ovidie : En fait, j'ai découvert le cinéma pornographique à l'âge de 16 ans. J'étais plus intéressée par le jeu des actrices qu'au cinéma porno en tant que tel. Mes attentes ont évolué au fil du temps mais ce qui est toujours resté, c'est l'aspect "performance physique" d'un film porno. Ensuite, en tant que réalisatrice, il y a pour moi toute une dimension politique dans le porno. D'autre part, j'ai toujours eu un faible pour les films de genre westerns, Kung Fu, films d'horreur, et je m'intéresse beaucoup à la construction de ces films. Ils reproduisent toujours le même schéma.


Objectif Cinéma : Comment un film porno est-il produit ? Et comment un film pornographique se distingue t-il d'un autre film X ?

Ovidie : Je ne peux parler que des miens car il y a 20 000 films pornographiques produits dans le monde chaque année. Sur ces 20 000, très peu sont des films de genre pornographique, dans le sens où il y a vraiment beaucoup de matériel à branlette. Ces films là coûtent quelques centaines de milliers francs et peuvent atteindre un budget d'un million de francs, voire deux millions, mais cela reste très rare. Je dirais que le budget moyen d'un film porno atteint environ 500 000 francs. Par exemple, pour mon premier film, j'ai obtenu 750 000 francs.






Objectif Cinéma : Généralement d'où proviennent les financements ?

Ovidie : Je ne m'y connais pas beaucoup en production, mais un film porno ne se rembourse qu'au bout de 5 ans d'exploitation, sur la location et la vente. Il n'y a pas énormément d'argent à se faire du côté de la production. Ce qui rapporte de l'argent, c'est la distribution, les rachats de droits des films étrangers. En général, une maison de production essaie d'avoir un grand catalogue de distribution, sur lequel ils se font un maximum d'argent. La création de sites Internet aide parfois, ainsi que la vente de calendriers. C'est à partir de ces retours-là, qu'ils peuvent investir. Personnellement, je ne touche pas de droits sur mes films. Je touche des droits uniquement si mon film passe à la télévision, mais pas sur les ventes.


Objectif Cinéma : Et dans les films dans lesquelles tu as joué, combien de films font partie du genre pornographique ?

Ovidie : Il y a des films qui sont difficiles à classer. J'ai eu la chance de ne pas faire de films "amateur", ce qui enlève une grande partie du matériel pornographique. Je dirais presque tous, excepté les films clips et à vignettes.

Objectif Cinéma : Comment as tu eu l'opportunité de passer à la réalisation ?

Ovidie : Marc Dorcel savait que j'écrivais un livre, que j'avais fait des études de philosophie, et m'a alors proposé d'écrire un scénario. Initialement, je m'en foutais d'écrire un scénario pour récupérer 20000 francs, alors j'ai dit oui, mais uniquement si je pouvais le réaliser.




Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://valora.highforum.net
valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: Re: Interview Ovidie   Mer 4 Aoû - 18:50

Objectif Cinéma : Il n'y a pas eu de contraintes particulières ?

Ovidie : Non pas vraiment, parce que ça tombait bien pour eux, comme pour moi. Je commençais à être médiatisée. Ca leur faisait un nom. Je m'occupe de tout, du moindre costume jusqu'au montage. Ca pose parfois des problèmes car j'essaye des choses qui ne lui plaisent pas forcément. Entre autres, j'insiste pour tourner en son direct : les doublages sont la plupart du temps très mauvais, et après on fait croire que les acteurs sont mauvais ! La musique, elle aussi, est souvent lamentable.


Objectif Cinéma : Comment ont été reçu tes films ?

Ovidie : Mes films ont été plutôt bien accueillis, j'ai tourné le premier en 5 jours A l'origine, il devait s'appeler Orgie macabre, qui était une adaptation libre de Orgie of the dead de Ed wood. Le deuxième, Lilith, est très différent. C'est contemporain, ça ne se passe pas dans un cimetière des années 70. Lilith est une femme normale qui s'émancipe et se débarrasse de son bonhomme, couche avec sa copine... Et puis, il y a des scènes hétéros sans pénétrations pour changer. Il est vrai que je suis privilégiée par les budgets qui me sont accordés. Cela me permet de travailler correctement.






Objectif Cinéma : A quelles difficultés as-tu été confrontée dans ce milieu ?

Ovidie : C'est le " syndicat des concierges ". Dès que quelqu'un a la possibilité de régler ses comptes, il se sert des médias pour balancer. Une des difficultés que j'ai rencontrée en arrivant dans le métier, est que je voulais tourner avec préservatifs. C'est encore rarissime, car une actrice qui n'est pas sous contrat avec une maison de production ne peut rien faire valoir.


Objectif Cinéma : Ca commence à venir non ?

Ovidie : Il y a plus de filles qui osent arriver en disant : " je veux tourner avec préservatif ". Mais la situation est loin d'avoir évoluée.


Objectif Cinéma : Comment expliques-tu cette soudaine médiatisation ?

Ovidie : En général, les actrices médiatisées sont des filles poussées par la production : l'exemple type, c'est Laure Sinclair, qui a parcouru les plateaux afin de faire vendre les productions Dorcel. Pour ma part j'ai été sincère, je n'étais pas une femme sandwich. J'ai eu de la chance, je suis arrivée dans un moment où heureusement, c'était tendance de créer une fille féministe qui fait du porno. Ca fait moderne pour quelque intellos parisiens. (rires)



Objectif Cinéma : T'es tu trouvée des affinités avec d'autres acteurs du X ? Tu ne t'es pas sentie un peu seule ?
Ovidie : Au début, quand je suis arrivée, c'était : " qui c'est celle là ? Pour qui elle se prend ? Pourquoi elle développe ce discours ? Pourquoi elle fait ça ? ", et puis, petit à petit, jai noué des liens avec pas mal de monde. Et puis tous les acteurs ne sont pas de gros machos


Objectif Cinéma : Il y a des gens comme Hervé-Pierre Auguste, qui commence à avoir du crédit, existe-t-il une sorte de confrérie ?

Ovidie : Je n'ai pas le même discours qu'HPG. On ne travaille pas ensemble, et on a pas les mêmes aspirations. Dans tous les cas, mon idée de faire des films pornos moins mécaniques, avec des humains et non plus des machines, et d'utiliser plus fréquemment le préservatif, se sont propagées. Je ne sais pas mais depuis que je tiens ce discours, ça a réveillé pas mal de gens. Il y a une volonté d'humaniser le cinéma porno.






Objectif Cinéma : As tu des modèles d'actrices qui t'ont inspiré ?

Ovidie : Oui, des actrices américaines dans les années 70-80. Je pense à Nina Hartley, Sharon Mitchell, Annie Prinlkley, toutes ces filles avec qui je suis en contact à présent.


Objectif Cinéma : Le seul film que j'ai vu de toi était XYZ.

Ovidie : Oui c'est assez mauvais, mais en temps normal il y a un vrai travail, proche de la chorégraphie. L'autre intérêt du cinéma pornographique étant aussi de pouvoir s'exprimer de manière sonore.


Objectif Cinéma : Comment as tu eu l'opportunité de jouer dans Mortel Transfert ?

Ovidie : Initialement je n'avais pas envie de le faire C'est quelqu'un qui m'a appelé pour me dire : " On a besoin d'une fille pour jouer une scène un peu SM ". Et comme je passais dans le coin, je suis allée au casting. Une nana a pris un Polaroïd, et a filmé mon visage. Elle m'a rappelé pour savoir si je pouvais revenir. Ca ne me tentait pas du tout, mais j'y suis tout de même allée avec quelques heures de retard, et là j'ai rencontré Jean-Jacques Beinex, qui m'a dit : " laissez moi un peu de temps mais je crois que c'est vous " C'est drôle dans la mesure où j'avais mis toute la mauvaise volonté du monde pour le faire.






Objectif Cinéma : Et dans le cadre du Pornographe ?

Ovidie : Bertrand a vu plusieurs actrices X au Canada et en France, et apparemment les filles qu'il avait rencontrées ne lui convenaient pas du tout. Elles avaient un côté glauque, et voulaient le faire pour l'argent. En somme, il voulait quelqu'un qui le fasse pour les bonnes raisons.


Objectif Cinéma : N'as-tu pas vécu une sorte de décalage à te retrouver dans un film dit " traditionnel " ? Cela ne t'a pas séduit ?

Ovidie : Non pas du tout, je m'en branle. On me propose souvent des projets. En tant que réalisatrice, ça m'intéresserai de faire un film de genre, mais en tant qu'actrice ça ne m'intéresse pas plus que ça.


Objectif Cinéma : Cela ne t'intéresse donc pas de te lancer sur les deux plans ?

Ovidie : Je marche à l'envie. Je ne prends pas le porno comme tremplin pour faire carrière dans le cinéma traditionnel.



Objectif Cinéma : Quel regard portes-tu sur l'incursion progressive de scènes X dans les films d'auteurs ?
Ovidie : Ca dépend. Quand je suis sortie de Romance, j'ai trouvé ça beaucoup plus malsain, plus dégradant, que du porno. Ca allait au-delà de tout ça. Personnellement j'essaie de faire des choses positives avec le sexe, donc je ne peux pas approuver des films puritains qui jouent sur la culpabilité.
Au-delà du cinéma, je trouve qu'il y a une inquiétante récupération du porno un peu partout. Notamment dans la mode, la publicité, c'est toujours dans une mise en scène très noire, comme par exemple Kate moss qui montre son bleu, ou bien une femme qui se fait monter par un chien. Tout cela est de plus en plus accepté.
Je pense que cela fait passer quelque chose de culpabilisant, alors que nous, on fait du sexe pour le fun. Plus le temps passe, et plus le porno est renié, il suffit de voir les conditions dans lesquelles on s'est fait jeter de Cannes.


Objectif Cinéma : Que penses-tu du film de Virginie Despentes en tant que réalisatrice ?

Ovidie : Ce n'est pas mon truc du tout, mais elles ont eu le courage de le faire. Elles ont eu beaucoup de soucis, on les a accusées de le faire pour l'argent, ce qui est faux, et on a fait l'amalgame avec ce que faisait Breillat. Ce qui est absurde.






Objectif Cinéma : Une réaction sur Breillat ?

Ovidie : J'ai fait une émission avec elle. Je n'en ai pas dormi de la nuit : c'est une vraie boule de nerfs, c'est l'horreur. On a de très mauvais rapports. Avec Isabelle Alonso, ça peut aller car je la sens capable de se remettre en question. Elle est sincère dans sa démarche, mais par rapport au métier du sexe, elle n'est pas au point. Elle crise quand les femmes se font traiter de salopes tandis que moi je m'auto proclame salope, et tant mieux pour moi, ça sert mon épanouissement.


Objectif Cinéma : Comment ont-été perçu tes participations aux films d'auteurs ?

Ovidie : Ce qui m'a étonné, c'est que les gens du milieu du X m'ont dit: " de toute façon je suis sûr que tu feras mieux un jour ", mais mieux que quoi ? Ca me blesse quand j'entends çà. D'un autre côté, je n'ai eu que de bons retours du milieu traditionnel.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://valora.highforum.net
valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: Re: Interview Ovidie   Mer 4 Aoû - 18:51



Objectif Cinéma : Que t'ont apporté ces passages dans ces films?

Ovidie : Le travail était le même pour moi . J'ai bien aimé la façon de présenter le sexe chez Bertrand Bonello car il n'y avait rien d'exceptionnel dans ces scènes. Ce n'était pas différent de la scène de Jean Pierre Leaud qui fait de la barque. Au niveau de mon investissement émotionnel c'était du même ordre.






Objectif Cinéma : Que veux tu faire avancer ?

Ovidie : J'essaie de faire passer mes idées anti-sexiste, féministe, politique, anarcho bolcheviko-kassinskienne. Et je me sers du plus gros outil de propagande


Objectif Cinéma : Mais quelles sont-elles concrètement ? Quelles propositions as-tu à faire ?

Ovidie : Je vous renverrai sur mon bouquin de référence : La société industrielle et son avenir de Théodore Kassinski.



Objectif Cinéma : Tu n'as pas peur de te faire récupérer par le système et de te faire enfermer dans cette image d'intello du X ?

Ovidie : J'ai déjà pu m'exprimer un minimum, et le fait qu'il y ait eu une médiatisation autour de moi donnera peut être aux gens l'envie de lire mon livre, qui est un pur bouquin féministe. De toute façon, Ovidie n'est pas un bon marché et je sais parfaitement ce que je fais.






Objectif Cinéma : En quoi penses-tu que la hardeuse est une faille dans le système, qu'elle échappe au conditionnement ? (référence à un article du Nouvel Observateur) ?

Ovidie : Il ne faut pas se référer au Nouvel Observateur. Je n'ai jamais fait cette interview. Dès qu'ils ont l'occasion de casser du sucre sur le porno, ils le font. Ils ont tout inventé, je ne les ai jamais rencontrés. Ils m'ont portraituré comme une adolescente attardée, et prétendait qu'il m'était arrivée des choses horribles dans mon adolescence, tout ça parce qu'une fille qui proclame qu'elle veut et aime faire du porno, cela dérange.


Objectif Cinéma : Il y a de plus en plus de contemporains qui écrivent des choses très pertinentes sur le porno, tel Medhi Belhaj Kacem qui effectue une analyse sémiotique du porno, ce sont des données qui t'intéressent ?

Ovidie : Hier encore, je me disputais avec mon mari, à ce sujet, et je disais que bien leur fasse à ces gens. Ils écrivent sur le milieu, mais n'ont pas mis les pieds dedans.


Objectif Cinéma : Depuis 20 à 30 ans c'est devenu une norme non ?

Ovidie : Pourtant il y a une régression de l'acceptation du porno. On était beaucoup plus libre dans les années 70.






Objectif Cinéma : Pourtant il y a une glorification de la pornostar. On associe porno à glamour, c'est un double mouvement quand même...

Ovidie : La seule fois où je suis passée dans FHM, c'était dans le journal du pire, donc bon.


Objectif Cinéma : N'est-ce pas faussement ironique ?

Ovidie : Oui mais cela veut bien dire ce que ça veut dire. On n'est pas des nanas glamour en couverture : on est dans le journal du pire. En ce moment, il n'y a pas une semaine où l'on ne parle pas du porno. Ca fait de l'audimat, ça fait vendre. On met du cul partout, mais ce n'est pas parce qu'on voit beaucoup du porno, qu'il est plus accepté.


Objectif Cinéma : Quelles sont tes solutions ?

Ovidie : Continuer à faire des films porno et expliquer aux gens qu'il n'y a pas de mal à voir et à faire du porno. Déculpabiliser les gens vis à vis de leur propre sexe.


Objectif Cinéma : Y a-t-il pour toi un intérêt, de normaliser le rapport sexuel au cinéma traditionnel, de le rendre transparent, de montrer les sexes ?
Ovidie : Je suis assez partagée. Cela serait bien que cela puisse rentrer comme une scène normale. Mais malheureusement, s'il y avait une démocratisation de l'acte, ce serait une catastrophe, parce que la plus grande partie du cinéma est au service d'une certaine idéologie et de certaines idées.


Objectif Cinéma : Quand L'empire des sens est sorti, il n'y a pourtant pas eu de problèmes, c'était un très beau scénario qui a été récompensé.

Ovidie : Ce n'est pas une question de scénario, car il y a des films porno qui ont une implication émotionnelle. Je ne pense pas que c'est une histoire de qualité de film.


Objectif Cinéma : Le documentaire sur Annabel Chong a lui aussi très bien marché par exemple.

Ovidie : Mais les gens ont adoré la voir angoisser, la voir chercher son test. C'est triste mais, c'est ça qui a plu. Ce qui n'enlève rien à la qualité de l'entreprise.


Objectif Cinéma : Pour finir d'où vient ce pseudo d'Ovidie ?

Ovidie : C'est un personnage de bande dessinée, c'est un rat. D'ailleurs j'aimerais bien rencontrer le type de cette BD. A bon entendeur.

La TV a sa chaîne d'éducation sexuelle

Considérée comme l'intello du X, Ovidie, ancienne actrice porno devenue réalisatrice, est désormais directrice du département production de French Lover TV. Une chaîne d'éducation sexuelle disponible sur le câble et le satellite, à partir de mardi.



Ovidie assure la direction de la production d'une nouvelle chaîne d'éducation sexuelle. (Maxppp)
Quel est l'objectif de French Lover TV?
Nous sommes une chaîne d'éducation sexuelle, et l'idée c'est d'aider les gens à évoluer dans leur sexualité. Nous sommes interdits au moins de 18 ans, donc notre propos n'est pas de parler contraception par exemple, mais plutôt d'envisager par quels moyens un couple peut rompre avec une certaine monotonie. C'est un domaine qui me plaît. J'ai d'ailleurs déjà réalisé des films sur le sujet, comme Sexualité mode d'emploi, en 2003. A French Lover TV, je suis dans la continuité de mon travail de réalisatrice.

Qu'est-ce qu'il y aura de plus, ou de différent, par rapport aux autres chaines pornographiques existantes?
On ne sera pas un robinet à films pornos. On diffusera essentiellement des émissions de reportages, de coaching sexuel. On proposera également des making of de tournages de films, des interviews de personnalités. Chaque mois, on fera également un retour en arrière dans le porno des années 70, puis on débattra du film diffusé en plateau. Et, bien sûr, on diffusera également des films pornos contemporains, mais on est très exigeant sur le choix des films pour qu'ils soient accessibles aux femmes.

En quoi vont consister vos conseils? Sera-t-on dans le domaine de la discussion ou de la démonstration?
On n'est pas là pour intellectualiser la sexualité. Je tiens à ce qu'il y ait du théorique, bien sûr, mais aussi et surtout de la pratique. On appliquera tous les conseils que l'on donne. Nous ne sommes pas une chaîne thérapeutique, avec des sexologues et une ambiance d'école. On veut éviter le gnan gnan. Si on parle d'éjaculation féminine, on expliquera par les gestes ce qu'il faut faire pour y parvenir. Et si on aborde le préservatif féminin, et bien on en enfilera un pour montrer comment ça se passe!

Vous animerez une émission hebdomadaire, avec un invité. Peut-on s'attendre à des personnalités extérieures au milieu du X?
Oui, j'aimerais bien. Lors d'un reportage au cap d'Agde, j'ai d'ailleurs eu l'occasion de rencontrer des personnalités du show biz, et certaines ont accepté d'être interviewées. Qui? Je préfère ne rien dire pour le moment… Par contre, il y a quelqu'un que j'aimerais bien recevoir, c'est Brigitte Lahaie. Elle m'a souvent invité dans ses émissions, et je voudrais lui rendre la pareille, d'autant que j'ai plein de choses à lui demander, mais jusque là je n'ai pas osé. C'est donc un appel du pied!

En quoi consisteront les programmes interactifs?
Les téléspectateurs enverront des questions par mail, et on les reprendra dans l'émission hebdomadaire. Ils seront également une source d'inspiration pour des reportages. Et puis maintenant que l'on est enfin diffusé en France (la chaîne était déjà à l'antenne dans d'autres pays européens depuis un an, Ndlr), je vais essayer de faire des appels à témoin sur tel ou tel sujet, avec comme objectif de les recevoir en plateau.

Interview Ovidie
par Cali Rise le 3 janvier, 2008

Ovidie, actrice, réalisatrice et productrice de cinéma française est aussi écrivain. Elle est l’auteur notamment de Osez l’amour pendant la grossesse, livre paru aux éditions de la Musardine.

Dans cet opuscule, Ovidie aborde la sexualité de la femme enceinte comme jamais elle ne l’a été dans un autre ouvrage. Celle qui se qualifiait à une époque de travailleuse du sexe et avait su imposer l’usage du préservatif sur les tournages de films pornographiques, est en passe de révolutionner l’avis que beaucoup ont encore sur le comportement sexuel d’une future mère.

Sans tabou, Ovidie s’est prêtée au jeu de l’interview :

Etant enceinte avez-vous cherché des réponses à vos questions dans des livres sur la grossesse ?

Comme beaucoup de mamans enceintes pour la première fois, j’ai en effet passé beaucoup de temps à lire tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à la maternité, que ce soit dans des livres, des magazines, ou sur internet. Le soucis, et là je pense particulièrement à internet et à ses nombreux forums, c’est que l’on trouve énormément d’informations contradictoires voire même dangereuses.

Concernant la sexualité en particulier, j’ai constaté qu’il existait un grand vide dans la plupart des ouvrages concernant la grossesse. Les auteurs se contentent d’expliquer quelques conseils évidents de positions (ne pas comprimer son ventre, s’allonger sur le côté par exemple) mais n’abordent absolument pas ni la psychologie de la femme enceinte, ni les questions les plus taboues que l’on n’oserait pas poser à son gynécologue.

Diriez-vous que la mère reste un sujet sacré pour tout à chacun ?

La mère est le symbole intouchable par excellence. Ce n’est pas pour rien que les hommes continuent même en 2008 à nous imposer la dualité entre la “mère” et la “putain”. Lorsque une femme devient mère, il se peut que le jeune papa devienne complètement destabilisé par ce nouveau statut et ne puisse plus approcher sa compagne. On dit souvent que les hommes ne pensent qu’au sexe et que les femmes, telles la vierge Marie, ne sont plus intéressées que par leur progéniture à naître et délaissent le lit conjugual. Or, on remarque que ce sont plus fréquemment les hommes qui fuient les rapports. Pour faire très bref et très schématisé, la maternité de leur femme les renvoient à leur propre mère, image de la femme asexuée et respectable par excellence.

Anne Boulay avait déjà raconté de façon humoristique les 9 mois de grossesse d’une femme (Mère indigne, mode d’emploi éditions Denoël). Vous allez plus loin en parlant de la sexualité d’une femme enceinte et de la sexualité d’une jeune mère. De nos jours, est-ce encore un sujet difficilement abordable ?

Oui, je m’en doutais un peu avant d’écrire ce livre, mais j’en ai eu la preuve à sa sortie. Ce livre a un succés d’estime et fonctionne énormément au bouche à oreille, les femmes enceintes se le font refiler par leurs copines. Mais je n’ai pour ainsi pas eu de promotion et c’est la première fois que cela m’arrive depuis que je publie des bouquins. Silence radio lors de la sortie du livre. Je me suis donc rendue compte que parler point g, éjaculation féminine, porno, etc, c’était encore possible dans les medias. Mais que la maternité demeurait intouchable. Même certains journaliste “spécialisés’ dans les domaines coquins m’ont avoué que c’était un peu trop sulfureux pour eux… C’est pour cela que je remercie la Musardine d’avoir eu le cran de le sortir.

Que pensez-vous des rapports du milieu médical avec la femme enceinte ? Ne sont-ils pas faussés ?

La France est un pays qui a pour particularité de surmédicaliser le processus de la naissance. Les femmes ont ce pouvoir que beaucoup d’hommes nous ont envié qui est celui d’être créatrice de vie. Nous avons ce don, cette supériorité, il a fallut que les medecins nous le reprennent en contrôlant au maximum les accouchements. Ce qui n’est absolument pas le cas dans les pays nordiques par exemple, ou comme aux pays bas, où un tiers des accouchement ont lieu à la maison (avec un taux de mortalité égal au notre). Attention, je ne suis absolument pas contre la medecine ni même contre des outils comme la péridurale, ce n’est pas mon propos. Mais je suis scandalisée par ces maternités transformées en usine à bébés qui font accoucher les femmes à la chaîne. 90% de péridurales, 80% d’épisiotomies, 20% de césariennes, c’est scandaleusement trop.

Ce qui m’a toujours effarée également, c’est cette absence de préparation psychologique à l’accouchement naturel, non pathologique. Les femmes n’ont plus confiance en leur corps, elles sont persuadées qu’elles ne vont jamais être capable de supporter la douleur. Un accouchement se passe avant tout dans la tête. Quand je suis arrivée à la clinique en disant que je n’avais pas besoin de leur péridurale, que je me sentais bien, j’ai entendu des phrases du type “ouais, ben moi à sa place je la prendrais ! On verra si tout à l’heure elle fera la maline”. Si c’était à refaire, je prendrais la même décision. Si on est bien dans sa tête, on est bien sur la table d’accouchement. Et s’il y a un problème pathologique, là, c’est le rôle de la medecine d’intervenir.

Est-il important de ne pas perdre charnellement le contact avec le futur père ?

Oui, même si ce contact charnel ne débouche pas toujours sur un coït ni une relation sexuelle dite “complète”, il est capital de maintenir un érotisme avec le furur père. Contrairement à ce que l’on pourrait le penser, ce n’est pas durant la grossesse mais bien durant la période post-partum que la sexualité risque de devenir problématique (épisio, fatigue, allaitement, etc). Moins on fait l’amour, moins on en a envie. Si le contact a été perdu durant la grossesse, le couple risque d’être fortement fragilisé après la naissance du bébé. Les trois premières années d’un enfant sont parsemées d’épreuves pour le couple écrasé sous le poids de la fatigue et des nouvelles angoisses. Si à cela vient s’ajouter un éloignement sexuel, il y a un grand risque pour qu’au moins un des deux conjoints ne s’égare dans le chemin classique de l’adultère puis de la séparation.

La plupart des femmes découvrent le plaisir vaginal après leur premier accouchement. Une femme adulte qui n’a pas d’enfant n’est pas vraiment une femme ?

Non, on ne peut surtout pas dire ça. On ne peut pas dire qu’une femme qui n’a pas d’enfant, par choix ou pour raisons médicales, n’est pas vraiment une femme. Et d’ailleurs il n’est pas obligatoire d’accoucher pour connaître le plaisir vaginal. Dire qu’une femme enceinte est une “hyper-femme” ne signifie pas que les autres ne sont pas des femmes. Je dis “une hyper-femme” dans le sens où les hormones fonctionnent à bloc et où tous les traits de la féminité (poitrine, rondeurs, sensibilité, jouissance, sécrétions vaginales, etc) sont exacerbés. Pour moi, chaque femme enceinte est une déesse, qui trop souvent s’ignore. Ce qui ne veut pas dire a contrario que ne pas avoir avoir d’enfant c’est perdre sa féminité ! Et on peut avoir une vie parfaitement épanouissante sans enfant, en accouchant par exemple de créations artistiques ou littéraires.

Après un accouchement, le corps de la femme est différent. Existe-t-il un risque psychique ?

Il existe un risque psychique mais qui n’est pas du aux modifications du corps mais plutôt aux rapports avec son bébé. Il est vrai que faire le deuil de son corps de jeune fille n’est jamais réjouissant, mais ce n’est en général pas là que ce situe le risque de ce que l’on appelle à tort ou à raison “la dépression post-partum”. Les difficultés interviennent souvent lorsque le lien mère-enfant ne se fait pas correctement dès la naissance. Il se peut que certaines mères aient cette impression très culpabilisante d’avoir donné naissance à un parfait étranger.

Que pensez-vous de l’instinct maternel ? Est-ce une invention ?

Oui, je le pense sincèrement. Il n’y a pas d’instinct maternel. Lors de l’accouchement, lors des premiers contacts avec le bébé, il se crée du lien ou bien il ne s’en crée pas. Souvent ce lien se crée instantanément lorsque le nouveau né regarde sa mère droit dans les yeux, avec ce regard étrange qui semble venir de l’au-delà. Mais parfois, le lien est difficile à se mettre en route. On peut ne pas aimer instantanément son bébé, c’est possible. On estime à 10% des naissances les cas de difficultés maternelles, les dépressions post-partum, etc. Il n’est pas honteux de ne pas avoir d’instinct maternel et il ne faut pas hésiter dans ces moments là à prendre contact avec des experts en la matière ou des associations telles que Maman Blues.

Maintenant que vous êtes mère, craignez-vous qu’un jour, votre enfant pose un jugement sur votre carrière d’actrice ?

Non, absolument pas. D’une part puisque cette carrière a eu lieu bien avant sa naissance, ce qui est plus facile a accepter pour un enfant. D’autre part parce que ma fille est élevée dans une famille où les femmes sont très libres et très fortes, c’est comme ça de génération en génération chez nous. De plus, avec des parents tous les deux “artistes” nous pensons qu’elle saura faire preuve de tolérance et d’esprit libre. Quand à sa capacité à se défendre, je n’en doute pas une seconde. Son caractère puissant commence déjà à se confirmer lorsque elle est en collectivité. Et vu sa courbe de croissance ainsi que la taille de ses parents, il est fort probable qu’elle atteigne le 1m85 plus tard, je pense vraiment que nous avons engendré une future amazone, je ne m’inquiète pas.

Incontestablement les mère sont les meilleures amantes ?

Oui, je le pense dans l’absolu. Disons que potentiellement, elles le sont. Malheureusement, en application, elles ne le sont pas toujours… Certaines mères passent à côté de cette incroyable passage initiatique qu’est l’enfantement. Il n’est pas exclu que certaines femmes finissent par devenir également des déesses du sexe sans jamais avoir été mères. mais en général, ce sont des femmes qui se forgent d’autres passages initiatiques.

Osez l’amour pendant la grossesse, Ovidie, La Musardine

L'interview est un peu courte, dommage, mais elle a été effectuée dans des conditions particulièrement speed. J'ai même failli annuler la rencontre au dernier moment, quasiment paralysé par une fatigue monumentale et un gros emploi du temps au boulot. Ça aurait été quand même dommage de zapper cette rencontre-éclair avec Ovidie (que par ailleurs j'apprécie au plus haut point).

De fait, Ovidie elle-même m'a parue encore plus crevée que moi. Pour tout dire elle avait l'air plutôt lasse, et semblait s'ennuyer avec politesse. Ceci dit, je veux bien concevoir l'ennui mortel qui peut découler d'un enchaînement public universitaire + déjeuner avec des artistes et encore plus d'universitaires + séance de dédicaces + présentation de film au Vigo.

Et moi qui déboule au milieu de tout ça avec ma demi-heure de temps libre et mes questions absolument pas préparées, la grande classe gonzo.

On peut comprendre aisément qu'une fille comme Ovidie soit légèrement sur la défensive : rien que pendant les 5 minutes qui ont suivi l'interview je l'ai vue se faire aborder par deux gonzes successifs, genre quinqua à moitié relou "moui… vous êtes bien Ovidie n'est-ce pas ? vos films bla bla…je suis artiste bla bla…". J'ose pas imaginer la saoûlade à la longue d'être branchée par des demi-pervers même pas francs du collier.

Je vous conseille de visiter le site internet d'Ovidie, vous y trouverez de précieux compléments d'information : http://www.pornomanifesto.com

Et je vous suggère chaudement de vous rendre à la librairie La Mauvaise Reputation, vous y trouverez les bouquins d'Ovidie à la vente, dont le déjà fameux "Porno Manifesto".




Quel bon vent t'amène sur Bordeaux ?
Je suis venue pour une conférence et pour une séance de dédicace ici à la librairie Mauvaise Réputation. Je suis venue intervenir ce matin à la fac de Bordeaux sur le thème "sexe et représentation politique".
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://valora.highforum.net
valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: Re: Interview Ovidie   Mer 4 Aoû - 19:03

Ça t'arrive souvent d'intervenir dans un cadre universitaire ?
Souvent, non, mais je l'ai déjà fait plusieurs fois. Par exemple à la fac de Lyon sur le thème "pornographie et féminisme". Ça arrive, pas souvent, mais ça arrive.

N'es-tu pas fatiguée de te voir toujours qualifiée d'"intello du X", "major de l'X", etc. ? Cela revient de façon assez systématique.
Si, c'est chiant. Et "intello", ce n'est pas très beau comme terme, c'est péjoratif. J'essaie juste de penser mon activité. Certains disent que si je pense c'est pour me justifier d'avoir été actrice porno. Je ne pense pas avoir besoin de me justifier de quoi que ce soit. Dans mon activité d'actrice, je n'étais pas "intello", dans un film, je ne suis pas "intello"… Par contre, ça ne m'empêche pas de penser mon activité. Ça a choqué tout le monde, j'aurais fait n'importe quel métier ça n'aurait choqué personne, mais à partir du moment où on vient d'un milieu sexuel il faut tout de suite que ça devienne con et grivois.

Cette caution intellectuelle aura été une bonne occase pour les médias de parler cul par des moyens détournés sur les plateaux de télé…
Parler cul, non. Parce que finalement on en parle jamais quand je suis invitée sur un plateau. Peut-être au début, il y a cinq ans, quand j'ai fait mes premières grosses émissions - c'était le côté "regardez, voilà la nouvelle star du porno". C'était en effet un moyen détourné de parler du porno sans aborder véritablement le sujet. Aujourd'hui, non, ça aura mis de temps, mais je pense être invitée pour moi-même. Les gens savent d'entrée que je ne suis pas sur le plateau pour montrer mes seins.

Ce n'est pas une trop lourde responsabilité d'être qualifiée d'intello par avance ? Tu risques de te faire tomber dessus par tout le monde à la première bourde…
Non, je n'ai jamais ressenti de pression à ce niveau-là. De temps à temps j'aime bien sortir volontairement des grosses conneries, des citations détournées, des trucs comme ça. Ça m'arrive tellement de m'ennuyer en interview que j'aime bien sortir des fausses citations ou des choses dans le genre.

Des fausses citations pointues de Nietzsche ou de Derrida ?
Oui, ou du faux Mussolini.



Je crois savoir que tu n'aimes guère le terme "X" pour parler des films porno ?
X, ça ne veut rien dire. Par exemple, aucun film que j'ai fait n'a été classé X. Il n'y a pas de film qui ait été classé X depuis Mathusalem.

As-tu des connexions avec le milieu de la musique, comme c'est le cas pour Coralie Trinh-Thi par exemple ?
Je fréquente pas mal de gens différents en fait dans le milieu de la musique…Par exemple dans trois jours je vais faire des photos avec Denis Bortek de Jad Wio… Je viens d'écrire un article pour D-Side, qui est avant tout un magazine de musique. Le milieu de la musique ne m'a jamais spécialement reproché mon appartenance au circuit porno. La preuve, c'est que je réalise également des clips.

Tu réalises des clips pour qui ?
Je suis en préparation avec un groupe electro gothique et avec un groupe de hardcore suisse.

On peut savoir qui ?
Non. Je ne le dirai qu'une fois que ce sera terminé.

Aurais-tu aimé chanter dans un groupe, ou jouer d'un instrument ?
J'ai une ancestrale formation de batteuse. On répétait dans la cave. Mais je n'ai jamais joué dans aucun groupe sérieux. Mais en ce moment je suis en préparation d'un truc qui sortira en 2005. Un projet plutôt electro-underground, qui ressemble un peu à Suicide, façon années 80 vraiment minimaliste avec un son un peu crado. J'aide à la composition avec les machines, et je pose ma voix dessus.

La voix sera live ou seulement samplée ?
On compte faire des concerts, et la voix sera live.

Le projet porte un nom ?
Oui, ça s'appelle Aircrash. On a déjà composé la musique d'un film porno, sous le nom de Aircrash également. C'est un film expérimental que j'ai produit qui s'intitule "Première Expérience".

Vous êtes en contact avec des maisons de disques ?
Non, on a quelques idées mais on réfléchit toujours. On a aussi des pistes pour sortir le disque en Allemagne.

Tu vas figurer dans le projet sous ton nom ?
Je vais figurer au sein du groupe sous mon nom mais Ovidie ne sera pas écrit en gros sur la pochette. Le nom du groupe, c'est Aircrash. On est deux, et on est tous les deux aussi importants l'un que l'autre.

Ce ne sera pas sur la pochette, mais ce sera sur les stickers que vont rajouter dans ton dos les maisons de disques…
Ah, ça c'est possible ! J'y ai déjà songé.



T'es-tu déjà produite en tant que DJ ou Djette ?
Jamais. Ah si… Deux ou trois trucs industriels très bruitistes… Mais pas comme Djette en tant que telle, non.

Tu es douée avec les platines ?
Non, je ne sais pas du tout manier les platines. D'ailleurs avec Aircrash on ne travaille ni avec des platines ni avec des ordinateurs, seulement avec des machines.

Qu'est-ce que tu écoutes comme musique ?
Pas mal de choses. Du rock'n'roll californien des années 60, de la Oï, de la new-wave, de l'electro, des tas de choses…

Tu n'es pas branchée par le milieu hardcore ?
Le milieu hardcore ne m'intéresse pas du tout. Tous les gens que j'ai pu y rencontrer étaient très puérils. C'était souvent des gosses de riches qui se déguisaient avec des baggys pour faire rebelle. Je n'étais pas du tout intéressée. Par contre j'aime bien la scène allemande, le hardcore métal allemand. Mais le côté "on est propres, on est des gros killers avec des tatouages, et on roule en BMW", ça, bof.

Je ne sais pas en quoi tu roules, mais tu as des tatouages.
Moi je n'ai pas le permis, alors je ne roule pas !

Tu portes un tattoo avec le triple X ? C'est une référence directe au straight-edge ?
Oui et non. C'est avant tout une référence à mon métier.

"Triple X", ce n'est pas le nom d'une collection de chez Private ?
Je ne sais pas… Mais bon, c'est globalement une référence à mon métier, et au straight-edge dans la mesure où je ne fume pas, je ne bois pas, je prends aucune drogue. Je ne suis pas du tout intégriste. Je suis beaucoup plu souple aujourd'hui dans ma vie. Pendant des années, je n'ai même pas bu une tasse de café. Aujourd'hui j'aime bien le vin rouge. Il m'arrive de boire un verre à l'occasion . Mais je suis straight-edge 80 % du temps. Je ne me prends pas de grosse cuite. Je ne m'impose rien. La plupart des jeunes qui sont straight-edge vers 15 ou 16 ans s'imposent ça de manière draconienne et à 19 ans on les retrouve bourrés avec les punks à chien.



Es-tu toujours vegan ?
Je suis végétarienne. J'ai été vegan pendant 5 ou 6 ans, mais j'ai arrêté pour des raisons de santé. Je suis végétarienne depuis l'âge de 13 ans.

Ce ne devait pas être folichon sur les tournages hard à la cantine…
C'était un gros problème, c'est pour ça que je suis redevenue végétarienne. Quand tu es vegan et que tout le monde mange des sandwiches à midi, si tu ne peux pas même pas manger un sandwiche au fromage, tu manges un bout de pain, une tomate et des carottes râpées. C'est tout ce que tu trouves. Vu que je tournais quand même pas mal, au bout de plusieurs années j'ai commencé à perdre mes cheveux et à m'affaiblir…

Tes collègues de tournage devaient te prendre pour une extra-terrestre intégrale, non ?
Ils étaient habitués. Ça les faisait rire, en fait.

Et quand tu entends le terme "hardcore", tu penses à quoi spontanément, au cinéma X ou bien à la musique ?
Je pense aux deux.


Ovidie : « Le plus porno, dans notre film, c'est le générique »
Par Camille | Mauvais genre | 10/12/2009 | 13H35
Partager:Changer mon statut sur 'Twitter'Partager sur 'Facebook'Partager sur 'del.icio.us'...« Histoires de sexe(s) », film réalisé par Ovidie (ancienne star du X) et Jack Tyler, a naïvement tenté d'obtenir une classification « moins de 18 ans ». La commission de classification des oeuvres cinématographiques lui a finalement attribué la redoutée classification X, résultat synonyme de mort commerciale, car ces films sont surtaxés et exclus des réseaux de distribution traditionnels.

Au vu du contenu du film, est-ce vraiment un scandale ? Film pornographique ou film « adulte au contenu explicite », j'ai interviewé Ovidie pour comprendre leur démarche et recueillir son ressenti après cette affaire.

Sur quels critères se base la commission pour distinguer les films « interdis aux moins de 18 ans » et les films « X » ?

Alors officiellement, les films « interdits aux moins de 18 ans » peuvent contenir des scènes explicites mais qui ont une « prétention cinématographique ou artistique autre que l'excitation ». On pensait entrer dans cette catégorie, parce que le sexe qu'on montre est aussi parfois déceptif, comme dans « Shortbus » qui a lui été interdit aux moins de 16 ans. Et puis il y a un travail narratif, les scènes explicites arrivent avec du sens et ne correspondent pas forcément aux codes du porno.

Certains membres de la commission ont soutenu une classification « moins de 18 ans », mais ils n'étaient peut-être pas assez nombreux face aux associations familiales et aux pédopsychiatres.

Qu'est-ce que la commission vous a reproché précisément ?

Ça on ne peut pas le savoir, les membres de la commission sont soumis à un devoir de réserve. Ce qui m'a le plus choquée, c'est que certaines personnes du cinéma, des distributeurs, ont trouvé que ce qui était le plus porno dans notre film, c'était le générique.

Voir défiler le nom des acteurs et réalisateurs venant du porno, ça discréditait de suite le film aux yeux de certains. On m'a dit que je n'aurais pas dû signer « Ovidie » mais sous un autre pseudo… c'est quand même le comble.

Vous aviez proposé les rôles à des acteurs « traditionnels » ?

Non, parce qu'il faut quand même une certaine maîtrise de son sexe, pouvoir contrôler son érection, et pour les filles être très à l'aise avec son corps et avec la nudité. Et il était hors de question de prendre des « doublures anus » pour les plans explicites, car d'une part c'est un procédé inhumain, faire figurer des gens juste pour leur cul ou leurs organes génitaux, et d'autre part on filmait pas mal en plan large, donc techniquement ce n'était pas possible.

Mais je trouve que certains acteurs s'en sont très bien sortis sur les dialogues, notamment Lou Charmelle et Phil. Il a déjà fait des centaines de films, il a plus d'expérience avec le texte, même si c'est rarement un texte compliqué dans les pornos, il y a appris à gérer le timbre, l'intonation…

J'ai trouvé le film très pédagogique, on a l'impression qu'à chaque plan, une idée reçue est démontée.

Oui on voulait vraiment montrer une sexualité « normale ». Avec tout ce que ça comporte de ratés, la fille qui apprend la fellation, la sodomie qui ne passe pas. Et cette scène avec le plan échangiste foireux, un des deux mecs ne bande pas, il s'engueule avec sa copine qui elle s'éclate, on me l'a raconté tellement de fois.

Et puis on voulait aussi insister sur le fait que ce qu'on fait, on doit le faire parce qu'on y cherche du plaisir, pas parce qu'il « faut » le faire. Quand Phil dit « Comment ça la sodomie c'est le fantasme de tous les mecs ? Est-ce que tu m'as demandé à moi si c'était mon fantasme ? Eh ben non, justement », ça sonne vrai, parce qu'il le pense vraiment.

Je pense personnellement que les scènes explicites finales, qui sont plus longues et plus rapprochées, font plus penser à un porno « masturbatoire ». C'est peut-être ce qui vous a pénalisé en commission ?

Peut-être oui… Les scènes explicites arrivent plus rapidement vers la fin, une fois que les personnages sont bien en place. Dans un porno classique, la scène la plus hard doit arriver au début, dans les 12 premières minutes, c'est très normé.

On doit voir un maximum de filles dès le début, comme une promesse qu'on les reverra à poil plus tard. Peut-être qu'en ce sens, on a fait un anti-porno. Attention, ce n'est pas une démarche castratrice « contre » l'excitation, qui est le credo du porno, notre volonté était de faire réfléchir tout en montrant explicitement.

Avez-vous d'autres projets de longs métrages dans la même veine ?

On en avait avant le classement X, mais ça n'est plus envisageable. Le film a été financé par Frenchlover TV [une nouvelle chaîne du câble dont le créneau est « l'éducation sexuelle pour adultes », note de Camille] sur ses fonds propres, sans subvention.

Un film classé « X », et donc inexploitable, c'est un perte sèche, car la vente de DVD et les revenux de VOD ne suffisent pas, toute la promotion avait été pensée comme celle d'un petit film traditionnel. Donc pour l'instant on se contente de produire du contenu « éducatif » pour la chaîne.

Entretien avec Ovidie


Synesthésie - En fait on a juste lu l'article dans Technik'art, à l'époque où il y avait une grossse actualité sur la sexualité avec la sortie du livre de Catherine Millet. Nous devons avouer que nous n'avons pas vu vos films.

Ovidie - J'en ai tourné une quarantaine en trois ans.

S - Ca veut dire des productions rapides ?

O - Oui parce qu'on a peu d'argent pour tourner des films donc les jours de tournage sont forcément limités.

S - Alors comment avez-vous fait ce choix puisque dans cet article de Technik'art , vous disiez que vous aviez fait des études littéraires, ou philosophiques et qu'à la fois vous étiez du côté des femmes donc je ne sais pas si on peut dire féministe ou pas ?

O - Si si

S - Donc vous le revendiquez. J'aimerais savoir comment votre démarche vous a amenée à articuler tout cela, est-ce que vous avez puisé dans tout ce qui a été le mouvement des femmes des années 70 ou est-ceque vous êtes venue spontanément

O - Pour reprendre l'histoire j'ai commencé à m'investir dans des groupes militants anti-sexistes censé être néo-féministes MLF plus tolérants vis-à-vis des hommes. On essayait d'ouvrir le débat de faire des discussions mixtes. Ces groupes anti-sexiste auxquels je participais étaient libertaires, anarchistes, disons extrême gauche libertaires. Et progressivement je me suis détachée verrs 17ans de ces groupes en leur reprochant d'être anti-sexe-istes, ils avaient des positions puritaines vis-a-vis du sexe. C'est venu assez tôt, je suis entrée dans ces groupes, j'avais 14 ans, j'étais la plus jeune et je m'en suis détachée vers 1998. J'avais d'autres idées en germe. Je me suis inspirée de textes féministes beaucoup plus classiques et de textes néo-féministes qui rabachaient le même chose sans jamais les actualiser. Alors que les choses évoluent. J'en arrive à comment j'en suis venue au porno féministement parlant, c'est à cette époque qu'on a commencé à les regarder.

S - C'est par l'oppostion que vous vous êtes intéressée à ce milieu ?

O - Voilà, majoritairement le groupe était violemment contre la pornographie. On attaquait très durement, on disait que les femmes se faisaient exploiter, que c'était dégradant. On employait des termes assez forts, limites, on était prêtes à aller casser la figure aux producteurs mais sans jamais vraiment savoir ce que c'était. On avait la même position par rapport aux prostituées. Je me souviens d'un jour où je me promenait avec deux amis l'un d'eux a voulu accrocher autour du cou d'une femme qui faisait le trottoir un panneau qui aurait dit : non à la marchandisation du corps. Ce jour-là je me suis posé des questions. J'ai commencé à regarder les films pornos non pas seulement par conscience militante mais parce que j'avais envie de savoir, de plus je m'intéressais aux formes cinématographiques différentes à faire avec peu d'argent et je me suis rendue compte qu'on était tous à côté de la plaque. Ce n'était pas du tout ce à quoi je m'attendais. Ce n'était pas dégradant, ni sexiste, il n'y avait pas des " touche-moi salope " comme on prétend qu'il y en a. En germe j'ai commencé à me dire pourquoi on ne pourrait pas lier la cause féministe à la pornographie ? Je trouvais que les femmes qui faisaient cela avaient beaucoup de courage, beaucoup plus que nous jeunes féministes étudiantes ou vivant grâce à l'aide financière des parents, j'ai pensé que ces nanas vivent vraiemnt, font des choses que même les libertaires ne supportent pas, est-ce qu'elles ne sont pas plus courageuses que nous ? Elles n'ont pas l'air soumises, ni malheureuses, ni exploitées. Quand j'ai commencé à en parler autour de moi ça n'a pas du tout collé, mais j'ai commencé à en consommer de plus en plus. Je me suis dis je vais voir par moi-même. Je suis tombée sur des textes de féministes pro-sexes, de Candida Royal, d'Annie Sprinkle etc et je me suis dit " mais c'est bien sûr ! " voilà !

S - Et il y a des textes sur des gens comme Virginie Despentes, Alina Reyes

O - Non c'était surtout le milieu de la pornographie qui m'intéressait. Quelque part c'est beaucoup plus facile d'écrire un livre même très obscène que d'être porno star. C'est beaucoup plus admis dans le milieu parisien, intello, branché bourgeois, psy qui trouvent extraordinaire la moindre œuvre artistique avec un petit peu de sexe dedans mais tout en continuant à dire que le milieu de l'industrie du porno est sale.

S - C'est une forme de néo-puritanisme que vous dénoncez ?

O - Ce que je dénonce ce sont des attaques violentes, non justifiées, globales, contre des produits que les gens ne connaissent pas. Et aussi surtout à Paris un consensus autour d'œuvres artistiques qui contiennent du sexe à partir du moment où elles ne se disent pas pornographiques. C'est accepté parce que les gens se connaissent donc ils s'acceptent, si bien qu'on dit Purple sex c'est extraordinaire mais le porno...!

S - Votre engagement montre que la façon dont on nomme les choses ca dépend du support du milieu. Il y a un engagement de votre part ?

O - Je suis pour une acceptation une reconnaissance du pornographique. C'est plus au niveau du cinéma. Ca a des conséquences sur nous. Qu'à Beaubourg soient organisés deux-trois jours mais ce qui était insensé dans ce programme c'est qu'il était sensé parler de pornographie mais qu'il n'y avait pas une seule personne pornographe dans le programme des ntervenants. Je voulais écrire un texte et venir le diffuser. Mais à la rigueur ça m'agace mais ça n'a pas de conséquences sur nous. Ce qui a des conséquences sur nous c'est qu'on ne soit plus aujourd'hui reconnus comme un genre cinématographique. Ca veut dire que les producteurs de porno cotisent comme n'importe quels producteurs mais ne reçoivent pas les avances sur recette du CNC. Donc ils investissent leur argent personnel sans pouvoir monter de grosses productions. Les films pornos coûtent entre 30 000 et 1 million de francs, en tournant les films en cinq jours !

S - Est-ce qu'il y a une ponction de l'état sur les recettes ?

O - Oui mais il n'y a plus de salles. La loi X a tué ce genre cinématographique la diffusion en salle est tellement taxée qu'on est condamnés à la cassette. La loi d'interdiction aux moins de 18 avant l'été m'a rendue folle. Ca veut dire que des films qui contiennent des scènes de vraie poronographie sont considérés comme du vrai cinéma et accepté par la sphère intello de Paris. Alors que des gens comme nous qui continuons à faire du cinéma de genre, sommes considérés comme du sous-sous-sous-sous genre.

S - Si on continue sur votre trajectoire disons " engagée ", est-ce que vous réfléchissez à qui regarde les films ? Est-ce que vous vous dites, c'est pour des hommes ou des femmes ?

O - Je fais vraiment des films pour tout le monde, tout sexe, tout âge, toute catégorie sociale. J'essaie pour le moment comme j'obtiens pas mal d'argent pour faire mes films, de faire des films qui sont diffusés à la télévision pour toucher le plus de monde. C'est important pour moi de toucher d'autres publics que les 50 000 utilisateurs de films pornos.

S - Vous voulez rendre cela populaire ?

O - Oui j'essaie d'élargir le public. je veux surtout montrer aux femmes que la pornographe n'est pas sexiste, aux 15-25 ans que ce n'est pas seulement Madame la comtesse se fait troncher.

S - Est-ce que les femmes sont intéressées par la pornographie ?

O - Socialement elles n'y ont pas droit, mais génétiquement rien ne les empêche d'aimer la pornographie.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://valora.highforum.net
valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: Re: Interview Ovidie   Mer 4 Aoû - 19:06

S - Est-ce qu'il y a un public de femmes pour vos films ?

O - La dernière fois, quand Lilith est sorti j'ai invité mes copines féministes qui n'avaient jamais eu l'occasion de voir mes films. Elles ont adoré, vraiment !

S - Les films pornos ne s'adressent-ils pas plutôt à des hommes qui sont sexuellement toujours éveillés, et ces films ne reposent-ils pas en général sur des stéréotypes très masculins ?

O - C'est valable pour certains films pornos. Mais dans le cinéma pornographique il y a plein de genre. Ca va du film pourri d'amateur, au film qui développe certains fantasmes. Il y a tous les budgets aussi. Il y a des films romantiques, des films plus érotiques que crus et vice versa, films fantastiques, intellos, romantiques. Il n'y a pas un film porno. Souvent ce que les gens voient c'est le film qui passe à la télé ou sur kiosque ce ne sont pas forcément les meilleurs. Les gens choisissent la facilité, c'est honteux ils ne cherchent pas les bons réalisateurs.

S - Pourquoi maintenir ce cloisonnement qu'est-ce qui fait la différence, la pénétration ?

O - C'est un genre, les scènes sont pornographiques, c'est-à-dire sexuellement explicites. Un film peut être obscène sans être sexuellement explicite, je fais la différence. Ou pornographique sans être obscène, je le reproche beaucoup à la pornographie européenne. En fait moi je fais de la pornographie obscène. Le premier film que j'ai réalisé est pornographique mais pas obscène. On peut voir des films très hard mais qui ont perdu l'obscénité qu'il y avait avant. Ils essaient de combler par des pratiques des prouesses. Mais ce n'est pas la prouesse qui crée l'obscénité.

S - Qu'est-ce que vous entendez vraiment par obscène ?

O - C'est tout simplement ce qui sexuellement est émouvant.

S - C'est-à-dire qu'elle renvoit à des fantasmes ?

O - Pas forcément. Si je suis émue sexuellement je suis dans l'obscènité.
Il y a des scènes que je trouve tellement spectaculaires par ce que dégagent les acteurs par l'émotion qu'il peut y avoir entre eux. Selon qu'ils jouent plus ou moins bien la scène, ça peut me prendre les tripes ou arrêter ma respiration. Ca m'a fait cet effet là dans Lilith où l'actrice principale joue tellement bien qu'on arrive à ressentir ce qu'elle ressent. On s'identifie mais pas forcément sexuellement, il n'y a pas de transfert sexuel la scène est très forte émotionnellement.

S - Ces actrices elles viennent d'où ?

O - Le métier d'actrice ne s'improvise pas, c'est vraiment un apprentissage. Quand je vois ce que je faisais il y a trois ans et maintenant ça n'a rien à voir. L'actrice de Lilith elle travaille depuis 7 ans elle a déjà fait 400 films. Elle a beaucoup tourné aux Etats-Unis, c'est une professionnelle incroyable. Faire une scène obscène ça demande du métier, ça s'apprend comme jouer une scène dramatique.

S - On peut donc simuler la jouissance ?

O - Tout est faux de toute façon. Les acteurs pornos sont ceux qui vont le plus loin. Ca leur demande une maîtrise de tout le corps. Chaque mouvement du corps fait passer une émotion, le moindre tremblement…, c'est ça qui n'est pas facile. Quand on a du plaisir dans le privé on ne contrôle pas vraiment son corps, ce qui est difficile c'est d'essayer de reproduire tous ces petits moments qu'on ne contrôle pas en jouant une scène. Il faut essayer des fois de provoquer le tremblement, de provoquer la crispation, le mouvement brusque ; le son est très important aussi, les gémissements il faut les faire varier tout le temps, qu'ils ne soient jamais uniformes et qu'ils aient l'air sincère. Ce n'est pas facile une bonne scène de sexe !

S - Tout à l'heure vous insistiez beaucoup sur le professionnalisme, disant que plus on est professionnel plus on fait passer des choses. Mais comment les gens se forment-ils ? En en faisant beaucoup et en étant bien dirigées ? Parce qu'on peut dire que les autres comédiens passent par des cours mais là comment y arrivent-ils ?

O - C'est sûr, il n'y a pas d'école de formation au X. Ceci dit, certains peuvent avoir de meilleurs bases que d'autres, telle fille aura fait de la danse ou du théâtre et saura mieux maîtriser la chose. En général on se forme sur le tas.

S - Et la ou le metteur en scène ont-ils un rôle important, de direction forte.

O - Oui surtout quand on n'a pas beaucoup d'expérience derrière soi. En particulier, chaque scène de sexe va dépendre du metteur en scène qui souvent ne les dirige pas très bien. Ils sont plutôt à focaliser sur les lumières, le décor. Certains disent allez-y amusez-vous mais c'est un rêve de réalisateur qui ne marche pas avec des acteurs professionnels. Sinon ils vont faire quelque chose de mécanique, le geste sera là les corps aussi mais pas les émotions. Le rôle du metteur en scène est de créer de l'émotion, c'est pour cela qu'il faut beaucoup parler de l'atmosphère de la scène avec les acteurs et je regrette que tous ne le fassent pas.

S - Et dans les rapports homme femme comment ça se passe ? Est-ce que les acteurs masculins ont plus d'aisance à jouer que les femmes ou pas ?

O - Non. Le métier d'acteur est encore plus dur que celui d'actrice. La plupart ne sont pas sûrs d'eux. Très peu d'hommes sont capables de le faire. Des professionnels en Europe il y en a 10 maximum. Les autres ne fonctionnent pas même s'ils sont de bons acteurs par ailleurs. Première difficulté : c'est dur de réussir à avoir une érection dans un contexte qui n'est pas sexuel. Il faut vraiment très bien connaître son corps, les points, les types de massage qui réussissent à faire monter. De plus une scène peut prendre de une heure à huit heures à tourner, en moyenne deux heures et demie, trois heures. Donc pendant des heures il faut réussir à monter-descendre, ne pas se laisser perturber par l'équipe technique qui vous entoure, il y a tout le temps la crainte de faire mal à l'actrice, ça aide pas à bander. Si la scène dure longtemps, on a beau mettre du lubrifiant, il y a un moment où on a mal. Ou bien les positions sont douloureuses, on peut avoir mal aux jambes ou aux bras. Et le fait de penser qu'il fait mal perturbe encore plus l'acteur. Et parfois il est trois heures du matin, toute l'équipe en a marre, a envie d'aller se coucher, et il est encore là avec sa bite dans la main à se l'astiquer, et ça ne marche pas ! Or on est obligé de le faire le soir même parce qu'on n'a pas d'argent pour repayer le décor, les lumières, l'équipe le lendemain. Donc il faut les imaginer, ce sont des petits garçons, ils sont là tout nus avec leur machin dans la main à penser que tout le monde les déteste parce qu'on les attend, c'est très dur. C'est pour cela que les acteurs du porno ne se prennent vraiment pas pour des super héros. S'il y en a qui ne sont pas sûrs d'eux c'est bien eux. Et pendant les scènes de sexe j'en vois un parmi ceux avec qui j'ai l'habitude de travailler qui fait un peu de zèle mais que je calme rapidement, les acteurs ne me demandent jamais si j'aime ça. Un acteur s'il sent qu'il fait un peu de mal à l'actrice il se retire tout de suite. Souvent les scènes prennent les tournures que les actrices veulent. Les réalisateurs ne disent jamais avant une scène je veux qu'elle soit soumise, jamais.

S - Est-ce qu'il y a des interférences de ce jeu dans la vie privée ou est-ce que c'est vraiment séparé ?

O - Je pense qu'au début ce n'est pas forcément facile pour tout le monde. Moi ça s'est assez bien passé parce que j'ai tout de suite mis un mur entre ma vie sexuelle et mon boulot, je ne voulais pas qu'il y ait d'interférences. A partir des petits problèmes de jalousie, dus à l'éducation. Il y a pas de couples qui ont du mal à tenir qui n'arrivent plus à faire la différence surtout des couples d'acteurs, actrices. Mais ça passe assez vite ou c'est la rupture. Ma vie sexuelle est très différente de ce que je peux faire dans les films. Il y a une protection aussi. On n'a pas forcément envie de se dévoiler dans les films, même en tant que réalisatrice je ne mets pas trop de ma sexualité. Les acteurs et actrices pornos ne sont pas pudiques mais au niveau des émotions ils restent des gens normaux.

S - C'est vrai que quand on vous entend parler on a l'impression que ce sont des corps travaillés comme pour une danse dont les fantasmes et désirs sont absents de votre intérieur tout en tentant de montrer qu'il y a du désir au public. J'ai pensé en vous entendant à Pina Bausch, quand elle fait le café.

O - C'est un vrai travail chorégraphique, j'ai fait et fait encore des performances, des happenings, c'est la même chose. Il y a un vrai travail chorégraphique.

S - Ce n'est quand même pas tout le cinéma porno qui est comme ce que vous décrivez ?

O - C'est quasiment tout le cinéma porno américain et une grande partie de l'européen. Même si on n'intellectualise pas le fait de faire un travail chorégraphique, ça revient quand même à cela.

S - Vous nous parlez surtout d'une militance pour le porno mais pas tellement pour le féminisme. Ce féminisme qu'on appelle pro-sexe, il est où en fait ?

O - Le féminisme contrairement déjà à d'autres mouvements comme le situationnisme ce n'est pas un mouvement, c'est aussi le " pleasure activisme ", le " free féminisme " quelque part c'est un féminisme sorcière qui part de l'idée que le féminisme des années 60-70 a été un féminisme deconsommatrice et de travailleuse mais pas vraiment de femmes ni d'hommes d'ailleurs en tant qu'êtres humains. Que le féminisme classique a beaucoup revendiqué l'égalité entre les hommes et les femmes mais finalement l'aliénation à l'homme s'est transformée à en aliénation à l'état auquel était aliéné déjà l'homme. Le féminisme pro-sexe il dit on va essayer de trouver un épanouissement de l'être humain. Le féminime des Chiennes de garde n'entre pas dans un mouvement de libération. Le féminisme pro-sexe doit entrer dans le cadre d'un mouvement de libération il n'est pas exclusif pour les hommes. Il prend d'autres bases.

S - Il donne une place importante au corps et à la sexualité. Est-ce que c'est sexualité ou sexe ?

O - Sexualité

S - Vous incluez les émotions ?

O - Oui

S - Le féminisme pro-sexe a aussi pris la défense des sex-workers, putes, stripteaseuses, actrices porno. Toutes personnes exerçant un métier à caractère sexuel. Si une pute fait son métierr par choix et non pas contrainte.
- C'est rare quand même

O - Non aux Etats Unis c'est fréquent. Il y a beaucoup de prostituées sans proxénètes.

S - On est quand même face à une différence homme-femme. Ce sont plutôt les femmes qu'on voit se prostituer. Est-ce que là les hommes ne vont pas essayer de faire fonctionner leur harmonie sur le compte des femmes.

O - Il y a quand même des hommes sex-workers, il y en a plus aux Etats Unis. De même les réalisateurs sont des sex workers.

S - Ce ne sont pas des machos qui tentent de profiter ?

- Non, on est tous logés à la même enseigne.

S - Il y en a eu ou pas ?

O - Je ne sais pas très bien, mais pas à ma connaissance.

S - Est-ce que la prostitution c'est de la concurrence aux films pornos ? Souvent les hommes n'osent pas accomplir ces fantasmes avec leurs femmes. Si vos films féministes pornos leur permettraient de faire avec leur femme ce qu'ils font avec les prostituées.

O - Je crois que dans le porno il y a un rapport réel, on vit la chose.

S - Les propostituées c'est pareil, elles jouent.

- Les prostituées ont un contact direct, les acteurs font création d'un spectacle. L'actrice est là pour la caméra, le but étant de jouer quelque chose. Alors que la prostituée ne fait pas le même type de prestation, elle n'a pas de chorégraphie pendant 6 heures et elle a un contact direct avec une personne. Les acteurs participent à la création d'un spectacle.

S - La médiation de la caméra

O - L'actrice porno fait la même prestation qu'une autre actrice à part que sexuellement elle va plus loin. Le seul lien que je vois avec les prostituées c'est socialement parlant car l'actrice porno est autant sinon plus rejetée que la prostituée. L'actrice porno a plus de droits que la prostituée on est intermittentes du spectacle.

S - C'est une industrie le porno.

O - Mais il n'y a pas énormément d'argent contrairement à ce qu'on croit.

S - Les producteurs alors ils ont des passions, de quelle ordre ?

O - J'en connais un qui avait une grosse entreprise qui a tout vendu pour se reconvertir sur le porno. A chaque fois qu'il s'est remboursé il investit dans un autre film. C'est dur d'arrêter le porno, c'est une passion, un mode de vie. Il faut faire la différence entre cinéma porno et matériel pornographique.

S - Il n'y a pas de droits dérivés comme on fait chez Walt Disney ?

O - Non ce n'est pas la même industrie. Ca n'a rien à voir avec les sex shops ou les peep shows. Il y a quelques actrices qui ont leur site officiel où elles font la webcam.

S - Donc les sites pornos ouverts c'est quoi ?

O - Je peux y retrouver des phootos de moi. C'est des espèces de rachats de droits de photos. On n'a pas totalement le contrôle de son image. Mais ça n'a rien à voir avec nous. Les cassettes que je vois dans les sex-shop à 90 % je ne connais pas. Pourtant je connais tout le milieu professionnel en France.

S - C'est quoi alors ?

O - Il y a un cinéma dit amateur qui consiste à vendre du sexe avec le moins d'investissement possible. Si Marc Dorcel, mon producteur, va s'endetter pendant 5 ans pour faire un film avec 700 000 F, certains vont n'investir que 10 000 F et en tirer un maximum en vendant les cassettes à plein de sex shops. Je ne connais pas du tout ce milieu, il est totalement à part.

S - Pareil pour Breillat ?

O - Je suis à l'opposé de Catherine Breillat. Je ne trouve pas que ce soit féministe d'être pour la répression, la censure, la frustration. Ca ne s'inclut pas dans un mouvement de libération par rapport à l'image de la femme et de l'homme qu'elle véhicule on reste dans les mêmes stéréotypes. Par rapport à la sexualité elle montre une femme partagée ne sachant pas s'il s'agit d'amour ou de sexe. Je ne sais pas si c'est parce que je suis plus jeune qu'elle mais j'ai l'impression d'avoir dépassé cela. On m'a dit c'est la vieille école, elle a 45 ans. C'est l'âge de ma mère et d'Annie Sprinkle et pourtant elles n'en sont pas du tout là. Je ne trouve pas qu'il y ait libération de la femme chez Breillat.

S - Et pour Virginie Despentes

O - Les journalistes ont pris un gros sac et ont tout mis dedans : tiens il y a un mouvement de femmes qui parlent de sexe. Mais ce n'est pas la même chose. Despentes va plus loin, elle est amatrice de porno. Elle est beaucoup plus libérée par rapport à sa sexualité que Breillat et elle est féministe.

S - L'écriture, la littérature qui aborde la sexualité qu'est-ce que vous donneriez comme références approchantes ?

O - En littérature je n'ai pas encore trouvé chaussure à mon pied. J'ai vu des choses plus intéressantes au niveau de l'image, des films, des performances. Comme Annie Sprinkle, la réalisatrice Candida Royale, Véronica Véra.

S - On reste toujours dans le même circuit !

O - Il y a des choses qui m'ont intéressée pendant quelques temps comme les photographies de Cindy Sherman mais j'ai moins d'intérêt maintenant. Il y a souvent des vieux relents de culpabilité, du genre mais ce qui me fait jouir c'est d'être soumise parce que je sais que c'est pas bien. C'est aussi important dans le féminisme pro-sexe de se réapproprier toutes les insultes en montrant.

S - Le problème de la vieillesse comment il se traite ? Comment le corps vieillissant ça peut fonctionner dans l'image et dans le regard des autres ?

O - Il y a quelques personnes agées qui jouent dans le porno, mais pour ceux de cette génération ça n'appartient pas forcément à leur culture.

S - Est-ce que ça se maintiendra ?

O - Il y en a quand même mais pas beaucoup. On trouve pas mal d'actrices de 45 ans mais après c'est pas facile. De plus il est rare que les actrices aient fait une carrière de 20 ans à 60 ans. On en trouve depuis les années 80. Aux Etats unis rester 10 ans c'est classique, en Europe c'est moins fréquent.
Les gens ne passent pas d'un genre à l'autre

S - C'est pas parce qu'il commence à y avoir un rapport sexuel

O - Dans la plupart des films pornos américains ce sont les femmes qui sont très puissantes dans les sexes. Ce qui fait dégager la soumission, le charisme ou la domination ce n'est pas la position en elle même ou l'acte sexuel c'est ce qu'on dégage. C'est ce qui fait la différence le désir de pouvoir mais Pas mal de nanas ont oublié le statut d'actrices, je pense à des filles de l'Est qui sont très bien payées, elles ont oublié qu'il faut dégager quelque chose dans un film. Ce qui fait qu'une nana qui fait le tas de viande dans une scène ça dégage une image de soumission ce n'est pas de la faute de la réalisatrice ou du réalisateur. Alors que les américaines n'oublient pas qu'elles sont actrices, peut-être parce qu'il y a encore des cinémas là-bas. Elles arrivent, elles sont les stars, des vrais pros. Elles ne font pas pitié deux secondes, elles n'ont pas l'air soumises deux secondes. Elles sont tellement charismatiques qu'émotionnellement elles ont le dessus et pendant la scène ça se voit. En Europe l'invasion des filles de l'Est qui font les tas de viande donne l'impression que les filles sont soumises. C'est une erreur d'embauche. Certains réalisateurs n'en veulent pas, moi par exemple. Ceux qui les prennent les choisissent parce qu'elles sont jolies et s'en foutent de ce qu'elles donnent en scène.

S - Vous préférez être réalisatrice ?

O - C'est différent. Je réalise environ 1 film par mois et je joue dans 10 films environ sur un an.

S - Vos études de philo

O - J'ai un livre qui va sortir sur le féminisme pro sexe un essai politique et aussi une introduction au travaux principalement des américaines. Quant à mes études officiellement j'ai arrété.

S - Tentation de jouer ailleurs que dans le porno

O - Le porno ne sert pas de tremplin. Quand on entre dans ce mêtier il faut avoir conscience que c'est ce qu'il y a de plus bas pour les gens, de plus méprisable socialement, même si on vit bien et même si on est admis dans certaines sphères du show business. Donc à part exception très peu de réalisateurs seraient prêts à prendre une ou un acteur porno car on est déjà étiquettés. De plus on se dit à tort que ce sont des gens qui ne sont pas capables de faire autre chose.

S - C'est quand même assez paradoxal car vous êtes aussi des objets de désir, de fantasmes, vous avez une valeur symbolique sociale.

O - C'est une histoire d'inhibitions. Je pense que c'est lié aux problèmes sexuels des hommes si les gens nous méprisent autant idée courante on est bêtes, et les actrices soumises et cruches. D'une part corporellement on est capables de faire des choses dont la plupart des gens ne sont pas capables, les gens sont tellement complexés corporellement qu'ils ne sont pas capables de se dévoiler à ce point-là, jusqu'à ce qu'on voit la forme de l'intérfieur de leur propre sexe la taille de leur bistouquette et qu'on voit leurs moindres poils et toute la partie de leur corps. Je crois qu'il y a une jalousie de la part des gens de voir de quoi on est capables de passer ces complexes là. C'est pareil pour la cellulite, combien de nanas seraient capables d'être dans un film où on voit leurs fesses vibrer et voir des filles qui n'ont pas forcément des corps parfaits et qui s'en foutent. La plupart des hommes éjaculent au bout de 5-10 mn et n'ont pas non plus des sexes énormes c'est complexant de voir certains qui sont libres corporellement, socialement, maîtriser complètement son appareil génitale et en plus être intelligent. Donc il est forcément con et pas capable de faire autre chose. Il y a une jalousie comme cela qui nous rabaisse parce qu'on touche trop aux complexes et à l'intime des gens, on les renvoit trop à leurs propres problèmes.

- Ginette Lemaitre : je pense à Brigitte Lahaye, une ancienne actrice du porno que j'écoute sur RMC c'est très intéressant. Elle sait donner en terme verbal des émotions qui font que les gens se trouvent bien. En fait il y a deux choses. D'un côté le désir, le fantasme n'est pas du tout présent mais il y a des qualités corporelles. Et d'un autre côté on a un corps un peu handicapé qui essaye par l'imaginaire de combler des choses. On est là à deux opposés, vous avez décrit un corps qui a une force émotionnelle forte, mais uniquement pour sa chair.

O - Si on prend chair au sens large

S - Et d'un autre côté ce sont des fantasmes qui vont créer de l'émotion, comme chez Breillat.

O - Mais le tout peut être réconcilié par le scénario, la mise en scène. Le réalisateur doit mettre en scène des fantasmes qui touchent les gens. Ca m'arrive d'arriver sur des tournages où le scénario fait trois pages, et d'autres où il fait 60. Encore une fois les Américains font des vrais scénarios. Mais même en Europe il y a encore des réalisateurs consciencieux, ambitieux. C'est à eux de mettre en scène les fantasmes. C'est pour cela que j'aime les deux métiers. L'actrice fait un travail sur le corps, la réalisatrice fait un travail global, dirige un autre corps aussi.

S - On peut se demander si le travail du corps tels que vous en parlez à un moment donné ce n'est pas épuisant. Car l'humain ne se nourrit pas de désir et de fantasme il s'épuise mentalement. C'est pour cela que je posais la question des corps qui ne sont plus tout jeunes, le peu de travail que j'ai fait sur la sexualité montre qu'avec l'âge les imaginaires, les fantasmes se nourrissent beaucoup. Parce que les mémoires du corps jouent mais sont moins effervescentes moins vibrantes. En vous écoutant on avait l'impression qu'il y avait beaucoup de qualités liées à la jeunesse, la forme.

O - Non je pense même si j'étais productrice que je ferais apparaître dans les films des gens handicapés. Les gens qui sont handicapés ont une absence de sexualité soit que les gens autour d'eux la leur refusent soit qu'eux mêmes la refoulent. J'ai eu des idées de scénario pour montrer des corps pas en pleine forme, et je pense que je le ferai, il faut juste que je m'impose comme réalisatrice et qu'on me fasse plus confiance avec les années. La " main d'œuvre " en général sont des gens libérés de leurs complexes et la plupart du temps entre 18 et 40 ans et en pleine forme. C'est vrai que si on se sent diminué physiquement c'est difficile de se montrer nus dans des films. Ca n'arrive pas tous les jours qu'un nain se porte volontaire, il y en a une aux Etats-unis et on la voit beaucoup. Mais par rapport au fantasme et à l'obscène dont on a déjà parlé je pense que rien que simplement avec le corps on peut amener le fantasme très loin même si corporellement on fait pas grand chose. Il y a des scènes un peu " papa maman " qui au niveau des émotions qu'elles vont nous provoquer sont beaucoup plus intenses que d'autres où seront réalisés concrètement les fantasmes qu'on ne peut pas faire en général. Donc c'est au corps de nous amener loin. Un peu comme un ballet, un ballet on a trois arbres en plastique et quelques effets de lumière, les pas de danse se répètent assez souvent dans la danse classique, ça ne nous provoque jamais les mêmes émotions.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://valora.highforum.net
valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: Re: Interview Ovidie   Mer 4 Aoû - 19:08



S - J'avais vu un groupe anglais d'homosexuels ça se passait dans les bas-fonds et les corps de ces hommes étaient magnifiques. C'est difficile car quand on dit érotisme c'est souvent opposé à porno.

O - Aujourd'hui les textes sont obscènes l'image est pornographique. Catherine Millet je la met dans des passages obscènes. L'intérêt de ce livre est surtout social, c'est presque le journal de tout un mouvement parisien. C'est intéresant d'un point de vue ethnologique, les habitudes sexuelles d'un milieu parisien intello.

- Ginette Lemaître : La suppression des salles pornographiques c'est dommage ça changerait tout si on voyait ces films avec un large public, des voisins, dans le noir. On est presque utilisateurs quand on les regarde en privé.

O - Malheureusement la loi X a établi des taxes totalement dissuasives de projections publiques. Effectivement c'est dommage car cette histoire de magnétoscope réduit le spectateur à un consommateur. C'est valable pour tout les films d'ailleurs. On est chez soi, on ne partage plus quelque chose avec les gens.

S - Et le sida ça modifie les choses ?

O - Personnellement j'ai toujours imposé le préservatif, pas de pratiques à risques pas d'éjaculations dans la bouche et test hiv de moins de trois semaines. Le gros problème n'est pas tant le sida que les maladies vénériennes : chlamydia, herpès. Mais les italiens par exemple ils n'aiment pas trop le préservatif .

Ginette Lemaître et Anne-Marie Morice


Ovidie. Ce beau pseudonyme
à la lointaine sonorité latine
ne peut pas laisser insensible
le lecteur de La Voix du Regard, celui-
là même qui a dû croiser sur son
écran de télévision, entre les plateaux
de Mireille Dumas et ceux de Thierry
Ardisson, cette jeune femme deve-
nue, à vingt-et-un ans et quelques
poussières, une icône du cinéma
porno. Car Ovidie est beaucoup plus
qu’une « star du X » ; plus qu’une
image ou un corps, elle incarne
aujourd’hui un discours féministe qui
assume de façon enfin décomplexée
une sexualité trop souvent montrée
sous les traits du drame ou de la
souffrance intime. Elle revendique
cette identité en publiant un livre au
printemps 2002, Porno Manifesto
(Flammarion). Du monde du cinéma
porno, sur lequel il est facile de jeter,
de l’extérieur, un regard de dédain
qui rassure, elle offre une image très
professionnelle, simple et saine, à
mille lieues des clichés fort répandus
parmi les analystes chics de l’obscène.
Un à un, Ovidie fait tomber les pré-
jugés, distinguant obscène et porno-
graphie, et offre ici un point de vue

autorisé car venant de l’intérieur ; il
s’en dégage une vision nourrie d’une
vraie expérience et d’une culture très
étendue du genre, où l’on voit que la
pornographie est un terr i t o i re à
conquérir pour qu’y germent les
avancées futures des mœurs et de la
société.
Nous avons rencontré Ovidie le 31 jan-
vier 2002, au Centre Beaubourg-
Georges Pompidou.
La Voix du Regard : Établissez-
vous une différence entre obscène
et pornographie ?
Ovidie : Les deux notions ne sont pas
du tout équivalentes : une œuvre
pornographique peut ne pas être
obscène et quelque chose peut être
obscène sans être pornographique.
Donc, pour moi, dès le départ, il y a
une grosse différence. Ça fait partie
d’ailleurs des critiques que je formule
vis-à-vis de la pornographie euro-
péenne de la deuxième partie des
années 90. Je trouve qu’elle a perdu
de son obscénité ; mon travail consiste
justement à le lui rendre. Les termes
« pornographie » ou « obscène »

n’ont jamais de consonance négative
dans ce que je dis. Je ne juge jamais une
personne en l’accusant d’avoir tenu des
propos obscènes sous prétexte que ça
pourrait dépasser mes limites morales,
mon éthique etc. Ce n’est jamais
dans un sens éthique que j’emploie le
mot « pornographie » ou le mot
« obscène ».
Alors qu’est-ce que c’est que la porn o-
graphie ? Pour moi, c’est très simple
et très limité : c’est la représentation
réaliste, en cinéma ou vidéo, d’actes
sexuels non simulés : le sexe cru, en
somme. Aujourd’hui je ne dirais plus
des textes ou de la peinture qu’ils
sont pornographiques. Ce que je
qualifie de pornographique se limite
au genre cinématographique de la
pornographie, éventuellement aux
photographies ou aux performances
artistiques. Pour moi, la pornogra-
phie, c’est là où il y a du vrai corps,
parce que quand on est dans le texte,
il n’y a pas de vrai corps. Même si,
dans le film, il y a la barrière de
l’écran, on est quand même dans la
représentation du corps, parce qu’il y
a eu existence du vrai corps pour que
cette œuvre existe. Dans un texte, ce

n’est pas pareil, et dans la peinture,
même s’il y a eu un modèle, il se crée
un écart beaucoup plus grand.
LVR : Serge Tisseron nous a dit 1
que ce qui fait qu’il y a porn o-
graphie, c’est l’absence de méta-
phore. Est–ce que ça recouvre ce
que vous dites : dans un texte, le
rapport au corps serait métapho-
risé alors qu’il ne le serait pas en
vidéo, par exemple ?
O. : On peut dire ça comme ça même
si on peut faire beaucoup de méta-
phores avec le corps lui-même, direc-
tement, même à l’image, pour
essayer de représenter autre chose. À
l’aide du corps sexué et de la repré-
sentation des actes sexuels, on peut
e n c o re être dans la métaphore
d’autre chose, c’est sans fin. Donc, je
n’adopterais peut-être pas cette
définition-là.
Cette pornographie où il y a corps et
où il y a sexe peut ne pas être obscène.
Prenons pour exemple un film euro-
péen banal qui passe sur Canal +,
comme il y en a beaucoup : on se
rend compte qu’il y a acte sexuel, par

exemple, entre une star hongroise et
un acteur. Alors d’accord, il y a l’acte
sexuel mais il n’y a rien parce qu’il n’y
a que l’acte sexuel, il n’y a aucune
dimension sexuelle, il n’y a plus
d’émotion sexuelle. Quand on regarde
la chose, on ne voit que l’acte lui-
même. Cette pornographie-là a pas
mal perdu de son obscénité, d’une
part parce que beaucoup de gens ne
prennent pas la peine de bien la
mettre en scène, d’autre part parce
que beaucoup d’acteurs et d’actrices
ont un peu fait disparaître leur statut
en perdant de vue qu’ils étaient là
pour faire autre chose que les seules
prestations sexuelles, pour faire croire
des choses à une caméra ; alors on a
essayé de faire des pratiques plus
hard, voilà ce qui s’est passé. En
Europe, par exemple, il y a de l’anal
dans toutes les scènes maintenant et
quand il n’y a pas d’anal, on dit qu’il
n’y a rien, il ne se passe rien, on s’em-
merde. Parce que, dans la plupart des
films, c’est vrai, on s’emmerde réelle-
ment. C’est donc ce genre de films
qui apporte la preuve qu’il peut y
avoir pornographie sans obscène.
Alors qu’il peut y avoir de l’obscène

dans un texte tout court, même non
pornographique, qui peut tellement
nous toucher émotionnellement qu’on
va le trouver obscène. En fait, il y a obs-
cène à partir du moment où, émo-
tionnellement, ça nous bouleverse.
LVR : Donc, pour vous, l’obscène
est une terminologie qui n’est pas
du tout péjorative, tout au
contraire ? Les films pornos que
vous défendriez seraient ceux qui
r é i n t é g reraient cette dimension
obscène ?
O. : Exactement. Et il y a toujours une
dimension obscène dans pas mal de
films faits aux États-Unis et dans cer-
tains films faits en Europe. Tout n’a
pas disparu en Europe, non plus,
mais c’est vrai que cette dimension
obscène, qui était très présente dès
les débuts de la pornographie, s’est
maintenue outre-Atlantique et se
perd beaucoup ici.
LVR : Mais alors, très concrète-
ment, que faudrait-il faire sur
une scène pornographique pour
la rendre obscène ? Est-ce qu’il

faut passer par une mise en
scène particulière, par exemple ?
O. : C’est un tout. Il faut essayer,
déjà, d’expliquer la scène aux
acteurs, ce que trop peu de gens
font. Sur les quarante films que j’ai
tournés, il doit y en avoir cinq ou six
dans lesquels j’ai été réellement diri-
gée. Pour tous les autres, on fonc-
tionne sur le système de l’enchaîne-
ment, première, deuxième position
etc. Moi et, bien sûr, certaines autres
actrices, sommes un peu conscien-
cieuses ; j’essaie de faire passer deux
ou trois choses, de ne pas me conten-
ter d’exécuter mais de faire croire
qu’une émotion passe avec l’acteur.
En fonction du scénario, si je suis cen-
sée être sa maîtresse, sa petite copine
régulière, une nana ramassée dans la
rue ou une pute, ce ne sont pas les
mêmes comportements ; donc, j’essaie
de trouver le bon comportement. La
règle de base, c’est déjà d’expliquer
aux acteurs qui ils sont. Voilà, t’es
une pute, donc ta scène, tu la fais
froidement, comme une pute la fait.
Ou alors, t’es amoureuse et tu essaies
d’avoir des attitudes qu’aurait une
femme amoureuse. Ou alors, tu es là
juste pour te faire troncher vite fait
bien fait et après c’est fini. Ce qui se
passe c’est que, souvent, on nous dirige
pendant la scène de comédie et, une
fois sur le plateau, on nous envoie un
« Première pose vaginale ! ». Il y a
quelque chose qui manque. Si dans
un film on voit qu’il se passe des
choses très intenses entre deux
acteurs, que ça arrive à provoquer
quelque chose en nous, c’est qu’ils
ont bien fait leur boulot et qu’ils ont
atteint l’obscénité que la pornogra-
phie devrait avoir. La pornographie
sans obscène, c’est triste.
LVR : Réintro d u i re de l’obscène
dans la pornographie c’est, pour
vous, une bataille à mener ?
O. : Complètement.
LVR : Est-ce que ce que vous nous
racontez là n’est pas ce qui se
passe dans Le Pornographe, au
moment où Jean-Pierre Léaud

(Jacques Laurent) s’asseoit à côté
de vous (Jenny), et vous explique
très calmement la scène à venir et
ce que vous allez faire, tandis qu’au
moment où elle se tourne, le pro-
ducteur arrive et demande à ce que
les poses s’enchaînent rapidement
tout en rapprochant le plan ?
O. : Disons que là, c’est un peu dra-
matique et caricaturé. Ce n’est pas
non plus tout à fait ça, mais il y a un
peu de ça quand même. Au final,
cette scène du Pornographe est très
froide et pas du tout obscène. Mais
ce qu’il faut savoir aussi, c’est que,
dans ce métier, à force d’avoir tout le
temps le nez dessus, on ne voit plus
rien. Donc, je crois qu’il y a beaucoup
de réalisateurs et beaucoup de pro-
ducteurs qui ont complètement
perdu la dimension sexuelle du pro-
duit qu’ils font. C’est dans ce sens-là
qu’ils ne se contentent que d’exécuter
des actes. Ils se disent que dans leur
film il y a quelque chose de concret
parce qu’il y a telle et telle position. Il
y a pas mal de producteurs qui pen-
sent savoir ce qui se vend. Et c’est vrai
que certains produits se vendent
bien, mais je ne suis pas certaine
qu’ils sachent vraiment ce que les
gens attendent. Je ne me risquerais
pas à la production non plus mais, je
crois qu’il y a beaucoup de gens
qu’on pourrait toucher potentielle-
ment si on faisait des films plus forts.
LVR : La tendance du porno qui
marche, aujourd’hui, c’est quoi ?
Qu’est-ce qui se vend bien ?
O. : Ce qui se vend bien, c’est le
porno papa-maman, c’est-à-dire le
porno où, en fin de compte, il n’y a
aucune sexualité extraord i n a i re .
Souvent, on me demande comment
j’explique le fait qu’il y a de plus en
plus de pratiques extrêmes… moi, je
ne les vois pas. S’il y a des pratiques
extrêmes dans le porno, c’est que ça
se fait avec des gens que je ne
connais pas ! Parfois, je dois dire aux
réalisateurs de me faire faire autre
chose ; à force de faire tout le temps
la même chose, ça va devenir
ennuyeux. Le problème du porno

aujourd’hui, et particulièrement de ce
porno qui se vend majoritairement et
qui donc se produit majoritairement,
c’est qu’on y voit une sexualité assez
normée. Ça commence par quelque
chose de buccal, soit fellation soit
cunnilingus (ou les deux), deux ou
t rois pénétrations vaginales, éven-
tuellement une position anale, éjacu-
lation et voilà, ça se termine comme
ça, il n’y a rien d’extraordinaire, rien
d’intense ne se passe entre les
acteurs, c’est tout le temps la même
chose. C’est ça la pornographie,
aujourd’hui, en Europe.
Alors il y a des gens qui ont pris
conscience de ça dans le porno. Je ne
pense pas que les gens soient com-
plètement aveugles dans ce métier. Il
y a des tas de films américains qui
sortent tous les mois, des gros films
qui reçoivent des a w a rd s partout
dans le monde, les Européens se ren-
dent bien compte que, au niveau du
contenu des scènes de sexe, ils sont
très loin du compte. Certains se
disent qu’ils vont essayer de diriger
leurs acteurs afin de leur faire com-
prendre que, pour les mecs, avoir la
jambe levée d’un côté, la main
ailleurs, ça ne fait pas très naturel et
pour les filles, faire tout le temps les
mêmes gémissements sans aucune
variation et sans crispation du visage,
c’est bidon. On revient un peu vers
du vieux porno.
LVR : À quoi sont dues, à votre avis,
les différences que vous évoquiez
e n t re porno américain et porno
européen ? Nous sommes pourtant
dans la même culture occidentale,
et malgré un certain immobilisme
européen, il y a tout de même le
facteur conservateur des USA ?
O. : Il y plusieurs facteurs. Déjà la ques-
tion de la soumission : le fait qu’une
femme soit soumise est beaucoup plus
intégré dans les mentalités euro-
péennes que dans les mentalités cali-
f o rniennes ou new-yorkaises. De plus,
la Californienne et la New-yorkaise
sont beaucoup plus habituées à
entendre les idées qui tournent autour
du féminisme pro-sexe. Toutes les
deux ont au moins un vibromasseur

chez elles, c’est tout bête mais c’est
vrai. Ici, c’est rare qu’une copine me
dise, « tiens je me suis acheté un
nouveau vibro » ou « tiens je n’ai plus
de piles pour mon vibro ». Les filles
sont mieux préparées à faire des
scènes où elles ont plus de présence,
plus de charisme, parce qu’elles se
sentent fortes, tout simplement. Aux
USA il y a de très grandes stars qui
ont environ trente ans, alors qu’en
Europe, il y a des tas de nanas, notam-
ment les filles de l’Est qui débarquent et
qui ont vingt ans : ce n’est pas le même
genre de mentalités. La Californienne
complètement barjot qui va arriver
avec « Slut » imprimé sur son T-shirt
et qui va dire « moi je vais vous faire
une scène qui déchire » n’est pas du
tout dans la même mentalité que la
Hongroise qui arrive en disant « alors,
pour la fellation c’est tant, deux
pénétrations vaginales c’est tant mais
s’il y en a une troisième, vous me
rajoutez je ne sais combien de
Deutsch Marks ».
Ce qui a pas mal contribué à la perte
de qualité du porno européen, ça a
été l’arrivée massive des filles de l’Est.
Cela aurait pu être pas mal, dans le
sens où ce sont des filles heureuses,
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://valora.highforum.net
valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: Re: Interview Ovidie   Mer 4 Aoû - 19:11

très dorlotées, starisées, qui gagnent
beaucoup plus d’argent que n’importe
quelle Française ou Italienne, et qui,
une fois qu’elles ont fait deux ans de
carrière, peuvent s’acheter une mai-
son, elles ont un mari plein de fric et
voilà. Ce sont des filles très jolies, on
aurait pu faire des choses intéres-
santes. Le problème, c’est que ce ne
sont pas une dizaine de femmes
comme Laura Angel, par exemple,
qui sont arrivées comme ça, on est
allé les chercher en masse là-bas. Vu
qu’elles étaient jolies, vu qu’elles
avaient moyen de se faire 1000 $ en
deux heures, elles ont toutes dit oui.
Le problème c’est que la plupart des
filles de l’Est ne font pas ce métier
parce qu’elles ont regardé beaucoup
de films pornos, qu’elles se sont fait
une culture porno et qu’elles ont des
convictions. Elles se disent simple-
ment qu’il y a de l’argent à gagner.
LV R : Vous apparaissez, vous,
comme quelqu’un qui a des

convictions et, du coup, vous vous
situez à l’opposé de ce que vous
venez de décrire. Pourriez-vous
nous expliquer ce qu’est le « fémi-
nisme pro-sexe » ?
O. : Le féminisme pro-sexe n’est pas
très connu en Europe, et, en fait, c’est
quelque chose qui n’a pas vraiment de
nom. Moi j’appelle ça « féminisme
pro-sexe » parce que, d’une part, il
faut bien que je me distingue des
autres féministes, enfin, des femmes
qu’on dit « féministes » en France et
en Europe, parce qu’il y a la dimen-
sion sexuelle en plus. Le féminisme
pro-sexe soutient la pornographie en
général, essaie d’encourager les gens
à s’épanouir sexuellement, est contre
toute forme de censure, surtout la
censure prononcée à l’endroit des
femmes. Le féminisme pro - s e x e
défend les métiers du sexe. Il y a
beaucoup de travailleuses du sexe qui
sont féministes et qui expliquent
qu’on fait ce métier par choix et non
par contrainte, que parfois il vaut mieux
être pute que prof de maths dans un
collège en banlieue, c’est quand-même
plus rigolo, on travaille beaucoup
moins et ça peut nous permettre de
nous épanouir corporellement. C’est
pour cela que la particule « p ro -
sexe » a été rajoutée mais en fait, le
féminisme pro-sexe ce n’est jamais
que ce que j’appellerais le féminisme
premier, ou vrai féminisme. C’est le
féminisme qui opère un retour aux
p remiers principes du féminisme,
avec notamment la réappropriation
du corps.
LVR : C’est le féminisme des années
70, le féminisme anti-« chiennes de
garde », d’une certaine manière ?
O. : Anti-« chiennes de gard e » ?
Anti-rien du tout, surtout ! La diffé-
rence entre les féministes néo-MLF et
le féminisme pro-sexe c’est que les
premières réclament une égalité de
salaire, l’ascension sociale accessible
aux femmes etc. alors que le féminis-
me premier est dans l’optique d’un
mouvement de libération ; et à partir
du moment où il y a mouvement de
libération, il y a forcément critique

sociale dans son ensemble, il y a refus
de toute forme de censure. Le fémi-
nisme premier rejette toutes les
revendications des féministes des
années 70 parce que ces revendica-
tions-là n’ont jamais été qu’une
nécessité économique. Ça n’a pas été
une révolution, c’est juste qu’à un
moment donné de l’histoire, d’un
point de vue économique, il était
intéressant que les femmes se disent
prétendument féministes, qu’elles
sortent de leur cuisine, qu’elles aillent
travailler, qu’elles deviennent des
consommatrices, qu’elle prennent la
pilule et tout ça. On dit que la pilule
c’est la liberté sexuelle, mais ça n’a
jamais été qu’un élément indispen-
sable au féminisme de cette époque-
là ; et du point de vue économique,
c’était important qu’une femme
prenne la pilule. Une femme ne
pouvait pas avoir cinq enfants, aller
travailler et être consommatrice de
loisirs en même temps.
Les féministes pro-sexe reprennent
donc le féminisme premier en disant,
en gros, « Nous sommes féministes
mais nous ne voulons pas faire les
mêmes conneries que les hommes ».
Donc, l’ascension sociale on en a rien
à foutre ; aller voter, ça dépend des
personnes, mais souvent on s’en fout
aussi. Au regard de tout ce qui avait
été réclamé dans le but d’obtenir les
mêmes choses que les hommes, les
féministes pro-sexe re p rennent les
choses un petit peu en arrière et se
disent que ce n’est pas forcément la
solution. Ne plus avoir l’homme
comme maître, ok, mais si c’est pour
être soumises à la même chose que
les hommes, on ne fait rien d’autre
que de changer de maître. Et les
féministes, aujourd’hui, n’ont fait
que changer de maître.
LVR : Pour rebondir sur ce que vous
dites au sujet du vote, on s’aperçoit
pourtant, en se promenant sur les
sites du « féminisme pro-sexe »
américains (on pense aux sites
de Dorrie Lane ou encore de
Betty Dodson) qu’il y a une
dimension politique assez forte.
Sur certains sites, il n’est pas rare
de trouver, parmi des images et

les accessoires pornographiques,
de longs comptes-rendus sur des
sujets comme les mutilations
génitales féminines, les lois anti-
sodomie ou anti-fellation qui
existent dans certains États, on a
tout de même la sensation d’un
fort engagement.
O. : Oui, bien sûr, mais ce n’est pas
parce qu’il y a absence de vote qu’il
n’y a pas engagement politique.
Quand je pense à l’absence de vote,
je pense à une nana comme Wendy
Mac Elroy qui a été une théoricienne
du féminisme pro-sexe (elle a écrit
XXX ou Unionstrike Pornography), et
à côté de ça, elle a fait des livres sur
l’anarchisme du XIXe siècle. Donc, il est
évident qu’il y a une énorme dimension
politique puisqu’il y a critique sociale.
LVR : Vous pensez que ces choses-là
arrivent en Europe petit à petit ?
O. : Oui, j’ai l’impression que les
choses évoluent et je pense ne pas y
avoir été totalement pour rien. Ça
fait trois ans que je suis dans mon
métier et deux ans et demi que je suis
médiatisée. Je pense avoir réussi à
introduire l’idée de féminisme pro-
sexe ce qui, à l’époque, était très mal
perçu. Quand j’ai commencé à écrire
mes premiers articles à ce sujet, les
gens disaient que je racontais n’im-
porte quoi et qu’ils ne comprenaient
pas ce que je disais. Aujourd’hui, ça
commence à rentrer dans les menta-
lités. L’autre jour, un journaliste m’a
appelée parce qu’il voulait faire un
dossier de dix pages dans son canard
sur le féminisme pro-sexe. Je vois
aussi que les attitudes des militantes
féministes dans les milieux libertaires
ont pas mal changé ; pour certaines,
pas pour toutes… ce n’est pas encore
gagné. Je m’aperçois qu’il y a beau-
coup de militantes et de militants
féministes qui m’écrivent aujourd’hui
et qui me soutiennent. Avant, lorsque
je n’étais pas connue, que je re n-
contrais ces gens-là et que je leur
disais qu’ils étaient complètement à
l’ouest par rapport à la question de

la pornographie et par rapport au
travail du sexe, ils m’insultaient.
Aujourd’hui, ils m’écrivent en me don-
nant raison parce que j’arrive à verbali-
ser des choses que eux n’osaient pas
verbaliser, tout simplement parce que
jusqu’à présent on leur avait dit que
c’était mal. Donc, il peut y avoir une
évolution. Mais si le féminisme pro-
sexe devient un produit médiatique
complètement récupéré, à terme,
c’est à double tranchant.
LVR : Mais, dans le milieu du
p o rno, est-ce que vous vous sentez
seule, notamment par rapport à
d’autres actrices ? Avez-vous fait
des émules ?
O. : J’ai des copines dans ce métier.
Elles ne diront pas d’elles-mêmes
qu’elles sont féministes pro - s e x e
engagées, mais, au final, quand on
les écoute parler de leurs choix et de
leur vie en général, on se dit qu’elles
sont complètement féministes. Elles
ne se considèrent pas du tout comme
soumises (je parle des Françaises que
je connais mieux). Ce sont des filles
combatives qui morflent au quotidien
avec toute la pression sociale qu’elles
subissent. Quand elles sortent dans la
rue, elles se font traiter de putes. À
force, ça forge sacrément le caractère.
Même si, à la base, on est pas politi-
quement investi, on commence à se
poser des questions : « Pourquoi les
gens ont autant de haine envers moi
alors qu’ils ne me connaissent pas,
qu’ils ne savent pas ce qu’est ma pro-
fession et, en plus, qu’ils ne regardent
même pas de films pornos ? ». Il y a
pas mal de filles qui ont fait ce métier
p a rce qu’elles trouvent ridicule de tra-
vailler huit heures par jour, que c’est
une façon de perdre sa vie. Pour les
acteurs, c’est pareil. Quand on
demande à un acteur pourquoi il fait
ce métier, il répond qu’il n’aime pas
travailler, qu’il n’aime pas avoir un
patron, se lever tous les matins etc.
En revanche il a un travail qui l’amuse,
qui lui laisse plein de temps libre pour
avoir d’autres activités, des passions,
etc. J’en connais qui font du porno

parce qu’ils ont envie de voir grandir
leurs enfants et pas de rentrer tous
les soirs à neuf heures après être allés
les chercher chez la nourrice. Donc, il
y a des tas de femmes qui ne sont pas
éloignées de moi dans ce métier.
Après, elles n’ont peut-être pas le
discours qui va avec. En dehors des
filles qui ont été jalouses de la média-
tisation que j’ai eue, les filles n’ont en
général rien contre mon discours.
LVR : Dans cette médiatisation
dont vous parlez, il y a une scène
marquante qui est votre alterca-
tion avec Catherine Breillat sur un
plateau de télé 2. Considérez-vous
que vous êtes en totale opposi-
tion avec ce qu’elle dit ? Y a-t-il eu
une suite à cette affaire ?
O. : Oui, récemment, elle m’a reba-
lancé une saloperie par journaliste
interposé, ça fonctionne beaucoup
comme ça 3.
LVR : Sans tomber dans l’anecdote
personnelle, qu’est-ce qui fait que
ce que vous dites est diamétrale-
ment opposé à son pro p re dis-
cours ?
O. : Je ne pense pas que ce soit l’âge
qui nous différencie, comme beau-
coup de gens le prétendent. Non,
Annie Sprinkle a le même âge que
Catherine Breillat, ma maman doit
avoir le même âge que Catherine
Breillat, pourtant, ce ne sont pas des
femmes qui sont dans son délire.
Non, déjà, ce que fait Catherine
Breillat, je n’appellerais pas ça du
féminisme ; si ce n’est pas libérateur,
ce n’est pas du féminisme. Pour moi,
c’est très clair. Il y a, dans son travail,
une dimension très répressive et très
puritaine, surtout vis-à-vis de la
sexualité. Par rapport aux hommes
et aux femmes, j’ai trouvé que
Romance X était bourré de stéréo-
types… tous les stéréotypes que je
combats : la femme est soit en blanc,
la vierge, soit en rouge, la putain ;
les hommes, soit ils ne bandent pas,
soit ce sont des machos, enfin, c’est

terrible ! La femme est perdue, elle
ne sait pas si c’est du sexe ou du sen-
timent, etc. Elle est vraiment dans la
séparation homme / femme classique
qui ne mène qu’à l’explosion que l’on
voit à la fin de son film : destruction,
souffrance etc.
LVR : Déjà dans Une vraie jeune
fille, l’un de ses premiers films, il
n’y a rien de jouissif dans la mesure
où le personnage souffre et vit
très mal son rapport à la sexualité.
O. : Et quand on voit Romance X, on
ne se dit pas « J’aime tout le monde,
le sexe est génial et c’est comme ça
que je vais m’épanouir » ! Il est clair
que la principale différence est là
aussi. Et puis, il y a évidemment une
différence de points de vue sur la
p o rnographie. Elle aime beaucoup
utiliser la pornographie parce que
c’est sulfureux, mais, en attendant,
elle critique énormément le cinéma
p o rnographique alors qu’elle ne
connaît pas grand chose en la
m a t i è re . Je crois que c’est vraiment à
ce niveau-là qu’il y a eu choc entre
elle et moi. Et si ce jour-là nous nous
sommes accrochées c’est parce qu’elle
disait que la dimension politique dans
une œuvre d’art était absolument
impossible ! Ah bon ? C’est certaine-
ment que je n’ai pas tout compris à
l’histoire de l’art, alors !
LVR : Incluait-elle le cinéma et
l’écriture ?
O. : Oui, oui, selon elle, à partir du
moment où il y a une dimension
politique, ce n’est plus de l’art.
LVR : Venons-en à la question des
codes du cinéma pornographique ;
on a l’impression qu’ils sont tou-
jours les mêmes…
O. : dans un certain type de porno-
graphie…
LVR : La pornographie dominante ?
O. : Non, ce n’est pas la pornogra-
phie dominante. Il ne faut surtout pas

faire l’erreur. C’est une grande partie
des films pornographiques euro-
péens mais à échelle mondiale, ce
n’est pas du tout la pornographie
dominante. Le gens le pensent car
c’est celle qui est la plus facile d’ac-
cès : on rentre chez soi, on se met sur
une chaîne Pay per view et on prend
le premier film qui vient. Ce sont sou-
vent les mêmes car ce sont les
mêmes distributeurs, les mêmes réa-
lisateurs, tout cela est calibré. C’est
donc la pornographie la plus facile
d’accès pour un Français qui a la
télévision, mais ce n’est pas la porno-
graphie dominante.
LVR : Dans votre cas, par exemple,
quelle est votre marge de liberté
en tant que réalisatrice ? Pouvez-
vous vraiment dire à un producteur,
M a rc Dorcel par exemple, que vous
voulez une chose plutôt qu’une
autre ? Est-ce que c’est vraiment
possible ?
O. : Oui, c’est tout à fait possible. C’est
ce que j’ai réussi à faire dans mon
deuxième film, c’est-à-dire faire des
scènes qui n’étaient pas calibrées. J’ai
voulu faire des scènes qui étaient
toutes différentes avec une ambiance
ou un fantasme différent : j’alterne
les scènes amusantes avec les scènes
plutôt glacées, d’autres où la fille ne
se sent pas très bien, d’autres plus
intenses, etc.
LVR : Donc les choses évoluent…
O. : Il faut dire aussi que les gens ne
font pas des choses calibrées totale-
ment par choix non plus. Les réalisa-
teurs, en général, préfèrent les
scènes intenses aux scènes plates.
Mais si l’actrice s’ennuie et qu’elle a
dû recommencer plusieurs fois la
scène, le plan ne sera pas forcément
réussi. Donc, Dorcel ne m’a pas dit de
faire des scènes plates. Aucun pro-
ducteur, par exemple, n’ira dire qu’il
veut que dans son film les femmes
soient soumises. Peut-être que les
gens imaginent ça, mais ça n’est
même pas imaginable ! Si, dans une
scène, on a l’impression que la fille

s’emmerde ou alors que l’acteur est
une caricature d’acteur, ce n’est la
volonté de personne. Par contre, on
peut reprocher au réalisateur de ne
pas faire son boulot dans ce cas-là.
Mais, encore une fois, ce n’est pas la
majorité des films. Là, on parle vrai-
ment du cinéma pornographique
hétérosexuel européen de la deuxiè-
me partie des années 90, c’est
quelque chose de très ciblé. Il y a des
genres pornographiques très variés et
différents. Il y a bien entendu des
constantes, c’est ce qui fait que le
cinéma pornographique est un genre
cinématographique, mais on fait en
sorte qu’il n’y ait pas tout le temps
des codes qui reviennent. C’est un
des rares cinémas où l’on peut avoir
une telle liberté, et ce que je reproche
aux réalisateurs c’est de ne pas
prendre cette liberté alors qu’ils le
peuvent.
LVR : Il semblerait, à l’aune de ce
que vous dites, que les théoriciens
de la pornographie aient une vision
assez étroite des choses. Patrick
Baudry affirme que les images du
sexe diffusent une sexualité de
type prostitutionnel, notamment
parce que « au baiser de prélimi-
naire « normal » se substitue la
fellation du partenaire comme
p remier contact corpore l »4. Or,
vous bousculez cette convention
en filmant le baiser avec une cer-
taine insistance, comme s’il fallait
réinscrire l’acte sexuel dans la
perspective de l’amour et du plai-
sir partagé. Pensez-vous que cela
suffise à tirer vos films en dehors
de la sphère de ce que Baudry
nomme « le prostitutionnel » ?
Baudry ne parlerait-il donc que
des films que vous critiquez et qui,
comme vous nous l’apprenez, ne
sont qu’une minorité dans la
sphère du porno ?
O. : Même dans ces films là, aux-
quels je participe en tant qu’actrice,
moi, par exemple, j’embrasse vrai-
ment, c’est tout bête. Il y a du corps
à corps, il y a certains acteurs avec
lesquels on prend plaisir à faire dans
le « vrai ».

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://valora.highforum.net
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Interview Ovidie   Aujourd'hui à 22:54

Revenir en haut Aller en bas
 
Interview Ovidie
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» interview d'une éditrice tunisienne
» Interview avec Boussairi
» INTERVIEW DE BRIGITTE DANS LE FIGARO MADAME
» Interview BBC
» [Interview] Noël Godin

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
wild style :: divers :: sujets divers-
Sauter vers: