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 interview coralie trihn thi

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valora
Admin


Nombre de messages : 1491
Date d'inscription : 15/06/2006

MessageSujet: interview coralie trihn thi   Mar 3 Aoû - 23:49

CORALIE TRINH THI

Propos de Coralie Trinh Thi recueillis par Mr Zède
Interview réalisée par mail le 03/12/2006

Si je vous dis Coralie, vous pensez à quoi ? A des films X bien planqués sous vos lits, hein ? Mai cette époque est belle et bien finie, maintenant, la délicieuse Coralie évolue dans le domaine du livre, du journalisme et du rock bien sûr. Il y a quelques temps, nous avions interviewé les Punish Yourself qui nous parlaient de la BD, "Inside Punish Yourself" scénarisé par la belle. Mais les bougres ont été beaucoup trop lointains sur ce sujet. Metal Sickness s'est donc mis en quête de retrouver la principale instigatrice de la BD afin qu'elle nous en dise un peu plus...et hop ! Alors, merci qui ?
Salut Coralie ! En 2004, il est sorti une BD sur l'univers déjanté des Punish Yourself dont tu es la principale instigatrice. Pourquoi as-tu choisi ce groupe plus qu'un autre ?

On n’avait rien prévu, en fait. J’ai écouté Punish par hasard, et j’ai écrit un papier sur leur album "Discoflesh". C’est une copine qui m’avait prêté le cd, personne ne m’avait rien demandé. J’ai appris bien plus tard, au hasard d’internet et des forums que je fréquentais, que Vx69 appréciait beaucoup mon œuvre pornographique, et qu’il avait été très très ravi. Ils m’ont invitée à un concert à paris, et là je suis vraiment tombée amoureuse. Un son d’apocalypse post punk, des filles en bikini peau de bête accrochées à des grilles, des vapeurs de poppers et une foule en transe, de la peinture fluo qui coule et s’écaille, enfin bref… Comment résister ?
J’aimais tellement leur son et leur univers que j’ai écrit un synopsis de clip pour "Suck My TV"… mais je ne leur en ai jamais parlé parce que je n’avais ni le temps ni le budget pour le faire. Pendant ce temps, Vx écrivait une chanson à ma gloire. (Alors que nous n’avions même pas couché ensemble ! Ni même parlé autrement que par Internet, d’ailleurs ! ).
C’est un éditeur underground qui m’a appelée pour me proposer de scénariser une bd sur eux. Je n’aurai jamais eu l’idée toute seule, mais comme j’avais déjà un scénario dans un tiroir, et qu’on dit que la bd est le cinéma du pauvre, j’ai dit oui tout de suite.

Lors d'une interview, VX69 nous disait que le groupe t'avait laissé travailler à ta guise et qu'il n'y a eu aucune intervention de leur part pour la ligne directrice de la BD. C'était un aspect qui te tenait forcément à cœur où ça s'est juste passé tout naturellement ?

Ca me semble naturel. Je n’aurai jamais songé à intervenir dans le délire de Vx69 pour "Holy Trinh Thi". C’est un respect instinctif, je ne me souviens pas que la question se soit jamais posée. Inspirer une œuvre libre dans l’univers d’un autre, c’est autrement plus flatteur et intéressant que de commander un genre produit promotionnel formaté à ton idée. Je ne pense pas que ça soit mon truc, ni le leur.

"Inside Punish Yourself" est donc un livre que tu as entièrement scénarisé dans lequel 5 auteurs participent. Peux-tu les présenter ? Ont-ils tout de suite accepté de travailler sur cette BD ?

Je tiens d’abord à souligner que je n’ai pas été uniquement scénariste. J’ai vraiment porté le projet, du coup je suis créditée aussi en directeur artistique, faute de meilleure définition de mon rôle (on a suggéré "emmerdeuse en chef", mais cela ne faisait pas très sérieux)
Les 5 dessinateurs, c’était une contrainte matérielle de temps et de budget (ou plutôt d’absence de budget : il aurait fallu payer décemment pour qu’un dessinateur puisse bosser a plein temps dessus).
J’ai transformé cette contrainte de manière créative. Quand on ne peut pas faire autrement, il faut y aller à fond. J’ai repensé au principe d’histoire à tiroirs (ayant lu l’intégrale des "milles et une nuit" très jeune) et j’ai choisi des dessinateurs avec des univers très forts et très différents. Je me suis servi des paroles des chansons de Punish comme point de départ de chaque histoire, et aussi d’anecdotes, soit personnelles, soit du groupe.
Isha a un style assez simple, dans le sens de pur, et incroyablement gracieux, c’était idéal en fil. Elle a eu beaucoup de mal à me faire confiance, peut être parce que c’était la moins expérimentée des cinq. C’est même la seule que j’ai eu du mal à convaincre. Mais j’aimais trop son trait pour la lâcher si facilement.
Aleksi est tout simplement un tueur, je ne sais même pas quoi dire… Il bossait pour "Spawn" à l’époque et tout le monde me conseillait de laisser tomber avec ma bd underground parce qu’il avait changé de niveau… Comme quoi... Il était déjà familier de Punish, comme Isha.
Pi-ro (ça s’écrit Pi grec mais je trouve pas le symbole pi sous word…) m’a été présenté par l’éditeur, et j’ai tout de suite accroché à son travail, entre bd rock et jeu de rôle, avec énormément d’humour.
Je connaissais le travail de Denis GRRR depuis très longtemps. Il ne voulait pas du tout faire de BD mais je lui ai juré de lui donner de grandes planches pour s’éclater. Je voulais du zombie démoniaque, et pour moi c’était le maître es sexe morbide.
Je connaissais vaguement Daniel Ballin en tant que membre de Tripod, par Sriracha, et son style heroic futuriste vaguement manga me semblait parfait pour compléter l’ensemble.
Ils aiment tous le groupe Punish, à divers degrés… si j’étais dessinateur, j’adorerai me nourrir de leur univers délirant. Ma foi et ma détermination ont sûrement joué aussi pour qu’ils risquent l’aventure, malgré les conditions extrêmes… et le salaire misérable.

Comment s'est passée la coordination entre tes scenarii et ces 5 auteurs ?

J’ai écrit les scénarii pour chacun, pour leur permettre de faire ce qu’ils aimaient et savaient faire, d’être les meilleurs possibles. J’ai étudié points faibles et points forts, et je leur ai demandé ce qui leur ferait plaisir. On n’est bon que quand on se fait plaisir. Ensuite, c’était à moi de me démerder pour l’intégrer dans mon univers mental et surtout celui de Punish. J’ai écrit un synopsis case par case, avec des instructions très détaillées, de la perspective à l’expression du sujet, pour assurer la cohésion du tout. J’ai sans doute été très directive, (certaines mauvaises langues disent que j’ai un ego un peu envahissant) mais j’avais fait un vrai travail en amont pour les diriger là ou ils aimaient aller.

Le groupe s'est inspiré de ta carrière dans le X pour composer quelques morceaux. Cette BD est en quelque sorte un clin d'œil au groupe ?

Un seul morceau, "Holy Trinh Thi", dont je parle plus haut. C’est plus un hommage, je pense. Comme cette bd est un hommage à leur musique. Mais les deux choses se sont faites en simultané et sans lien entre elles.

L'adage "Sex, Drugs et Rock n' Roll" semble être le credo de PY. Tu penses qu'il puisse toujours être d'actualité aujourd'hui ?

Parfaitement. Hier, aujourd’hui et demain.

Ta carrière est énormément liée au monde de la musique avec notamment cette BD, le livre "Betty Monde", ta collaboration avec Rock n' Folk, tu as été proche du monde goth aussi. La musique est une véritable part de ta vie ?

Je ne peux même pas concevoir la vie sans musique. Elle m’a toujours accompagnée. C’est pour cela qu’il finit toujours par y en avoir dans mon travail. Je ne peux pas faire autrement.

Quels sont tes groupes du moment ? Ceux qui ont "marqué" ta vie ? J'ai pu lire que BBA avait été une p'tite étincelle pour "Betty Monde"…

Black Bomb A a été un de mes autres coups de foudre, oui. Celui qui m’a ressuscitée après "Baise Moi". Ce n’est pas rien. C’est le morceau "Law’s Phobia" qui m’a enflammée.
The Cure a été le premier grand amour. Il y a eu Joy Division, beaucoup de groupes majeurs de la scène goth, comme Sisters of Mercy, mais aussi du punk, comme les Sex Pistols ou les Dead Kennedys, de l’alternatif, comme la Mano Negra ou les Bérus, du reggae, comme Israel Vibration, du hardcore, comme Kickback et Madball, et plein d’autres encore, Rammstein… J’en oublie, forcément.
Cela correspond surtout à des périodes fortes de ma vie, la musique qui m’accompagne dans ces moments me marque à jamais.
En ce moment, j’ai tendance à replonger dans mes années batcave, et Cure.

Quels sont tes projets en cours ou à venir ?

Je viens de finir un livre gigantesque sur mon expérience du porno, sur lequel j’ai travaillé trois ans. Il s’appelle "La voie Humide". Il sortira en 2007. Il parle de sexe, de drogue, de rock’n’roll, bien sûr… Mais aussi de peoples ordinaires et d’anonymes extraordinaires, d’amour et de mort, de corps et d’esprit, de morale et de nature, de liberté et de féminisme, de mythologie et d’histoire contemporaine, de carnets de rêves et de coupures de presse, de chute et de rédemption, de miroirs et d’échos, de danser dans le noir et de disparaître dans la lumière, de maladie et de The Cure, et aussi, rassurez vous, de comment on fait une fausse éjac’, un lavement anal ou une double pénétration (ça va te plaire ça, JL ! – nldr Mr Zède).
D’autres projets moins ambitieux suivent pour 2007, après ma longue retraite studieuse.

Quel est ton regard vis-à-vis des journalistes après ta (sur)médiatisation pour "Baise-Moi". On l'impression que tu cherches à être là où on ne t'attends pas…c'est une démarche réfléchie ?

Je n’aime pas les journalistes, pour résumer. Je suis vraiment effrayée par le pouvoir politique des médias et la manière dont ils l’utilisent. Et surtout, surtout… par la confiance aveugle que les gens leur accordent : j’ai découvert cela tardivement, je ne regardais jamais la télé, je n’écoutais pas la radio, et je ne lisais que Charlie Hebdo, jusqu'à l’age de 20 ans. Le choc avec la réalité des autres, façonnée par les médias et surtout la télévision, a donc été incroyablement violent.
Je ne fais pas vraiment de plan pour déconcerter les gens. Je ne fais que des choses que je sens que je dois faire. Mais c’est vrai que j’aime montrer que je ne suis pas celle qu’on croit. Ce n’est pas calculé, stratégique, c’est vraiment instinctif, pulsionnel, comme un réflexe de résistance à une pression mentale. Je me sens vraiment, sincèrement, différente de l’image qu’on me renvoie. Mais certainement, personne ne peut se reconnaître dans son "image publique". Enfin bref : je déteste qu’on me colle des étiquettes, ça gratte.

Un message pour les lecteurs de Metal Sickness ?

Euh… Stay Sick !
Ah, et puis achetez la bd sur le site de Punish Yourself : il faut soutenir la scène française. Et les dessinateurs sont absolument fabuleux, vous allez adorer.

Merci pour ta disponibilité et ta patience !

C’est moi qui te remercie de ta patience, vu le temps qu’il m’a fallu pour te renvoyer cette interview, ahum et pour la disponibilité, du coup, je me sens pas très au point (mais si, mais si ! – ndlr Mr Zède)



Interview de Coralie Trinh Thi, La sodomie
par Cali Rise le 28 juin, 2007

Qui ne connaît pas Coralie Trinh Thi ? En tant qu’actrice, Coralie a tourné une soixantaine de films pornographiques ainsi que des longs et courts métrages. Elle a aussi été la co-réalisatrice de Baise-moi. Aujourd’hui, elle publie un livre qui devrait en intéresser plus d’une et plus d’un : Osez… la sodomie.

Avec humour, Coralie donne des conseils sur cette pratique sexuelle qui reste encore aujourd’hui très décriée.

Questions/ réponses sans tabou :

1. Bonjour Coralie. Ecrire un livre sur la sodomie vous tenait à cœur ou à corps ?

Bonjour, Cali. Le cœur, c’est le corps, non ? Je ne fais pas de différence entre les deux. C’est en tout cas un sujet qui me passionne depuis longtemps, autant sur un plan de pratique personnelle que sur un plan intellectuel.

2. Contrairement à d’autres livres de la collection Osez, La sodomie n’est pas traitée de façon ludique. C’est un sujet sérieux ?

Je pense avoir traité mon sujet de façon ludique, et pour rester dans l’esprit de la collection j’ai lu une dizaine de titres de la collection avant de commencer l’écriture. On peut dire des choses très importantes sur le ton de la plaisanterie. Mes premiers lecteurs ont trouvé le livre plutôt drôle et léger, et le coté strictement pratique beaucoup plus ludique que pédagogique au sens pénible du terme.

3. Selon vous, les hommes fantasment-ils plus sur la sodomie que les femmes ?

C’est ce qu’on dit…Mais je n’y crois pas. Mon expérience personnelle affirme même le contraire, j’aimais beaucoup plus la sodomie que mon public quand j’étais hardeuse, d’après leurs courriers et leurs préférences d’achat. Dans ma vie privée, même constat : bien peu de mes amants ont manifesté un intérêt pour la sodomie.



4. La sodomie reste un des actes sexuels les plus tabous. La vulgariser dans un ouvrage revient-il à l’imposer à tous comme un acte banal ?

Je ne crois pas que partager une passion ou un plaisir revient a l’imposer aux autres. Donner de l’information et de nouvelles pistes de réflexions, cela libère les gens, au contraire : plus ils auront de modèles différents, plus ils auront la possibilité et le courage d’exprimer leur propre individualité. D’autre part, la sodomie n’est pas pour moi un acte banal, mais un art supérieur de la sexualité.

5. Diriez-vous que si la sodomie a, depuis une certaine époque, toujours été si vilipendée, c’est parce que l’orgasme qui en découle est le plus intense qui soit ?

C’est peut être une des raisons, mais il y en a d’autres, notamment ce mépris général et inconscient pour le réceptif ou le féminin de notre culture monothéiste et patriarcale. La sodomie est la paroxysme de la réceptivité.

6. En ce qui concerne la jouissance anale, vaut-il mieux être un homme ou une femme pour en profiter ?

N’ayant jamais pu expérimenter un corps d’homme, je ne pourrai en jurer… Mais mes observations directes suggéreraient plutôt un orgasme aussi puissant et profond chez les deux sexes.

7. Sodomiser. Enculer. Sodomites. Enculés. Que cacherait la peur de ces mots de vocabulaire ?

Toutes nos insultes les plus graves font référence à la sexualité, c’est un conditionnement auquel on ne peut échapper : même un con, c’est un sexe de femme. Cela traduit -et provoque- un mépris ou un dégoût inconscient du corps et des choses du sexe. Ce qui touche a l’anus est bien sur encore plus tabou.

8. Comment expliquez-vous que les psychiatres et les sexologues soient aussi peu enclins à parler de la sodomie ?

Parce que ce sont des humains qui partagent le même environnement socio culturel que chacun, avec les mêmes peurs, les mêmes tabous… Un diplôme n’a jamais suffit à effacer l’empreinte de la morale.

9. Faut-il être adepte du tantrisme et du taoïsme pour dilater ses chakras et ouvrir son anus comme une rose épanouie ?

Absolument pas, pour preuve je suis parvenue à cette expérience extrême sans avoir été adepte. Ces spiritualités m’ont simplement aidée à mettre des mots dessus, après coup.

10. Outre les précieux conseils hygiéniques délivrés tout au long du livre, vous évoqués plusieurs figures du Kama Sutra annal. Finalement, faut-il être grand gymnaste pour que le troisième œil voit le jour ?

Je ne considère pas le Kama Sutra comme un ouvrage de références, et si je me suis pliée au jeu des positions, c’est encore une fois pour exciter l’imagination du lecteur, et lui permettre de créer ses propres positions. Le sexe n’est pas une affaire de performance mais d’épanouissement personnel. Et surtout, j’ai toujours été allergique à la gymnastique, et très mauvaise en conséquence… aussi mes conseils ne peuvent s’adresser à une élite d’athlètes. La position que je préfère permet d’ailleurs aux deux partenaires d’être détendus et de conserver un grande liberté de mouvement.

Merci de votre intérêt et de cet entretien, et au plaisir !

Osez… la sodomie, Coralie Trinh Thi, La Musardine





Après des films sulfureux dévoilant largement ses charmes, Coralie Trinh Thi a subi les foudres de la critique en participant à l’adaptation cinématographique de « Baise-Moi ». Là où d’autres auraient pu s’avouer vaincus, Coralie a rebondi et nous livre aujourd’hui son premier roman « Betty Monde », voyage aux limites des expériences corporelles et psychiques sur trame de milieu underground, et choc frontal pour les idées reçues et dogmes de la masse. Entretien avec Coralie.



-Tu connais bien le milieu goth mais n’as, à ma connaissance, pas chanté dans un groupe. En se référant à ta carrière passée, on peut imaginer que le parcours de Betty dans le monde la musique s’apparente au tien dans le X. Jusqu’à quel point peut-on considérer « Betty Monde » comme autobiographique ?

-Coralie:Je dirais que Betty est nourrie de moi, de certaines de mes facettes, et que toutes les émotions sont sincères et vécues. Sur un plan strictement réel, les extraits de carnet de rêve sont « des vrais » - a part le premier qui est une transposition d’un de mes rêves sur la toile d’un conte zen japonais.

-Betty est complètement libérée face au sexe te le vit pleinement, le consommant comme un produit de consommation « courant » (j’ai bien mis les « « !) , au même titre que la drogue ou l’alcool. Toutefois, cette consommation semble nuire à son équilibre amoureux. Pour elle, le sexe est-il une autre voie de déstructuration (psychique) au même titre que la drogue (mentale) ?

-J’aime le parallèle entre le sexe la drogue et l’alcool, mais je ne cautionne pas du tout ta vision de la chose ! Betty ne voit pas le sexe et les stupéfiants comme des produits de consommation mais comme des outils de connaissance d’elle même et de l’univers. (elle est complètement allumée faut pas oublier)
Je dirai que le point commun est la, parce que dans la partie du roman ou elle se détruit, elle se détruit autant avec le sexe, le sentiment, qu’avec la drogue. Pour autant ce n’est que par sa volonté qu’elle retourne les outils contre elle même, et ils la servent et la grandissent à d’autres moments. De même, ce n’est pas sa liberté sexuelle qui nuit a son équilibre amoureux, mais la condamnation de cette liberté par le monde et ses proches.
En ce sens, si tu rapproche le sexe de la drogue, permet moi d’insister sur le lien aussi évident qu’il faut faire avec la musique, la scène, et la magie, qui sont également des moments ou l’énergie est travaillée et libérée.

-Les descriptions de rapport sexuels sont très crues, mais toujours très fortement liées aux sentiments forts des protagonistes, loin d’une simple énumération organique. As-tu voulu exacerber les émotions en décrivant tout ?

-Je fais une différence entre l’émotion, qui est pure, irrationnelle, et le sentiment, qui est l’émotion transformée et rationalisée. (cf. les 4 fonctions de Jung) Dans ce sens, il n’y a pas forcement de sentiment dans le sexe, mais la chair est vivante, j’utilise souvent les correspondances des sens, et les émotions, et cela suffit a des scènes de sexe troublantes, ou on ressent des choses, loin d’une description clinique déshumanisée. Mais je ne parlerai pas de sentiment systématique, sur le sujet du sexe, ou on pense forcement au sentiment amoureux. D’ailleurs il me semble que la seule scène ou j’ai vraiment mêlé le sentiment au sexe, c’est celle ou elle glisse dans la haine totale (la haine étant un sentiment aussi fort que l’amour).
Enfin, je n’ai pas décidé ni planifié tout cela, j’ai écrit le sexe en essayant simplement de retranscrire la manière dont moi je le vis, et c’est comme ça que c’est sorti.

-Pour l’opinion publique, le X et la musique underground sont des milieux effrayants sur lesquels planent bon nombre de préjugés et d’idées fausses. « Betty Monde » est-il une remise à plat, une sorte d’explication pour les masses ?

-Dans les milieux du X et de la musique underground il y a franchement un tas de gens stupides. Il y a des gens du milieu du x ou de la zic underground qui comprendront pas un mot dans le sens que j’ai voulu lui donner ou qui seront extrêmement choques par certaines idées, et il y a dans le monde « normal » des gens incroyablement ouverts, ou sur la même longueur d’onde que moi. J’ai déjà eu des entretiens surprenants avec des lecteurs improbables !

Je ne parle ni pour le X ni pour le milieu metal. Le point commun pour moi a ces deux milieux, c’est que les codes se situent déjà en dehors des codes dominants notre société, et la caractéristique de Betty, c’est qu’elle s’approprie les codes et qu’elle les investit d’elle même, pour les transformer et les transcender. Mais Betty est un outsider, même dans ces milieux déjà outsiders ! Je n’ai pas la naïveté de croire que ces parterres de jeunes qui exécutent le signe de la bête aient, pour la majorité, la moindre idée de ce qu‘ils font, et une théorie s’y rattachant.
Attention, c’est leur droit le plus strict, même si ça m’agace, mais je vais pas aller expliquer a la masse que ce sont tous des jeunes en pleine crise métaphysique, mdr. Je ne cherche pas a dire « voilà ce qu’est le métal, le X , le satanisme », je dis : « voilà ce que ça peut être, ne jugez pas avant de savoir » , et ça s’adresse à tout le monde , autant aux milieux qu’a l’extérieur.

-Par certains aspects, « Betty Monde » pourrait être la rencontre frontale entre « Las Vegas Parano » et les « Rockbitch ». Qu’en penses-tu ?

-J’aime bien les deux alors je vais pas faire la meuf vexée��' ;-))
J’y ajouterai quand même du Baudelaire ou du romantisme pour le côté sanguinolent biblique.

Les Rockbitch sont plus un genre de Dark side de la Wicca, enfin si elle lisent que je les assimile a la Wicca elles vont s’étrangler, mais c’est pour aider le lecteur à comprendre le genre de magie de la nature��' (et sinon je suis amoureuse de la guitariste choriste rhaaaaaaaaaaaaa) (que j’ai d’ailleurs utilisée pour créer le visage de Betty avec mon illustrateur Serge Nagenrauft).

-Doit-on s’attendre à une transposition cinématographique de « Betty Monde » ? Si oui, feras-tu des concessions pour éviter les problèmes rencontrés avec « Baise Moi » ou bien seras-tu intransigeante sur l’image ?

-C’est quoi des concessions ? LOL pardon.
Hum, non, moi je suis plus le genre a chercher des emmerdes (inconsciemment attention!) et si on cherche a tout prix a m’empêcher de faire quelque chose que mon instinct me souffle, c’est la preuve que je touche a quelque chose d’important et qui doit être fait quelque soit le prix. (je ferai moins la maline au fond d’une cellule de notre gouvernement qui passe a droite de la droite mais bon..)

Je ne sais pas si je vais l’adapter, je pense que ça pourrait faire un bon film, mais je n’ai pas encore la force de me lancer dans l’aventure (on n’imagine pas ce que c’est de faire un film) et je ne vois personne pour le moment a qui je confierai le bébé. Peut être Asia Argento, remarque, je sais pas, je l’a rencontrée et elle a le même genre de folie que moi.

- Tu dénonces les travers de la scène dite underground, comme les végétariens passagers, les petits jeunes à « colliers à boules en bois », les goths d’apparat��' Mais crois tu qu’ils se reconnaîtront ?!

-Bien sur que non, lol, quand on méprise un personnage on a rarement le courage de se reconnaître dedans.
Par contre il n’y a pas de « dénonciation » et moi je ne les méprise pas, c’est quasi affectueux et j’ai le même genre de regard cynique et tendre a la fois, sur certains de mes petits travers humains. Il n’y a que Bonobo avec qui Betty est impitoyable, et on voit ou cela la conduit��'

-L’idolâtrie de manière globale te rebute, qu’elle soit vouée à des personnes physiques ou a des divinités. Quelle est ta position face à la religion?

-Que c’est MAAAAAAAAAAAAAL. lol. Toute idolâtrie et tout dogme vise a déresponsabiliser et infantiliser l’humain, et c’est pas comme ça qu’on va évoluer. Je suis pour la liberté individuelle, et c’est dramatique a quel point on ne peut même plus comprendre le mot liberté, qui implique responsabilité et maturité. Par exemple, tu parle de liberté sexuelle, et t’as toujours des abrutis pour te répondre, « mais enfin, ce n’est pas une solution, tout le monde qui baise avec tout le monde, ce n’est pas bien ! »
Déjà, je ne vois pas ce que le bien et le mal viennent faire la dedans, et en plus, la liberté sexuelle, c’est pas baiser avec tout le monde tout le temps, c’est avoir la possibilité et la responsabilité du choix : choisir de baiser avec douze meufs dans la nuit si tu veux, ou de ne pas baiser pendant dix ans, (bien que pour des raisons d’équilibre énergétique je le déconseillerai si on me demandait mon avis ahum)

Je trouve ça dramatique que les gens en soient au point de comprendre « obligation de faire l’inverse » quand on leur parle de liberté sur un point. On est dans la merde, globalement.

C’est en grande partie du aux religions qui entretiennent (même chez ceux qui se croient athées ou laïques mais ont été élevés dans une culture monothéiste) l’infantilisme en ayant imprime l’inconscient de l’idée rassurante d’un être supérieur.

-Comment as-tu vécu la surexposition médiatique de « Baise-moi » ? Que t’inspirent les censeurs et les masses fondant leur opinion sur des parcelles de vérité, souvent hors contexte?

-Très mal. Ca a l’air sympa et punk de l’extérieur, mais en réalité a vivre humainement, émotionnellement, c’est vraiment d’une violence incroyable, ceci dit je n’aurai jamais soupçonné non plus avant de le vivre. C’est franchement trop incompréhensible, ce que les gens projettent sur toi, injuste et j’ai toujours détesté me sentir impuissante face a la connerie et a la mauvaise foi. J’ai vraiment cru devenir dingue. Mais bon, la ça va mieux, lol, et je doute pas que ça m’a grandie, humainement.

-Tu cites les Fields, Rammstein, Black Bomb A��' Quels sont tes groupes de référence ? Evolues-tu plus dans les courants dark ou bien dans la musique plus explosive (hard-core) ?

-Alors, mes groupes de référence��' C’est Christian Death au début, pas Fields, (j’aime beaucoup preacher pourtant)
Le mouvement duquel j‘ai été le plus proche, c’est batcave, bien que a ma période batcave je traînais plus avec des punks (quand même des fois ils sont chiants les goths lol)
J’ai donc kiffé tous les standards, Bauhaus, Joy Div. , et les trucs de mon époque, Das Ich (que j’ai vu au Gibus sous double bart) , Alien Sex Fiend, c’est assez éclectique le goth comme tu sais.
J’ai surtout une culture punk, l’alternatif français, et même du ska, et puis les Dead Ken, Exploited, des vieilles k7 dégueulasses sans rien écrit dessus. J’ai donc toujours eu les deux cotes : du bourrin très bourrin, et du romantique dégoulinant (genre Pornography), ça ne me semble pas incompatible.

Le hardcore ça m’est venu tardivement en fait euh je savais pas que j’en écoutais tout ce qui était bourrin c’était punk point, ahum. A ma décharge, faut vraiment aimer discuter pour vraiment voir une différence cruciale entre la fin du punk et le début du hardcore, et moi je buvais beaucoup��' lol

(disgression : vous vous rendez compte que je suis « rock critic »? et vous allez continuer a prendre pour parole d’évangile ce qui est écrit dans les journaux ?! Ils sont tous comme moi, sauf qu’ils croient qu’ils savent de quoi ils parlent, c’est encore pire)

Bref, en hardcore j’ai bloqué sur un album de Madball spécialement, (Hold It Down) et je kiffe aussi Kickback, (surtout le dernier 150 Passions Meurtrières) , et Do or Die, (Heartfull of Pain)

Sinon, j’ecoute aussi Rammstein, Mutter est vraiment une tuerie, Punish Yourself c’est mortel aussi, je les ai vus en live récemment, je les surveille maintenant, mais c’est vrai que je suis plus enervée musicalement ces derniers temps et que je ressors plutôt mes vieux trucs bourrins��'

Rha, et puis Black Bomb A, c’est encore autre chose, je suis tombée amoureuse de ce groupe, ça m’était pas arrive depuis l’adolescence, un truc pareil. Tu sais, quand tout résonne en toi, que les riffs te collent la chair de poule, que les textes ont été écrits spécialement pour toi��' Ils réunissent justement cette double influence punk et sombre, et ce duo incroyable entre les deux chanteurs qui te fait partir toujours plus haut, sans compter qu’en live c’est monstrueux, enfin je vais pas faire une dissertation sur BBA, mais bref��' C’est ENORME. (nan j’ai pas de pourcentages sur leurs royalties)

Par contre c’est en les voyant sur scène, Poun spécialement, que j’ai eu le déclic que j’attendais pour mon roman, et que mon personnage est devenu chanteuse. Bon, pas grand chose a voir entre Betty Monde et BBA, que ça soit clair, mais le déclic a été vraiment important. Poun je l’ai vu comme une chienne de l’enfer, hum, en toute amitié hin, et c’était a un moment de crise personnelle très profonde, et j’ai réalisé ce que j’avais laissé en route, pendant la tempête Baise Moi. Mon personnage féminin devait forcément être dérangeant socialement, en mission, et le porno aurait été trop racoleur, mal interprété par les lecteurs. (c’est fou ce que le lecteur interprète déjà, mais le porno ça a une imagerie vraiment incontrôlable dans la tête du pékin moyen)

-Au niveau littéraire, quels auteurs nous citerais-tu comme références et inspirations ?

-J’ai trop lu pour pouvoir faire une liste exhaustive ou même représentative. Je citerai au hasard S. Brussolo, qui m’a fait déscotcher de S. King, Poppy Z Brite avec Ames perdues, Virginie Despentes dont j’avais lu plusieurs fois Baise Moi et les Chiennes savantes avant de la rencontrer, Werber et ses fourmis, et un nombre hallucinant de sf, anticipation, et heroic (surtout du fleuve noir) , mais aussi de la poesie ( Baudelaire premier héros littéraire, je sais c’est pas très original��') du classique (Choderlos de laclos, Stendhal, Maupassant, bref��') et beaucoup d’ouvrages sur les chamanismes, la magie, de la psycho et Nietzsche, je ne fais pas vraiment de différence entre les fictions et les essais ou témoignages, des contes du monde entier, toute petite, bref, c’est fou ce que je lis, depuis toujours.

-Ton rapport avec les journalistes semble complexe ! Est-ce une saturation par rapport à des questions trop souvent posées ? Cette interview était-elle pénible ?!

-Quand tu est « public » tu as forcement un rapport complexe avec les journalistes, je m’en suis de toute façon toujours méfiée, depuis l’adolescence, en bonne libertaire. Mon premier rapport avec eux n’a fait que confirmer : un set photo dans Hot Video, des tofs de charme non rémunérées mais qualité pro, bref, bon pour l’ego, il y avait une interview avec, et j’ai donc passe une bonne heure a essayer d’expliquer au journaliste ce qu’était le gothic, et j’avais vraiment insiste sur « je ne crois pas a satan » parce qu’il arrêtait pas de revenir la dessus. (si tu retrouve les tofs tu comprendra pourquoi j’avais encore ma crête de goth a l’époque, je devais avoir 18 ans, fin 96) je me suis retrouvée avec des tofs mortelles, et une accroche « LA SATANIQUE QUI NIQUE » mdr. Sans compter les incohérences et trahisons du texte.
Je me suis toujours tenue assez a l’écart, je faisais de la presse spécialisée en contrôlant vachement, et je refusais presque tout le reste. Alors Baise Moi, franchement qu’est ce que je pouvais contrôler, rien, ça m’a rendu dingue, et ils sont tous devenus fous, la 4e dimension. J’étais pas prête a tant de haine, j’avoue. Avant je me méfiais juste d’eux, mais je n’avais pas de raison de les fréquenter, après je les détestais, forcement.
C’est pour ça que j’ai commence a bosser pour rock & folk, j’avais besoin de comprendre un minimum, de passer de l‘autre coté. (Attention, je ne fais pas n’importe quoi, je suis toujours très sérieuse, et il se trouve que le boss est un homme remarquable, et que ce sont toujours des sujets qui m’intéressent.)
Du coup, la ça va mieux, regarde je suis plutôt bavarde et je t’ai pas insulte une seule fois, lol. Non, franchement c’était tranquille, merci a toi.

Nous avons profité de notre escale à Bordeaux pour rencontrer l'auteure de La voie humide, Coralie Trinh Thi. L'écrivaine, derrière le stand de la librairie La mauvaise réputation, répond avec enthousiasme et sérieux aux questions des lecteurs venus la rencontrer.

Avant toutes choses Coralie Trinh Thi tenait à revenir sur notre critique de son autobiographie. L'auteure apparemment piquée au vif, ne l'a pas appréciée. Du tout. Pas du tout du tout, pour ne rien vous cacher

Coralie Trinh Thi : Ce qui m'a beaucoup choquée dans la chronique de mon livre sur votre site c'est que son auteur commence par s'excuser. En fait, il n'arrête pas de s'excuser d'avoir aimé le livre, et ça lui arracherait la gueule de dire que c'est bien écrit alors que des critiques littéraires reconnus en conviennent après l'avoir lu. Il a honte de dire qu'il trouve ça bien écrit vraiment. J'ai un panel de critiques et c'est une des plus moralistes que j'ai lues sur mon livre.

Euh... pour l'interview, on revient un peu plus tard nous... Non ? On reste, on s'assoit et on bouge plus une oreille ? D'accord.

ActuaLitté.com : (On va y aller soft alors...) Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire une autobiographie ?

Coralie Trinh Thi : La littérature c'est ma première passion, avant même la musique. Je savais lire et écrire à l'âge de 3 ans. Et je n’ai jamais arrêté de lire depuis. J'étais donc prédisposée à l'écriture. Par contre ma première activité professionnelle c'était la pornographie et pour moi c'était deux zones totalement indépendantes et séparées de ma vie. Pour moi, il était donc hors de question d'écrire sur le porno. De plus le genre documentaire ou essai autobiographique n'appartient pas à la littérature telle que je la vois. Mais je n'ai rien contre le genre, j'en lis même énormément. J'ai écrit un premier roman, Betty Monde, qui m'a permis de mieux comprendre les mécanismes et les enjeux de l'écriture. Après de très longues et douloureuses introspections, j'ai fini par comprendre que c'était ridicule quand on est auteur d'avoir une expérience de vie et une matière première telle que mon expérience dans le porno et de ne pas l'utiliser pour écrire.

ActuaLitté.com : (Ah, elle sourit, on se lance alors !) Est-ce que ça a été difficile la transition d'actrice de X à écrivaine ?

Coralie Trinh Thi : Il n'y a pas de transition. La difficulté se situait plutôt dans la tête des gens pour accepter différentes facettes chez une même personne. Les gens ont des esprits plutôt étroits et cloisonnés.

ActuaLitté.com : (Euh, c'est pour moi que tu dis ça ?) Vous êtes une touche-à-tout (Mince, elle va mal le prendre). On vous a connu comme réalisatrice*, scénariste de BD*, romancière* et essayiste en quelque sorte avec Osez la sodomie. Est-ce une réelle volonté de votre part de tout essayer ?

Coralie Trinh Thi : Ce n’est pas une volonté dans le sens où ce n'est pas une stratégie. Par contre pour moi c'est très naturel d'avoir des envies de formes d'expressions différentes. Cela dit je fais la même chose que lorsque j'étais actrice de porno. Je donne du plaisir à mon public. Même si la forme et différente et que ça peut paraître comme une certaine forme d'évolution, pour moi c'est exactement la même démarche.

Nous avons profité de notre escale à Bordeaux pour rencontrer l'auteure de La voie humide, Coralie Trinh Thi. L'écrivaine, derrière le stand de la librairie La mauvaise réputation, répond avec enthousiasme et sérieux aux questions des lecteurs venus la rencontrer.

Avant toutes choses Coralie Trinh Thi tenait à revenir sur notre critique de son autobiographie. L'auteure apparemment piquée au vif, ne l'a pas appréciée. Du tout. Pas du tout du tout, pour ne rien vous cacher

Coralie Trinh Thi : Ce qui m'a beaucoup choquée dans la chronique de mon livre sur votre site c'est que son auteur commence par s'excuser. En fait, il n'arrête pas de s'excuser d'avoir aimé le livre, et ça lui arracherait la gueule de dire que c'est bien écrit alors que des critiques littéraires reconnus en conviennent après l'avoir lu. Il a honte de dire qu'il trouve ça bien écrit vraiment. J'ai un panel de critiques et c'est une des plus moralistes que j'ai lues sur mon livre.

Euh... pour l'interview, on revient un peu plus tard nous... Non ? On reste, on s'assoit et on bouge plus une oreille ? D'accord.

ActuaLitté.com : (On va y aller soft alors...) Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire une autobiographie ?

Coralie Trinh Thi : La littérature c'est ma première passion, avant même la musique. Je savais lire et écrire à l'âge de 3 ans. Et je n’ai jamais arrêté de lire depuis. J'étais donc prédisposée à l'écriture. Par contre ma première activité professionnelle c'était la pornographie et pour moi c'était deux zones totalement indépendantes et séparées de ma vie. Pour moi, il était donc hors de question d'écrire sur le porno. De plus le genre documentaire ou essai autobiographique n'appartient pas à la littérature telle que je la vois. Mais je n'ai rien contre le genre, j'en lis même énormément. J'ai écrit un premier roman, Betty Monde, qui m'a permis de mieux comprendre les mécanismes et les enjeux de l'écriture. Après de très longues et douloureuses introspections, j'ai fini par comprendre que c'était ridicule quand on est auteur d'avoir une expérience de vie et une matière première telle que mon expérience dans le porno et de ne pas l'utiliser pour écrire.

ActuaLitté.com : (Ah, elle sourit, on se lance alors !) Est-ce que ça a été difficile la transition d'actrice de X à écrivaine ?

Coralie Trinh Thi : Il n'y a pas de transition. La difficulté se situait plutôt dans la tête des gens pour accepter différentes facettes chez une même personne. Les gens ont des esprits plutôt étroits et cloisonnés.

ActuaLitté.com : (Euh, c'est pour moi que tu dis ça ?) Vous êtes une touche-à-tout (Mince, elle va mal le prendre). On vous a connu comme réalisatrice*, scénariste de BD*, romancière* et essayiste en quelque sorte avec Osez la sodomie. Est-ce une réelle volonté de votre part de tout essayer ?

Coralie Trinh Thi : Ce n’est pas une volonté dans le sens où ce n'est pas une stratégie. Par contre pour moi c'est très naturel d'avoir des envies de formes d'expressions différentes. Cela dit je fais la même chose que lorsque j'étais actrice de porno. Je donne du plaisir à mon public. Même si la forme et différente et que ça peut paraître comme une certaine forme d'évolution, pour moi c'est exactement la même démarche.

Chaos sexuel, sentimental et magique... Loin de la vulgarité pathologique de nombreux récits à la première personne ayant trait à l'industrie du X, l'autobiographie de Coralie Trinh Thi surprend dès l'énoncé de son titre, un hommage au Grand Oeuvre alchimique.

De ses premiers déhanchements dans la photographie de charme à sa place en haut de l'affiche de Cyberix, le premier film X interactif réalisé par John B. Root pour une grande chaîne cryptée française, de Baise-moi, l'adaptation du roman de Virginie Despentes co-réalisée avec l'auteur, à ses articles dans le magazine Rock 'n' Folk de Philippe Manoeuvre, Trinh Thi nous conte au travers de La Voie humide (Oeuvre au rouge) son parcours atypique, une errance post-moderne empreinte de romantisme et d'ésotérisme.




Commençons par le titre de ton dernier livre La Voie humide (Oeuvre au rouge) qui fait implicitement référence à l’Alchimie. Peux-tu expliquer aux profanes ce que sont cette « voie humide » et cette « oeuvre au rouge », puisqu’il ne s’agit pas de références à ta « chatte » comme tu le soulignes dans une interview récente ?

En réalité, j’ai dit qu’il ne s’agissait pas seulement d’une référence à ma chatte… J’ai conscience de la connotation sexuelle du titre, et je l’assume pleinement. La Voie Humide, c’est organique, charnel, moite, palpitant… Par contre, je m’amuse effectivement de ce que certaines critiques me reprochent d’avoir opté pour un titre vulgaire, parce que leur esprit vulgaire n’est capable de le comprendre qu’à un seul niveau – celui de ma chatte. Au passage, ma mère aussi détestait le titre. Elle avait peur qu’on se moque de moi et qu’on profite de l’ambiguïté, qu’elle pensait involontaire, pour me renfermer dans la vulgarité du porno – j’ai du lui ré expliquer qu’il s’agissait bien d’un livre sur le porno. Ça m’a confortée dans ma décision : un refus de la honte et du concept de corps impur.

La seconde référence la plus évidente est celle de la Voie du Guerrier, ou du Samouraï, et on entre déjà dans une autre dimension. Je voulais raconter une histoire à chacun, quelque chose qui pourrait toucher chaque lecteur quel que soit son niveau de conscience ou son niveau de culture ésotérique, sans aucun élitisme, qu’on puisse m’accompagner sans jamais se sentir exclu même si le livre est plein de secrets.

Le véritable sens des deux titres est alchimique. En Alchimie, on accomplit un Grand Œuvre : transformer l’or en plomb, ou plus précisément, créer la Pierre Philosophale. C’est un symbole de transformation spirituelle, du processus d’individuation. Solve et Coagula : dissous et coagule, décompose et recompose. Une parfaite définition de mon livre - et de ma vie. Une Oeuvre au Rouge était mon titre de travail. Je l’ai changé parce que La Voie Humide était plus évocateur, et plus accessible. Le rouge est la couleur du feu, de la pulsion, de la liberté et du sexe. On distingue quatre Œuvres : l’Oeuvre au Noir (la part d’ombre) l’Oeuvre au Blanc (la part androgyne, animus ou anima de Jung), l’Oeuvre au Jaune (quasi inconnu, l’archétype du vieil homme sage) et enfin l’Oeuvre au Rouge, le plus difficile : la réalisation totale de l’être, l’unité du Soi. Enfin, on distingue deux Voies pour accomplir l’Oeuvre : la Voie Sèche – brutale et rapide – et la Voie Humide – lente et par imprégnation. Dans mon récit, cette « imprégnation » apparaît comme le principal ressort dramatique : le lien aux autres et la conscience des autres, l’horreur des réalités qu’ils construisent par leur regard sur le monde, et sur moi.

J’ai noté – et tu m’as dit que je n’étais pas le seul – une évolution importante de ton style entre ton premier roman Betty Monde et La Voie humide (Oeuvre au rouge). Ce dernier surprend par sa maturité et son efficacité, malgré l’épaisseur du pavé. Qu’est-ce qui a changé dans ton mode d’écriture entre ces deux ouvrages ?

J’étais persuadée que La Voie Humide était moins bien écrit que Betty Monde, parce que la forme et l’ampleur du texte ne permettaient pas de travailler autant l’écriture. Mais presque tous les lecteurs me complimentent sur ma fluidité d’écriture – ce qui est vraiment sublime vu le titre – et la richesse du texte, tant pour le style que le champ lexical. Il n’est pas moins bien écrit, il est… moins écrit. Comme mon intention première n’était pas dans la forme mais dans le fond, j’ai écrit comme ça sortait, à l’instinct. Paradoxalement, j’ai été si marquée par les auteurs du XIX° que mon style naturel est plus académique que prévu. J’avais beaucoup plus travaillé pour Betty Monde, même si mes méthodes de travail étaient originales, de l’écriture automatique à l’état alpha. J’avais aussi beaucoup travaillé pour alterner deux niveaux de langue, classique et vivante, et j’avais désécrit beaucoup de passages. Peut-être toutefois que mon style naturel serait beaucoup moins agréable si je n’avais pas tant travaillé, avant. J’ai aussi pris beaucoup plus de plaisir en écrivant La Voie Humide, puisque j’écrivais comme je le sentais au lieu de penser chaque virgule. Bien sûr, je me torturais avant et après l’écriture concrète sur les virgules, et sur tout le reste, mais pendant que j’écrivais, je ne pensais pas, je vivais les mots, et ce plaisir là doit se transmettre au lecteur.

L’exercice de l’autobiographie est loin d’être anodin, d’autant plus si l’on considère ton jeune âge et ton parcours. Qu’est-ce qui t’a motivé pour te lancer dans cette entreprise ? Même si ça peut paraître par trop évident comme explication, avais-tu besoin de régler des comptes, d’expliciter certains choix de ta vie passée ou de tirer un trait pour passer à autre chose ?

On me reproche beaucoup la mégalomanie d’une autobiographie de 770 pages pour 28 ans de vie. Avant de m’avoir lue, bien sûr. C’est tout à fait hors sujet, mais je sais que mes amis aussi redoutaient un récit nombriliste superficiel et sans intérêt. Mais j’ai beaucoup plus eu le sentiment de m’exposer et de me donner comme jamais que de me livrer à un exercice de vanité. Je ressentais depuis longtemps le besoin d’écrire sur la pornographie, mais pas pour régler des comptes (la vengeance est le ressentiment des faibles et Nietzsche m’en préserve), peut-être plus parce que j’étais sidérée par l’incompréhension des autres, parce que je pensais pouvoir les enrichir en leur faisant partager une expérience de vie. Pas toute ma vie, mais la partie qui avait été exposée, celle sur laquelle tout le monde me questionne sans relâche et sans jamais rien comprendre de mes réponses. Du coup, en fait, mon ambition allait plus loin qu’un simple témoignage : je voulais que le lecteur le vive avec moi. Mais je n’ai vraiment pu commencer ce livre qu’après avoir vécu sa fin. Écrire peut servir de thérapie, par exemple j’écris souvent des lettres que je brûle pour « me nettoyer », mais publier exige autre chose, de mon point de vue. Il faut avoir quelque chose à donner, quelque chose de beau. Je raconte une histoire, avec un début, un milieu et une fin, une trame narrative très riche qui enchevêtre plusieurs fils rouges, au point que je deviens un personnage, sans jamais pourtant romancer (au sens de déformer) ma réalité. Après tout, Je est un autre, et la réalité n’est que ce que nous en faisons.

Pour ce qui est de ma vie passée et de tirer un trait dessus, je suis toujours choquée par cette formulation, parce que quand il est question de porno il y a souvent une condamnation implicite du porno, comme quelque chose de honteux dont on voudrait se libérer. Ma démarche est absolument contraire à cela, c’est une guérison, une réhabilitation. Je ne cherche pas à me libérer du passé en le niant mais en le transformant. Je reprends le pouvoir sur ce passé pour transformer mon présent en l’intégrant et en l’assumant pleinement. D’ailleurs, je n’ai jamais pris la décision d’arrêter le porno, et si rien n’est prévu, rien ne dit que je n’y reviendrai pas un jour.



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MessageSujet: Re: interview coralie trihn thi   Mar 3 Aoû - 23:49

Ma naïveté me poussait à imaginer que le porno était rentré dans les mœurs, que le regard des gens avait changé, s’était fait plus tolérant, par exemple à l’encontre des (ex) pornstars. Lors de notre rencontre, tu m’as détrompé sur ce point, y compris de la part d’acteurs des cultures alternatives. J’aimerais que tu nous parles du regard des autres et de ce qu’il peut te renvoyer… Et aussi, comment expliques-tu que ce regard n’ait pas plus évolué avec la démocratisation du porno sur Canal + et au travers de magazines comme Hot Vidéo ?

Le conditionnement moral est tout simplement beaucoup plus puissant qu’on ne veut l’admettre. La plupart des gens sont convaincus d’accepter intellectuellement le porno, mais ça reste théorique. Quand ils y sont confrontés le conditionnement ressort toujours, de manière souvent inconsciente, par ses réactions émotionnelles, et c’est pire. D’ailleurs, même sur un strict plan intellectuel, quelqu’un qui te démontre très logiquement qu’il n’a aucun problème avec le porno te sortira en général au moins une dizaine d’énormités, préjugés, projections ou jugements de valeurs judéo-chrétiens, si tu approfondis la discussion. Le sexe est notre zone la plus pervertie par la morale. La majorité des gens ne sont même pas conscients du décalage entre leur théorie et leur pratique sur ce sujet.

À ce propos, que penses-tu de l’évolution actuelle du porno ? Comme dans de nombreuses autres disciplines, notamment la musique, on assiste à une explosion de sous-genres, de plus en plus extrêmes dans leur dureté ou leur sophistication, et destinés à des publics de niche. Ce qui me semble assez symptomatique de l’évolution de nos sociétés occidentales – comme une atomisation du corpus commun…

Je n’ai pas vraiment d’avis sur le porno actuel, je me suis retirée du monde très longtemps pour écrire, et je ne suis plus d’actualité dans la réalité, que ce soit dans le porno, la musique ou tout le reste. Mais le porno était déjà une galaxie quand j’avais 18 ans. Il ne faut pas confondre ce que l’on voit – par le jeu des médias ou même par une sélection inconsciente, son regard sur le monde – et ce qui existe. Par exemple, le gonzo, même s’il portait un autre nom, existait depuis longtemps quand j‘ai commencé le X, mais a été très médiatisé comme un nouveau genre extrême. À mon époque, le même phénomène avait frappé le genre « vieux ». C’est un grand classique humain, d’angoisser sur les dangers de l’extrême, et l’extrême nous menace toujours plus maintenant qu’avant. Ça fait moins peur et c’est moins vendeur de dire que c’est là depuis des décennies. Certaines hardeuses à la retraite hurlent même avec les loups. Dans leur cas il est difficile de savoir si c’est stratégique ou si elles ont vraiment changé de regard sur le milieu du porno, occultant certaines choses qui ne leur plaisaient pas quand elles y étaient, ou ne voyant plus que les mauvais cotés quand elles en sortent.

Mais j’aime beaucoup ta vision constructive du phénomène : une atomisation du corpus commun. L’idée de libérer les individus et les singularités me semble séduisante. Je méprise la masse et j’aime la multitude, d’ailleurs Internet ne m’a jamais fait peur. La seule chose qui pourrait être nuisible, dans cette explosion de sous-genres, serait de vouloir trop les définir pour enfermer de nouveau les gens dans des cases plus nombreuses mais plus petites. En musique, j’adore ceux qui inventent leur propre sous-genre.

Tu revendiques souvent tes liens avec les cultures alternatives, notamment la vague gothique au travers de sa composante batcave, mais aussi le punk et le hardcore. Avec le recul, comment juges-tu le rôle de ces subcultures dans ta vie ? Qu’est-ce qu’elles t’ont apporté ?

Je ne dirais pas que je « revendique mes liens » – ça fait un peu parti politique et ça angoisse ma nature indépendante – mais je suis effectivement totalement imprégnée de ces cultures. Je ne pourrais pas vivre sans musique, elle m’accompagne en permanence. Mais je n’ai jamais eu le sentiment d’appartenir à une tribu. Adolescente, j’étais déjà trop punk pour les goths, trop goth pour les punks. Ces cultures me ressemblent, me touchent, m’aident à me connaître et à grandir, me permettent d’explorer et d’épanouir ma personnalité profonde. Ça peut aussi être un flirt ponctuel. Par exemple, j’ai vraiment écouté du hardcore après Baise-moi : j’étais brisée, vaincue, vraiment dépressive, j’avais besoin de force, de courage, de loyauté, alors qu’avant ces questions ne se posaient pas pour moi. J’étais hardcore sans avoir besoin d’y penser et le genre me laissait donc indifférente. J’ai de toute façon beaucoup d’intérêt pour toutes les cultures underground à identité forte, je me suis aussi intéressée au début des raves party, et même au rap au tout début des années 90…

Mon seul regret reste que ce livre, malgré son titre, passe trop rapidement sur ton intérêt pour la Magie à laquelle tu fais néanmoins référence à plusieurs reprises. Je suis curieux d’en savoir plus sur tes pratiques et les traditions dont tu t’inspires.

C’est un livre sur le porno, même si le thème inclut ceux de la censure, de la célébrité et de l’image, du sexe, de la liberté et de l’amour – si, parfaitement – et il fait déjà 770 pages, j’ai donc vraiment limité mon rapport à la Magie et à l’ésotérisme au strict nécessaire. Par contre je pense que la Magie imprègne tout le livre, même si le sujet n’est pas traité de manière forcément explicite, parce que je suis imprégnée de pensée magique. Je me suis nourrie de toutes les pratiques et traditions que j’ai pu rencontrer, et je considère même les mythologies ou la psychologie comme des composantes de ma Magie. J’ai été spécialement influencée par les chamanismes, j’ai étudié la Wicca et le satanisme, la bible, le Tao, le Tantrisme, les magies occidentales de toutes les couleurs…

Exactement comme un groupe de rock commence par jouer des reprises avant de composer, j’ai pratiqué la sorcellerie (utiliser des sorts) avant de passer à la magie (créer des sorts). J’ai eu le flash en lisant un roman de SF, Magie sombre, de Gilles Thomas je crois, en tout cas c’était un Fleuve Noir. Je pense que j’avais 14 ou 15 ans. Le héros se retrouvait face à un de ces recettes très folkloriques mais pas très pratiques du XX° siècle : l’un des ingrédients était une peau de crocodile écorché vif. Il volait le sac à main en croco de sa mère, son seul objet de luxe, et à grande valeur sentimentale : il se disait, je ne l’écorche pas vif moi-même, mais la douleur y sera incontestablement. J’ai compris, un déclic, et de simple sorcière je suis devenue magicienne. Bien plus tard, j’ai découvert la la Magie du Chaos, je pense que s’il fallait me rattacher à un courant, ce serait celui ci, mais je la pratiquais déjà avant de connaître son existence. Pour résumer : « Rien n’est vrai, tout est possible, seul compte ce que tu crois, en Dieu de ton univers. »

Dans l’argumentaire du livre, on peut lire qu’il est « construit sur la structure initiatique du tarot de Marseille ». Ce qui reste obscur pour moi et certainement pour nombre de mes lecteurs de par notre ignorance crasse du sujet. Peux-tu nous éclairer, nous donner des pistes pour comprendre cette organisation de tes chapitres basée sur les lames du tarot ?

En résumé, le Tarot de Marseille est un outil ésotérique, un miroir de l’âme, et les Arcanes majeurs constituent un parcours initiatique. C’est une des choses qui me permettent de dire que si mon livre ne parle pas explicitement de Magie, il garde une dimension ésotérique, au sens strict : il est constitué, imprégné de magie. Chaque arcane renferme de nombreux secrets, et on peut y lire des choses très différentes suivant sa culture, sa subjectivité, les circonstances, même s’il y a un sens et une énergie évidente pour chacune. Je sais que la plupart des lecteurs n’ont pas étudié le Tarot, mais je fais confiance à leur inconscient, à la force des archétypes. Le Tarot ne peut pas gêner ou handicaper le lecteur même le plus ignorant ou le plus méprisant pour l’irrationnel, ce sont juste des indices offerts et qu’il décode d’instinct, même sans le savoir. Le nom et le nombre de chaque carte résonnent déjà dans l’inconscient collectif, et on peut regarder une reproduction au début de chaque chapitre de mon livre. Il suffit vraiment de regarder les cartes, si possible en couleur et dans la version restaurée de Camoin et Jodoroswky. Je vais illustrer mon propos – grossièrement et de mémoire.

Le Mat, qui ouvre le livre, est en dehors du livre et en dedans comme aucun autre. Ce n’est pas un prologue, même s’il n’a pas de numéro, c’est l’énergie qui traverse le jeu, l’éternel enfant de la Fortune, qui court le long de la route pavée de briques jaunes, comme dirait Spinrad. Libéré du temps et de la chronologie, nomade en mouvement perpétuel. Il porte des chaussures rouges, et est accompagné par un animal sauvage sans entrave. Ce chapitre commence au présent, en plein tournage X, au moment où Kundalini se déploie, une scène aussi charnelle et pornographique que mystique, puis on replonge dans mon enfance, et les religions se mélangeaient, et on termine au futur.

Le Bateleur, Arcane I, c’est l’apprenti magicien, presque encore illusionniste, l’innocence de la jeunesse, il est devant une table mais elle n’a que trois pieds – il lui manque quelque chose pour se stabiliser dans le monde. Sur la table il dispose de tous ses objets magiques, qui représentent les quatre couleurs du Tarot (une lame pour l’Epée, une baguette pour le Bâton, des écus pour le Deniers, des gobelets pour la Coupe) Chaque couleur du tarot représente une fonction psychologique, comme les appelait Jung, ou un élément : Air Intellect, Feu Instinct, Terre Sensation, Eau Sentiment. Le Bateleur a saisi un écu – le corps, la sensation, la matière – mais il brandit une baguette – le feu, le sexe, la force créative. J’y raconte l’essentiel de mon rapport au monde, encore adolescente, les outils qui m’attirent, et comment je découvre ce merveilleux pouvoir du sexe, la musique et la magie, comment j’habite mon corps et je me lie aux autres, comment l’intellect me laisse indifférente et comme je suis franchement perplexe dans le sentiment.

La Papesse, Arcane II, est l’archétype de la sorcière et de la mystique. C’est une femme au visage froid et impassible, connectée aux mystères de l’univers, elle étudie un livre posé sur ses genoux… Mais c’est un livre de chair. C’est le chapitre où je découvre le romantisme, où je tombe amoureuse de The Cure, où j’expérimente les drogues, la magie, le gothique, la Voie de la Main Gauche et où je me marie avec Dionysos.

Bref, je pourrais développer très longuement car il y a tant de symboles dans chaque carte que les liens et résonances dans le fil narratif et la forme sont innombrables, mais je ne voudrais pas assommer le lecteur ni gâcher le suspense. Le principal avantage d’une telle structure, si universelle, c’est qu’elle ne se sent absolument pas et que le récit coule très naturellement. C’est un squelette solide et souple, et quand on rencontre quelqu’un, on n’a pas besoin d’examiner son squelette : on le regarde vivre. Je voulais raconter une histoire à chacun, personnellement, et que n’importe qui puisse y prendre du plaisir, sans élitisme. S’il y a plusieurs niveaux de lectures, aucun lecteur ne devrait se sentir exclu.

J’ai d’ailleurs crû comprendre que ton approche du tarot s’inspire des enseignements d’Alejandro Jodorowsky… Peux-tu nous parler de ta rencontre avec le Maître chilien et par la même occasion du grade de Master-Panique que tu as reçu de ses mains et de celles d’Arrabal ?

J’ai rencontré Jodorowsky à la fin de l’année 2000, après Baise-moi, à une période où j’avais compris que je n’avais plus la moindre envie de vivre, que le monde ne me convenait pas, que les humains ne vivaient pas sur des fréquences supportables pour moi. J’avais froidement décidé de quitter ce monde, sans aucun pathos, de la pure logique. C’est là que j’ai rencontré le premier humain qui semblait vivre sur les mêmes fréquences que moi, et le premier être que je pouvais admirer sans l’idéaliser. Il est beaucoup plus âgé que moi, et pour la première fois j’ai vu qu’on pouvait « vieillir » en élevant son niveau de conscience, et pas seulement en s’oubliant, en se trahissant, en se résignant. Je me suis souvenue que si le monde ne me convenait pas, je pouvais le changer. Je peux dire que Jodorowsky est un père spirituel, et mon seul Maître vivant. Pas de malentendu : le Maître n’a que le pouvoir qu’on lui donne – et si j’ai choisi Jodorowsky c’est parce qu’il le sait et qu’il sait que je le sais. Un Maitre vous aide à devenir Maître de vous-même, on dit aussi que c’est celui qui vous guide vers vous-même, ou que le Maître, c’est nous-même plus loin sur le chemin. Il m’a adoptée spirituellement il y a quelques années, et c’est le premier qui a lu le manuscrit de La Voie Humide – je ne pensais pas qu’il aurait le temps de le lire, d’autant qu’il ne lit jamais les livres qui parlent de lui et qu’il travaille et voyage sans relâche, mais c’était important pour moi de lui donner, symboliquement. Il l’a dévoré, et aimé au point de lui décerner le Grand Prix Panique 2007, en accord avec Arrabal. Ce prix a été accompagné d’un diplôme du grade de Master Panique. Je me suis renseignée depuis sur la nature de cet anti-mouvement et je suis convaincue de le mériter. Il n’existe pas de plus belle récompense pour ce livre, vue sa nature – aucun prix institutionnel ne m’aurait donné ce sentiment de reconnaissance. De même pour le diplôme.

En parlant de Maîtres, ton approche magique et libertaire ne va pas sans me rappeler celle d’Aleister Crowley, notamment de sa maxime : « Do what thou wilt shall be the whole of the Law. Est-ce que tu te sens proche de La Grande Bête 666 ? Quels sont tes rapports avec la mystique crowleyenne ?

J’apprécie beaucoup Aleister Crowley, qui fait partie de mes lectures d’adolescente. Il est d’ailleurs sans doute cité à plusieurs reprises dans le livre. J’ai de multiples influences, et Crowley en fait partie, mais il faut surtout prendre en compte nos très probables influences communes… À propos de Thélème, à laquelle je fais référence dans le livre, par exemple, j’ai lu Rabelais bien avant de savoir que Crowley existait, même si beaucoup de lecteurs pensent à lui en me lisant.

Comment te situes-tu par rapport aux post-féministes, par exemple Donna Haraway ou plus encore Annie Sprinkle qui revendique depuis longtemps une position pro-porno? On peut lire un peu partout que tu te défies de tous les « ismes ». Et le féminisme ne semble pas être ta tasse de thé.

Je suis effectivement allergique aux -ismes. La différence entre intégrité et intégrisme suffit à illustrer ma position sur le sujet. Je ne suis donc pas féministe, mais résolument antisexiste : la nuance est cruciale pour moi. Je ne m’intéresse pas spécialement aux courants féministes pro-sexe américains mais je les apprécie tout de même : c’est très important de contrebalancer le discours global des féministes, qui mélangent dans l’esprit des gens antisexisme et moralisme. Je considère qu’une grande partie des féministes autoproclamées sont en réalité antisexistes et nous avons des combats communs.

As-tu parfois le sentiment de mener ou de participer à un combat ? Benoît Sabatier disait dans Technikart que tu aspires à une société débarrassée de ses tabous les plus rétrogrades. N’as-tu malheureusement pas le sentiment que notre société régresse, que nous sommes dans une logique de retour à un ordre moral, de normalisme mortifère ?

La vie est un genre de combat permanent… Et je suis effectivement libertaire, donc particulièrement sensible au normalisme et au durcissement de l’ordre moral dont tu parles. Je suis pour une société libérée de tous ses tabous, parce que c’est le seul moyen de retrouver un sens du sacré. Je ne crois pas au bonheur de tous ou même du plus grand nombre, je crois au bonheur de chacun – et si on réfléchit, c’est le seul moyen mathématique de parvenir au bonheur de tous. Je suis donc un genre de libertaire individualiste humaniste.

Inversement, et sans pour autant tomber dans un moralisme rétrograde, il m’arrive de me poser la question de l’impact des informations que nous diffusons au travers de nos écrits et de nos livres dans la sphère culturelle. De la même manière est-ce qu’il t’arrive de douter de ton parcours, que ce soit dans le domaine de la pornographie, ou même de l’influence que peuvent avoir le film Baise-moi, Betty Monde ou ton dernier livre sur le public ?

Au commencement, je ne m’en inquiétais pas du tout. Adolescente, je n’avais même aucune fibre militante, je pensais que tout le monde avait eu accès aux mêmes informations que moi, et que s’il y avait des cons qui étaient encore pour la peine de mort par exemple, ben ils étaient si cons que je perdrais mon temps. Je pensais qu’il suffisait de vivre et laisser vivre… Plus tard, je me suis rendue compte de l’étendue de la connerie des gens, de leur absence totale de responsabilité individuelle, de leur infantilisme éthique, et, comme moi je me suis toujours sentie responsable, j’ai commencé à culpabiliser pour eux… je me disais que si deux jeunes filles partaient dans un trip massacre après avoir vu Baise-moi, je n’assumerais jamais mon sentiment de culpabilité, même si intellectuellement je savais que je n’avais aucune responsabilité. Je parle de ces démons intérieurs dans Betty Monde. Finalement, Jodorowsky m’a fait remarquer qu’on avait fait des chose abominables même au nom de bouddhisme. Je ne parle même pas de la Bible, au nom de laquelle on a commis les pires atrocités, avec parfois les deux camps adverses revendiquant la même mission sacrée… Bref, si Jésus avait eu la moindre idées des crimes qu’on allait commettre en son nom, il ne serait jamais sorti de son désert. On ne peut pas vivre de cette manière, en imaginant et en assumant le pire de ce que les pires humains pourront faire de vos actes ou de votre discours. Je n’ai par contre jamais accepté l’idée que le porno pervertissait la sexualité des jeunes, ou provoquait viols et tournantes, parce que j’en ai regardé avant d’en faire, et que j’ai pu étudier ses effets sur moi, mon entourage, mes amants, et plus tard mon public, en communication directe, non déformée par les médias. Plus généralement, le seul moyen de responsabiliser chacun, c’est de lui rendre sa responsabilité, de le traiter en adulte, de croire qu’il pourra aussi utiliser ou transformer ce que vous avez fait d’une belle manière, pas seulement en le pervertissant et en l’avilissant. En infantilisant le public on aggrave le problème, c’est un peu comme éduquer un enfant en lui répétant qu’il est laid, stupide et qu’il n’arrivera jamais à rien dans la vie. Je n’ai donc plus aucun doute, et si j’ai douté, mes convictions n’en sont que plus solides aujourd’hui. La multiplication des discours et des visions du monde permet à chacun de créer la sienne propre, en se libérant d’une pensée unique. Même les idées les plus nauséabondes doivent pouvoir être exprimées pour être démontées et combattues. C’est seulement ainsi qu’on devient un adulte responsable et que l’humain peut évoluer et s’épanouir.

De manière plus large, comment vois-tu l’avenir aujourd’hui ? Es-tu optimiste, pessimiste ? Comment te projettes-tu dans le futur et quels sont tes projets ? Je sais que tu envisages un roman mettant en scène certaines créatures nocturnes que nous connaissons bien…

Je ne suis pas du genre à me projeter dans l’avenir, mais je ne suis pas pessimiste : peu importe ce qui arrive, la seule chose importante est d’y réagir au mieux. J’ai par contre beaucoup de projets, guides sexuels, traductions, essais sur la magie et le libertinage, journalisme, réalisation, photos, rôles dans des courts métrages, bande dessinée, je manque vraiment de temps pour tout faire, c’est mon problème principal. Je porte aussi depuis longtemps un roman sur le thème du vampirisme, mais comme dans Betty Monde, sous un axe de « fantastique réaliste », c’est-à-dire que je penche plus vers le symbolisme et la psychologie que vers Harry Potter, même si je crois fermement à d’autres niveaux de réalité. Je peux aussi totalement dévier au cours de mes recherches préparatoires, mais, à priori, il sera question d’amour, de sang… et de manipulateurs, catégorie pervers narcissique. J’ai l’irrationnel assez rationnel, finalement. J’ai rencontré beaucoup de vampires psychiques – un de mes guides prétend que ma forte créativité les attire spécialement – et j’ai moi-même pratiqué la magie sexuelle, en commençant par un vampirisme énergétique instinctif. J’adore aussi l’esthétique et l’imagerie vampiriques, les légendes et les rituels, et même les clichés : j’aimerais explorer la Roumanie pour ce roman. Je sais aussi qu’un certain documentaire peut m’ouvrir de nouveaux univers vampiriques que je ne soupçonnais pas…



Coralie Trinh Thi est née en 1976 à Paris.
Elle a tourné "une soixantaine de films pornographiques, entre 18 et 24 ans, pour lesquels elle reçu l'Award de la meilleure actrice française de X en 1995, le Hot d'Or de la meilleure actrice européenne en 1996 et celui de la meilleure actrice européenne second rôle en 1998. Elle a aussi tourné dans de longs et courts métrages sous la direction de réalisateurs tels que Marc Caro, Laetitia Masson, Catherine Breillat ou Olivier Dahan.
Elle a été projetée sur le devant de la scène médiatique comme co-auteur (avec Virginie Despentes) du film Baise-moi lors de sa censure en France."
(source : Wikipédia)

En 1998, elle tourne dans Sodomites de Gaspar Noé.
Elle est également écrivain : en 2002, elle publie Betty Monde et scénarise la BD Deep Inside Punish Yourself (2004).
En 2007, Coralie publiera son autobiographie.


- Quand et comment as-tu connu Gaspar Noé ?

A la rentrée 1997, j’ai été contactée par l’équipe de John B-Root a propos d’un projet de canal + et le Ministère de la Santé. C’était la série de courts pour le préservatif, visiblement quelque chose d’énorme, car « réalisés par des réalisateurs du traditionnel ». Je n’étais pas sure d’être intéressée. Mais j’ai accepté de rencontrer les deux qui m’avaient choisie. D’abord, Caro, qui avait fait la cité des enfants perdus, film que j’avais beaucoup aimé. Par contre , je n’avais jamais entendu parler de Gaspar Noé. Mais il était intrigant, et il m’avait amené une vidéo de Carne. Je suis rentrée, chez moi, je l’ai regardée, et j’ai pris une des plus grandes claques cinématographiques de ma vie.



- Tu viens d'écrire un livre autobiographique qui sortira en 2007 et dans lequel tu parles de Gaspar et tu racontes le tournage de Sodomites. Que représente ce court dans ta carrière ?

Dans ma carrière, absolument rien, hahaha. Le court a été très peu vu, il n’a eu aucune impact ni chez les professionnels du X ni sur mon public.
Mais à un niveau personnel, sans ce court, je n’aurai pas vu les films de Noé, et je ne l’aurai pas rencontré. J’ai beaucoup aimé l’imagerie –qui correspondait vraiment à mes goûts comme jamais- l’expérience de tournage « vrai cinéma mais quand même underground » . Mais Noé ne m’a pas du tout dirigée. Il était beaucoup trop occupé à s’amuser avec sa caméra pour faire attention à moi. C’était presque vexant. Mais il s’amusait vraiment comme un fou, un genre de transe extatique… cela faisait vraiment envie, d’ailleurs… J’ai compris plus tard, comme il me rappelait, que ce n’était pas un manque de respect ou d’intérêt pour moi mais un simple effet de la transe créatrice lol.
J’ai été très impressionné par le résultat, esthétiquement et techniquement.
Sauf pour une chose : il m’avait dit qu’il voulait faire un porno, or, le montage final, aussi génial et brillant soit il, ne répond pas à la fonction masturbatoire du genre. En tout cas, moi, je n’y arrive pas ;-) Gaspar m’avait dit qu’il comptait tenter un montage alternatif mais je pense qu’il n’a jamais eu le temps.



- Quand on regarde attentivement Sodomites, on se rend compte qu'il a subi, semble t-il, une intervention afin de masquer quelque chose... Personne n'a voulu (ou su) nous répondre sur ce sujet. S'agit-il d'un bébé et si oui, pourquoi a-t-il été "pixellisé" ?

Aha ! Du coup, je ne sais pas si je suis autorisée à répondre, est ce que ce mystère n’amuse pas Gaspar ? Je lui demanderai la permission et je reviendrai vous raconter… ;-)



- Dans Baise-moi, Virginie Despentes et toi rendez hommage à Gaspar à travers un extrait de Carne. Mais j'ai envie de m'arrêter plutôt sur la présence de Jean-Louis Costes avec qui j'ai tourné Oeil pour Oeil. Que peux-tu nous en dire ?

Costes était parfait pour le rôle qu’il joué dans Baise Moi. Tellement parfait que ça faisait presque peur. Mais je ne connais que très peu son travail et nous n’avons pas sympathisé sur le tournage, nous étions dans l’œil du cyclone…



- As-tu des nouvelles de Gaspar ? Sur quoi portait votre toute dernière conversation ?

Je ne me souviens pas de la dernière. J’ai des tas de bribes de conversations totalement surréalistes avec Gaspar, à propos de shamans, de rêves, de ses projets pornographiques, mais cela date… Je me suis isolée longtemps pour écrire aussi je n’ai donné de nouvelles à personne ces dernières années.(J’exagère à peine) Mais j’en aurai sans doute très prochainement.



- Avec le recul, et alors que le tournage d'Enter the Void devrait enfin débuter, que retiens-tu de l'homme, de son travail ?

C’est un de mes réalisateurs préférés, depuis le premier visionnage de Carne, et il semble parti pour le rester.



Nous avons profité de notre escale à Bordeaux pour rencontrer l'auteure de La voie humide, Coralie Trinh Thi. L'écrivaine, derrière le stand de la librairie La mauvaise réputation, répond avec enthousiasme et sérieux aux questions des lecteurs venus la rencontrer.

Avant toutes choses Coralie Trinh Thi tenait à revenir sur notre critique de son autobiographie. L'auteure apparemment piquée au vif, ne l'a pas appréciée. Du tout. Pas du tout du tout, pour ne rien vous cacher

Coralie Trinh Thi : Ce qui m'a beaucoup choquée dans la chronique de mon livre sur votre site c'est que son auteur commence par s'excuser. En fait, il n'arrête pas de s'excuser d'avoir aimé le livre, et ça lui arracherait la gueule de dire que c'est bien écrit alors que des critiques littéraires reconnus en conviennent après l'avoir lu. Il a honte de dire qu'il trouve ça bien écrit vraiment. J'ai un panel de critiques et c'est une des plus moralistes que j'ai lues sur mon livre.

Euh... pour l'interview, on revient un peu plus tard nous... Non ? On reste, on s'assoit et on bouge plus une oreille ? D'accord.

ActuaLitté.com : (On va y aller soft alors...) Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire une autobiographie ?

Coralie Trinh Thi : La littérature c'est ma première passion, avant même la musique. Je savais lire et écrire à l'âge de 3 ans. Et je n’ai jamais arrêté de lire depuis. J'étais donc prédisposée à l'écriture. Par contre ma première activité professionnelle c'était la pornographie et pour moi c'était deux zones totalement indépendantes et séparées de ma vie. Pour moi, il était donc hors de question d'écrire sur le porno. De plus le genre documentaire ou essai autobiographique n'appartient pas à la littérature telle que je la vois. Mais je n'ai rien contre le genre, j'en lis même énormément. J'ai écrit un premier roman, Betty Monde, qui m'a permis de mieux comprendre les mécanismes et les enjeux de l'écriture. Après de très longues et douloureuses introspections, j'ai fini par comprendre que c'était ridicule quand on est auteur d'avoir une expérience de vie et une matière première telle que mon expérience dans le porno et de ne pas l'utiliser pour écrire.

ActuaLitté.com : (Ah, elle sourit, on se lance alors !) Est-ce que ça a été difficile la transition d'actrice de X à écrivaine ?

Coralie Trinh Thi : Il n'y a pas de transition. La difficulté se situait plutôt dans la tête des gens pour accepter différentes facettes chez une même personne. Les gens ont des esprits plutôt étroits et cloisonnés.

ActuaLitté.com : (Euh, c'est pour moi que tu dis ça ?) Vous êtes une touche-à-tout (Mince, elle va mal le prendre). On vous a connu comme réalisatrice*, scénariste de BD*, romancière* et essayiste en quelque sorte avec Osez la sodomie. Est-ce une réelle volonté de votre part de tout essayer ?

Coralie Trinh Thi : Ce n’est pas une volonté dans le sens où ce n'est pas une stratégie. Par contre pour moi c'est très naturel d'avoir des envies de formes d'expressions différentes. Cela dit je fais la même chose que lorsque j'étais actrice de porno. Je donne du plaisir à mon public. Même si la forme et différente et que ça peut paraître comme une certaine forme d'évolution, pour moi c'est exactement la même démarche. ActuaLitte.com : Ne trouvez-vous pas que c'est un peu tôt pour écrire une autobiographie ?

Coralie Trinh Thi : Non. D'abord ce n'est pas une autobiographie, c'est un récit autobiographique. Si j'en avais réellement écrit une, elle ferait le triple. Il y a plein de zones de ma vie dont je ne parle pas. Par contre, je comprends qu'un récit autobiographique de 770 pages d'une ancienne porno star de 31 ans puisse faire peur aux gens. Mais en fait, il s'agit de savoir raconter une histoire, d'avoir un regard sur les gens. En fait, je me sens capable d'écrire un récit de 770 pages sur n'importe quel humain. Toutes les vies humaines peuvent être des romans absolument passionnants. Alors pourquoi pas le faire pour moi.

ActuaLitte.com : Votre récit est ponctué par les Arcanes du Tarot. C'est important pour vous le Tarot ?

Coralie Trinh Thi : Le livre est vraiment construit comme un roman. Attention ça ne veut pas dire qu'il est romancé, c'est-à-dire qu'aucun fait réel n'est déformé ni arrangé. S'il est construit comme un roman c'est parce qu'il raconte une histoire avec un début, une fin, des personnages, etc. En fait, je pense que l'on peut se libérer dans un cadre. Et moi j'aime bien qu'ils soient solides, j'ai donc choisi la structure initiatique du Tarot de Marseille. Pour construire mon livre.

ActuaLitte.com : Les arcanes sont donc utilisés comme des repères qui permettraient aux lecteurs d'anticiper ce qui va se passer dans le chapitre ?

Coralie Trinh Thi : Pour quelqu'un qui connaît très très bien les tarots, oui. Par exemple le Batteleur c'est l'adolescent qui commence à apprendre, il présente sur une table les quatre outils qu'il a. Et donc dans ce chapitre-là, je raconte mon premier petit ami et les choses que j'aime, les outils que j'ai et ceux que je vais choisir. Tout le récit résonne avec les cartes, ce qui m'a permis d'être sûre qu'il y avait une cohérence. Et j'ai coupé tout ce qui débordait afin de me concentrer sur le fil narratif.

ActuaLitte.com : Quels sont vos projets futurs ?

Coralie Trinh Thi : En fait j'ai beaucoup trop de projets et pas assez de temps donc je ne sais pas encore trop lesquels je vais choisir. Pour l'instant, je suis en train de finir Osez le Cunnilingus. J'ai pas mal hésité à écrire des guides sur la sexualité parce que là encore ce n’est pas de la littérature. Mais finalement je trouve ça très digne et très valorisant d'aider les gens à s'épanouir sexuellement. Et j'ai pris énormément de plaisir à l'écrire. C'est mon deuxième guide, chez la Musardine et j'en écrirai peut-être d'autres. Je trouve cette collection très originale, bon esprit, et ludo pédagogique. Et puis avec La voie humide c'est comme si j'avais passé trois ans à construire une cathédrale, gothique, bien sûr. Avec les Osez... c'est comme si je construisais une cabane dans les bois. Et putain qu'est-ce que c'est cool de construire une cabane dans les bois de temps en temps [rires] ! Là je me sens pas de me replonger dans un énorme projet, j'ai besoin de me reposer un tout petit peu. Sinon j'ai recommencé à travailler dans la presse musicale pour le magazine Rock' and Folk. Je vais certainement faire de la traduction aussi en ésotérisme et en musique notamment des biographies pour la musique. Et des projets plus techniques genre des corrections. Enfin l'essentiel de mes activités serait dans l'écriture...

Mais j'ai aussi d'autres projets à côté, des petits rôles dans des courts métrages, peut-être de la réalisation mais ça ne sera vraiment pas pour tout de suite. Voilà j'ai quelques projets déjà plus ou moins engagés et puis pas mal d'envies mais pour l'instant je n'ai pas le temps de les mettre en place.

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MessageSujet: Re: interview coralie trihn thi   Ven 6 Aoû - 18:02

La belle Coralie Trinh Thi a accepté de répondre à quelques questions, à l'occasion de la sortie du comic Deep Inside, hommage au groupe Punish Yourself en forme de bd réunissant certains des meilleurs illustrateurs français. Savourez...





Deep Inside



Le moins que l'on puisse dire, c'est que lorsque Coralie Trinh Thi décide de rendre hommage à ce groupe désormais mythique qu'est Punish Yourself, elle ne fait pas les choses à moitié. Deep Inside a la belle forme d'un tour de force : celui de réunir cinq des plus prestigieux illustrateurs français dans un Comic collector qui déborde d'une jubilation communicative. Une plongée en apnée dans l'univers délirant de Punish, à travers les visions bariolées d'artistes aux univers très différents. Sex, drugs and Rock. A un train d'enfer s'enchaînent les dessins délicieusement malsains d'Aleksi (what a nice damned rabbit !), le trait délirant de Pi-Ro et celui exellentissimement fantasy de Daniel Ballin, les planches (anatomiques ?) presque Baconiennes (nous sommes de la viande !) de Denis Grrr, le tout lié par le fil conducteur élégamment monochromatique d'Isha. Une histoire à tiroirs (à double fonds ?), un voyage couleur de néon fluo dans un monde délirant, une orgie multicolore battant le rythme des sons de Punish, dont les lyrics accompagnent les pages.

L'héroïne voit les univers qu'elle dessine prendre vie sous son crayon, et finit par entrer elle-même dans son dessin... Et c'est avec bonheur que nous la suivons, en espérant que d'autres voyages tels que celui-ci nous seront proposé !




-D'où est partie l'idée de faire un BD sur une groupe aussi délirant que Punish Yourself ? Pourquoi ce groupe plutôt qu'un autre ?

L'idée vient d'un jeune éditeur, Yoann. C'est lui qui m'a contactée, à la demande de Punish Yourself. J'ai découvert Punish par hasard : Black Bomb A faisait la programmation dans une émission de radio indé, Konstroy, et j'ai flashé sur le titre de Punish. J'ai demandé l'album Disco Flesh :Warp 99 pour le chroniquer. J'ai visité le site, et j'ai flashé sur leur imagerie, photos, vidéos, l'esprit des textes et accroches... Et enfin, en concert sur Paris : chaque concert est une véritable performance, unique, une énorme claque ! J'ai ensuite sympathisé avec le chanteur VX69 via des forums, il s'est avéré qu'il m'appréciait également, depuis le X. En fait, pendant que j'écrivais un synopsis de court-métrage sur eux en cachette, Vx69 écrivait un titre sur moi, en cachette également… Bref, quand Yoann m'a contactée, j'attendais l'occasion de collaborer avec eux. J'avais déjà une histoire inspirée de Suck my TV, qui a été adaptée pour Wonderland, le segment d'Aleksi Briclot.

-Quelle a été l'étape la plus difficile dans l'élaboration de cette BD ? La scénarisation ? La coordination des travaux de chacun ? Faire comprendre aux dessinateurs ce que vous attendiez d'eux ...?

Tout est difficile, lol.

Mais c'est vrai que ne m'attendais pas au début à assumer autant de gestion que d'artistique… Imaginer les histoires, c'était très naturel, et la partie découpage, spécifique à la bd, était très stimulante, parce que je n'avais jamais exploré cette forme d'expression : il faut faire basculer le cerveau dans un nouveau système.

Voilà : tout est difficile, mais la création c'est un plaisir légèrement SM, une délicieuse douleur, alors que les responsabilités de gestion, planning, documentation, ect… c'est juste chiant !

Maintenant, je dois avouer qu'il y a un avantage : j'ai appris beaucoup plus sur la fabrication d'une bd, c'est un peu comme être acteur après avoir été réalisateur : tu comprends mieux comment servir l'ensemble, et tu gagnes en aisance. Et puis, euh, il y a des gens qui trouvent que j'aime bien tout contrôler… lol

Graph. : Aleksi

-C'est vous qui avez choisi les cinq illustrateurs qui ont travaillé sur ce projet. Jusqu'où êtes-vous intervenue dans leur travail ?

Partout où je pouvais ! lol

En fait, le découpage était hyper précis, je les ai tellement enfermés dans un carcan scénaristique que je ne pouvais pas intervenir plus… En même temps, j'ai imaginé chaque histoire en fonction de leur univers, et je l'ai ensuite développée d'après leurs préférences.

-Les membres de Punish ont-ils eu leur mot à dire dans cette affaire ? Avez-vous eu des retours sur leurs impressions ?

Ben, au début, je leur demandais leur avis, tout ça… Et puis, ils ont fini par me dire a un festival (avant de foncer au bar) " non, mais on te fait confiance, nous on te suit, fais comme tu le sens. " Les salopards ! Evidemment ça fout la pression, et mon implication totale m'a rendue encore plus chiante que d'habitude avec mes collaborateurs.

VX69 n'a jamais voulu lire le synopsis, ni le découpage, ni rien voir avant l'objet fini : il préférait me laisser entièrement libre. Sinon, il n'y a eu aucune intervention, pendant la fabrication. Ils ont collaboré (j'ai eu besoin des lyrics pour habiller mes scénars, par exemple) et complimenté à chaque occasion, mais on a eu une totale liberté. Je crois qu'ils aiment vraiment bien ce comics, ou alors ils sont très polis.

Graph. : Daniel Ballin

-Vous êtes une lectrice assidue de Nietzsche. Deep Inside débute d'ailleurs par une longue citation d'Ainsi parlait Zarathoustra. Voyez-vous une corrélation entre votre addiction à Punish et votre intérêt pour le philosophe ?

Aucune corrélation entre Nietszche et Punish, bien qu'en réfléchissant, j'apprécie peut être ce côté dionysiaque présent -de manière trèèèèèèès différente- chez les deux ? Mais enfin, c'est vraiment pour répondre à ta question, lol.

Voilà l'origine : Déjà, en clin d'œil, c'est plus un sample qu'une citation, hum, une appropriation à la limite du détournement, simplement par découpage… En fait, c'est un cadeau de mon " namoureux ", et du hasard (que j'appelle synchronicité, na !)

J'étais imbuvable depuis des mois (je suis odieuse en phase créative) (…surtout ?) et il avait vraiment suivi de près ce comics, pas le choix… je crois qu'il le connaît mieux que n'importe lequel des dessinateurs ou que l'éditeur ! En phase finale, en plein bouclage, quelques jours avant le départ imprimerie, il arrive chez moi un bouquin de Nietzsche à la main, (parce qu'il lit Nietszche dans le métro..) et il me lit un passage, très amusé : ça semblait vraiment trop beau pour être vrai… Namoureux sait que ce que j'aime dans la vie, c'est citer en changeant subtilement l'éclairage ou le contexte… Mon sport favori : un genre d'application banalisée de la transmutation des valeurs de Nietzsche.

J'ai immédiatement dévoré, assimilé et rendu une version adaptée.

Et franchement, c'était aussi hyper drôle de voir l'éditeur et le graphiste flipper sans oser protester franchement, quand je leur ai dit que je voulais mettre Nietzsche en quatrième de couv, ou en exergue… Au début je leur ai envoyé la version intégrale et ils ont vraiment du croire que j'avais craqué nerveusement.

-Outre votre rôle de scénariste, c'est aussi sur vos épaules qu'a reposé mise en coordination des travaux des divers intervenants. Qu'avez-vous retiré de cette collaboration avec des artistes aussi talentueux ? Les choses se sont-elles toujours passées dans la douceur ?

Le concept d'histoire à tiroirs m'obligeait à contrôler la cohérence de l'ensemble, et limitait un peu la marge d'appropriation des dessinateurs. Là, c'est vrai qu'au lieu de gérer un ego d'artiste j'en avais cinq, (en plus du mien qui est assez monstrueux). Non, ça ne s'est pas toujours passé dans la douceur, je suis assez passionnelle dans mon rapport à l'œuvre, et je suis aussi très indépendante : le travail d'équipe n'est pas naturel pour moi…mais sur Baise Moi, j'ai appris à rester à peu près calme et civilisée.

L'avantage est évident : c'est très enrichissant artistiquement de plonger dans l'univers d'un dessinateur, ils ont tous des personnalités très fortes et différentes. J'ai aussi du m'adapter à la manière de travailler de chacun, et j'y ai aussi gagné techniquement.

-Vous avez travaillé pour le cinéma sous diverses formes, vous avez écrit un roman qui, pour beaucoup, est devenu culte, vous êtes actuellement critique rock pour le zine musical Rock'n'Folk, et voici que vous trempez dans une affaire de BD. Jusqu'où comptez-vous aller comme ça ? Qu'est-ce qui stimule votre créativité ou qui, au contraire, la rebute ?

J'adore aller là où on ne m'attends pas, c'est une séquelle d'ado rebelle, lol.

Sérieusement, la seule chose qui me guide, c'est mon envie de le faire ou pas… ça a l'air stupide, mais je fais confiance à mon instinct. Je considère que quand on fait les choses sincèrement , on ne peut pas se tromper. C'est aussi l'arrogance et la mise en danger du punk, je trouve que l'angoisse garantit l'implication et cette implication viscérale m'est absolument nécessaire. Sinon, je fous rien. ;-))

Bref, explorer des territoires inconnus c'est de l'adrénaline assurée, c'est pour ça que je change beaucoup de forme, sans pourtant changer tellement de fond si on regarde bien...

Graph. : Isha

-Vous êtes assez proche du public goth, qui a bien accueilli votre Betty Monde et qui fera de même (nous n'en doutons pas une seconde !) avec Deep Inside. Quel regard portez-vous sur le mouvement goth actuel ? Qu'y trouvez-vous d'attirant ou, au contraire, de rébarbatif ?

Je n'ai pas vraiment d'avis sur le mouvement goth. Je ne peux pas dire que je ne suis pas goth du tout, mais c'est plus une sensibilité qu'un sentiment d'appartenance à un groupe…Dans l'ensemble, je n'aime pas les gens de toute façon. ;-))

Bon, je les fréquentais forcément à l'époque où j'étais dans toutes les soirées, on se croisait aussi aux puces, etc…mais je traînais surtout avec des punks. Pour finir, il y a eu une polémique ridicule quand j'ai fait mes premières photos : le problème était : avais je le droit d'être goth et de poser nue, quelle image ça allait donner au mouvement…No comment !

J'ai refait récemment un bal des vampires et j'ai vraiment kiffé pouvoir danser un peu, par contre je n'ai pas retrouvé l'ambiance de mes folles années… je ne sais pas si les gens ont changé tant que ça (plus jeunes, pas de dress code, beaucoup plus fetish que batcave, son vraiment plus electro, pas de balayage de parquet, etc..) ou si c'est moi qui ne me drogue plus assez.

-D'autres projets, à plus ou moins long terme ?

Plein ! Dans le désordre : un essai autobiographique en cours, tenter le parachute ascensionnel, un roman (la suite de Betty Monde) pour lequel je dois aller en Roumanie, dessiner TOUTE SEULE une page de bd (je m'entraîne dur pour battre Aleksi en lapin transgénique sous lsd) , réaliser un court métrage hard, un trek dans le désert, un scénario bd pour enfant (c'est sérieux) , et j'irai bien expérimenter l'iboga au gabon. Qui sait, peut être un autre Depp Inside ? Chuis blindée pour un moment…

-Pour finir, quelques indiscrétions !

Quel disque tourne sur votre platine en ce moment ?

Joy Division, ke dernier Madball, Sexplosive Locomotive (même si ça fait pouffiasserie de promo…) et un Méphisto Walz que je n'avais pas écouté depuis des siècles !

Quel livre sur votre table de chevet ?

La voie du Tarot de Jodorowsky et Costa, Métaphysique des tubes de Nothomb, La conjuration des imbéciles de Toole, et Fluide Glacial… Je lis souvent plusieurs choses en même temps.

Quel projet sur le feu que vous ne pouvez pas remettre ? ( = tentative habile (??) pour obtenir un bout de scoop...)

Ben, je devais finir mon prochain livre… il y a trois mois ! C'est une autobiographie partielle, sur mon expérience du porno. Ca fait des années qu'on me la réclame, mais je ne le sentais pas : le côté racoleur me gênait Surtout qu'il y a eu une vague de témoignages, entretiens, recueil de blagues, bref…. C'est un problème dans ma vie : je fais ce que j'aime faire, souvent en croyant faire chier les cons, et paf, tout le monde trouve ça racoleur… Je suis racoleuse par essence ! C'est un maraboutage !

Maintenant la vague est passée, j'ai fait d'autres choses, et je ne me pose plus de questions, je sens que c'est le moment, et j'ai trouvé la forme qui convient. C'est juste évident, quand on écrit, de se servir de ce qu'on est et de ce qu'on vit : a fortiori d'une expérience aussi forte et particulière que le X. Il faut bien que j'en fasse quelque chose, j'ai toujours eu le sentiment de ne pas avoir " fini ".

-Mille mercis d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions !

Merci à vous d'avoir pris le temps de les poser. Et désolée pour les deux semaines de retard, hum, j'étais partie apprivoiser un dromadaire en Tunisie…



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